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Toute dernière fois. 1989, le dernier mort du mur de Berlin

Tout l'été, nous revenons sur ces moments où l'histoire s'achève. Le 8 mars 1989, la dernière fois qu'un homme est mort en franchissant le mur de Berlin

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franceinfoThomas SnégaroffRadio France

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Le mur de Berlin, séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest.
Le mur de Berlin, séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest. (GUNTER BRATKE / DPA)

Winfried Freudenberg est le dernier homme à avoir trouvé la mort alors qu'il tentait de franchir le mur de Berlin. C'était en mars 1989, quelques mois seulement avant la chute du mur.

Winfried Freudenberg n’a que 32 ans. Il vit à Berlin-Est, de l’autre côté du mur érigé en toute hâte une nuit d’août 1961 pour mettre un terme à l’hémorragie migratoire. Entre 2,6 et 3,6 millions d'Allemands fuient la RDA et le communisme par Berlin entre 1949 et 1961. Le jeune homme est scientifique. Il n’imagine pas d’avenir à l’Est pour sa famille, sa femme et ses deux enfants. À l’automne 1988, il conçoit un projet un peu fou : s’évader à bord d’un ballon gonflable. 

Dénoncé par un voisin

Pour réaliser son plan, Winfried Freudenberg se fait embaucher dans une entreprise de service public qui utilise du gaz naturel. À partir de janvier 1989, le couple commence dans le plus grand secret l’assemblage d’un ballon de 13 mètres de haut pour 11 mètres de diamètre. Il n'y a pas de nacelle, juste une poutre en bois. 

Le soir du 7 mars 1989, les conditions de vent sont favorables. Mais au fur et à mesure du gonflage, le ballon devient décelable. Un voisin le remarque et appelle la police vers 1h30. Quand le couple entend la police arriver, vers 2h, le ballon n’est encore pas totalement gonflé. Comme Winfried Freudenberg et sa femme craignent que le ballon ne puisse supporter leur poids, Winfried décide de s’embarquer seul et s’envole. La police décide de ne pas faire feu sur le ballon, craignant que cela engendre une explosion avec tout le gaz qui était à l’intérieur. 

Son ballon s'écrase à Zehlendorf

Avec une seule personne à bord, le ballon prend rapidement de la hauteur. Il n’y avait pas de valve de régulation pour permettre à Winfried Freudenberg de descente donc il reste près de cinq heures dans les airs. À une hauteur d’environ 2 000 mètres, il franchit le mur en 20 minutes en se dirigeant vers le Sud-Ouest puis le Sud en fonction du vent. Vers 7h30, son ballon s’écrase dans le quartier actuel de Zehlendorf, à Berlin-Ouest. Il est tué sur le coup. 

Winfried Freudenberg est le dernier mort pour avoir tenté de conquérir sa liberté. Le mur venait de faire sa 135e victime. Le mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989.

Quelques années plus tard, lors d'un reportage, son frère se souvient : "Quand nous avons vu la carte d'identité et la photo de Winfried, cela a été un choc terrible. À chaque anniversaire de la chute du mur je me dis : 'Pourquoi mon frère n'a-t-il pas attendu ?' Mais, à l'époque on ne pouvait pas imaginer une seconde que tout pourrait si vite changer."  

La journaliste conclut son reportage par une description de sa tombe : "Sur sa tombe, sa famille n'a pas voulu changer l'épitaphe dicté par la Stasi : 'Mort dans un tragique accident.'."

Le mur de Berlin, séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest.
Le mur de Berlin, séparant Berlin-Est de Berlin-Ouest. (GUNTER BRATKE / DPA)