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La Guinée va manifester contre son président qui veut rester au pouvoir

Le pays d'Afrique de l'Ouest s’apprête à vivre une journée à haut risque jeudi avec des manifestations massives contre le chef de l'Etat Alpha Condé.   

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Des manifestants contre le président Alpha Conde, à Conakry (Guinée), le 26 novembre 2019.
Des manifestants contre le président Alpha Conde, à Conakry (Guinée), le 26 novembre 2019. (CELLOU BINANI / AFP)

C’est un pays dont on parle rarement : la Guinée, et ses 13 millions d’habitants (dont la moitié a moins de 20 ans). Un pays situé entre le Sénégal, au nord, et la Côte d’Ivoire, au sud. Des manifestations massives s'y préparent, jeudi 26 décembre, dans cette ancienne colonie française, en particulier dans la capitale Conakry. Vingt partis de l'opposition appellent à défiler contre le président Alpha Condé. Ils s’élèvent contre les manœuvres du président pour rester au pouvoir.

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À 81 ans, Alpha Condé achève son deuxième mandat, ses dix années à la présidence, et il semble bien décidé à ne pas lâcher les rênes. Jusqu’à présent, c’était seulement une rumeur. Mais le 19 décembre, Alpha Condé est effectivement sorti du bois. Il veut faire adopter par référendum une nouvelle Constitution, qui instituerait un mandat présidentiel de six ans renouvelable (et non plus cinq ans renouvelable). Sous-entendu : les compteurs seraient remis à zéro, et il pourrait alors rester 12 ans de plus ! C’est un classique en Afrique : au cours des 20 dernières années, pas moins de 11 leaders ont ainsi fait modifier la Constitution de leur pays pour se maintenir au pouvoir. L’opposition guinéenne est évidemment vent debout et dénonce "une mascarade".  

Dix ans au pouvoir, 12 ans de plus ?

Même si les marches se veulent pacifiques, le risque est élevé de voir la journée dégénérer, vu les habitudes répressives du pouvoir. Les premières manifestations ont débuté il y a deux mois, depuis que la rumeur court de cette révision constitutionnelle. Les affrontements ont déjà fait 20 morts, et plusieurs leaders de l’opposition ont déjà été brièvement interpellés. Alpha Condé voit dans ces protestations une "atteinte à l’ordre public".

La Guinée est familière, dans son histoire, des répressions violentes. Il y a 10 ans, 157 personnes, opposantes à la junte militaire de l’époque, avaient été tuées lors d’un véritable massacre. À l’origine, Alpha Condé est pourtant un adversaire historique de la dictature militaire. Il a été le premier à instituer un régime véritablement civil en Guinée. Mais comme beaucoup d’autres sur le continent, il s’accroche désormais au pouvoir et refuse l’idée même d’une alternance.  

Les visées du parrain russe sur la bauxite

Jusqu'à présent, la communauté internationale ne dit pas grand-chose ! Pour l’instant c’est silence radio. Mais les grandes ONG et les principales institutions internationales (notamment l’ONU) ne cachent plus leur inquiétude.

Alpha Condé possède un parrain : la Russie de Poutine, qui ne cesse de s’implanter davantage en Afrique noire. L’ambassadeur russe a déjà manifesté son soutien à la réforme constitutionnelle, et on prête aux compagnies russes l’intention de tirer profit de la situation, en obtenant de nouvelles concessions d’exploitation dans le pays. Si les Guinéens sont pauvres, en revanche le sous-sol de la Guinée est riche : de l’or, des diamants, et surtout les premières réserves au monde de bauxite, d’où est extrait l’aluminium.

Des manifestants contre le président Alpha Conde, à Conakry (Guinée), le 26 novembre 2019.
Des manifestants contre le président Alpha Conde, à Conakry (Guinée), le 26 novembre 2019. (CELLOU BINANI / AFP)