Covid-19 : faut-il contraindre les entreprises à mettre en place le télétravail?

Elisabeth Borne a appelé, ce lundi, les patrons à privilégier "plus que jamais" le travail à domicile dans les zones en alerte maximale mais sans prévoir de contrainte. Un voeu pieux estime la CGT alors que la CPME salue un encouragement au dialogue social.  

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Le salon transformé en espace de télétravail d'une habitante d'Angers, en mars 2020. (THIBAUD VAERMAN / HANS LUCAS / AFP)

Le télétravail massif va-t-il faire son grand retour face à la dégradation de la situation sanitaire? La ministre du Travail a invité, lundi 5 octobre, salariés et employeurs à télétravailler "autant que possible" dans les zones d'alerte renforcée et maximale. Pas d'obligation donc, mais un appel du pied assez ferme du gouvernement pour limiter la circulation du Covid-19.

Pas de mesure coercitive

La sémantique a changé. Fin août, au retour des grandes vacances, la pratique du télétravail restait recommandée. Un mois plus tard, la ministre estime qu'il faut désormais l'intensifier dans la dizaine de métropoles où le virus circule le plus activement, comme Aix-Marseille, Paris et sa proche banlieue, Lille, Lyon, Grenoble, Toulouse ou Saint Etienne.

De nombreux postes  permettent le travail à distance. Des rotations peuvent aussi s'organiser afin de limiter l'impact sur le collectif de travail, détaille Elisabeth Borne dans un communiqué. Pas question pour autant de prendre des mesures coercitives. La ministre renvoie la décision au sein des entreprises, entre salariés et employeurs, en responsabilité.

Syndicats et patronat divisés

L'appel d'Elisabeth Borne va-t-il être entendu ? Car depuis la rentrée, le télétravail a nettement régressé. Pendant le confinement, il concernait un quart des salariés. Au mois d'août, ils n'étaient plus qu'un dizième. Pour Jérome Vivenza de la CGT, beaucoup d'employeurs ont fait revenir leurs salariés et certains vont avoir du mal à revenir en arrière.

Cet appel [au télétravail] ne va pas vraiment changer la donne, étant donné qu'il n'est pas contraignant.

Jérôme Vivenza, CGT

à franceinfo

"Depuis la fin du confinement, mais surtout depuis la rentrée et ce mois de septembre, on note quand même une volonté des entreprises, en particulier des grands groupes, à vouloir justement remettre en cause leur propres 'accords télétravail', affirme Jérôme Vivenza, en voulant vraiment le maximum de salariés en présentiel plutôt que le télétravail. Donc, on va dans le sens inverse des préconisations de la ministre."


François Asselin, le président de la confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) pense au contraire que la ministre du Travail a raison de faire confiance au dialogue social. 

Avec le discours plus coercitif, l'étape d'après, c'est le confinement.

François Asselin, CPME

à franceinfo

"Personne n'a envie de revivre cela parce que là, c'est du télétravail contraint et non pas, on va dire, négocié ou en tout cas accepté de part et d'autre. Donc, laissons au plus près du terrain les acteurs se mettre d'accord, défend François Asselin.On comprend tout à fait que dans certaines zones fortement urbanisées, je pense bien-sûr à Paris et la région parisienne, lorsqu'il s'agit de prendre les transports en commun à certaines heures de la journée, ça soit un petit peu anxiogène. On peut tout à fait le comprendre." 

Les frais professionnels en discussion

Le président de la CPME se dit prêt à "revisiter les horaires" ou mettre en place du télétravail qui a "plutôt pas mal fonctionné", selon lui. "On va faire en sorte, effectivement, de continuer, en accord avec nos salariés, à organiser le travail pour que chacun y retrouve son compte.", conclut-il.


Reste que le télétravail exceptionnel, tel qu'on l'a connu pendant le confinement, et qui s'apparente plutôt à de la continuité d'activité à domicile n'est toujours pas encadré. Notamment sur la prise en charge des frais professionnels. Il pourrait l'être à l'occassion de la négociation interprofessionnelle qui va s'ouvrir début novembre. Mais le patronat a déjà prévenu qu'il ne souhaitait pas créer de nouvelles normes. La discussion s'annonce compliquée.

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