En Libye, le report de l'élection présidentielle initialement prévue à Noël semblait inévitable

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Le scrutin présidentiel, d'abord prévu le 24 décembre, n’aura finalement pas lieu en Libye. Cet échec était prévisible dans ce pays d'Afrique du Nord plongé dans le chaos depuis dix ans et la chute de Mouammar Kadhafi.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le chef par intérim du gouvernement libyen Ramadan Abu Jnah tient une conférence de presse concernant l'élection présidentielle, le 12 décembre 2021 à Tripoli. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Tous les connaisseurs de la Libye le prédisaient depuis début décembre : l'élection présidentielle, prévue le 24 décembre, n'aurait pas lieu. Sauf que personne ne voulait se décider à assumer la responsabilité du report : le pays est profondément divisé et les différentes instances politiques ne se reconnaissent pas les unes les autres. Elles se refilent donc le mistigri.

À 48 heures du scrutin, la Haute commission électorale libyenne, basée à Tripoli, la capitale à l’Ouest, a fini par assumer ses responsabilités en proposant mercredi 22 décembre un report d’un mois. La balle est désormais dans le camp du Parlement basé à Tobrouk, à l’Est, qui ne juge pas la commission électorale légitime. Rien ne dit qu’il validera la date du 24 janvier.

Pas de loi électorale reconnue par tous

En tout cas, le scrutin prévu le 24 décembre ne pouvait pas avoir lieu. D’abord, pour des raisons techniques : la liste des candidats – 98 sur la ligne de départ – n’a pas été publiée. Ensuite, les bulletins de vote ne sont pas imprimés. Enfin, la sécurité des urnes n’est pas garantie, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais il y a plus grave encore : les raisons politiques, légales et constitutionnelles. En fait, il n’y a pas de loi électorale reconnue par tous et pas davantage de base constitutionnelle au vote. Autrement dit : la répartition des pouvoirs n’est pas définie entre un futur président et une future assemblée. Le risque est élevé de voir les perdants ne pas reconnaître leur défaite. 

Le risque, à court terme, est de voir la situation dégénérer. La Libye est enlisée dans le chaos depuis dix ans et l’intervention internationale qui a conduit à la mort du général Kadhafi. Et elle peut y rester. D’abord parce que les principales factions et les principaux candidats sont à couteaux tirés. Dans le Sud, à Sebba, des affrontements ont déjà opposé ces derniers jours les partisans de Saif al-Islam Kadhafi - le fils de l’ancien dictateur - et ceux du maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est du pays. Tandis qu’à Tripoli, la capitale à l’Ouest, les groupes armés fidèles au Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, autre candidat, se sont déployés dans les rues. Ajoutons de puissantes milices locales, par exemple à Misrata.

Il n’y a pas d’Etat central, pas d’autorité légitime en Libye. Sans compter que le pays est devenu un terrain de guerre par procuration pour des puissances extérieures : la Turquie et le Qatar côté gouvernement de Tripoli, l’Égypte et les Émirats arabes unis derrière le maréchal Haftar.  

Un échec pour la France et les Occidentaux

Le report de cette élection présidentielle est aussi un échec pour les Occidentaux : ils tenaient mordicus, la France en tête, à maintenir ce vote du 24 décembre, confirmé lors d’une conférence internationale à Paris en novembre alors que, d’évidence, le scrutin paraissait impossible à organiser. Le sujet revient désormais sur la table de l’émissaire de l’ONU, l’Américaine Stephanie Williams. Elle va devoir chercher un nouveau compromis, une nouvelle date, peut-être en convoquant le même jour la présidentielle et des législatives.

En attendant, les dindons de la farce sont les Libyens eux-mêmes. Ils avaient massivement retiré leur carte électorale, avec l’espoir de s’exprimer enfin lors de ce vote du 24 décembre qui ressemblait à un cadeau de Noël. Il n’y a jamais eu d’élection présidentielle libre depuis l’indépendance du pays, il y a 70 ans.

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