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Ma vie d'après. L'Europe de la Santé

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Ces petits riens, ces petits touts, la preuve que rien ne sera plus comme avant, que le "monde d'après" est déjà là. Lundi, l'Europe de la Santé, évoquée par Emmanuel Macron en mai 2020. 

Article rédigé par
Neila Latrous - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
La Commission européenne à Bruxelles (Belgique). (NICOLAS LANDEMARD / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Je suis l’Europe de la Santé, et si je n’ai pas encore formellement vu le jour; ma mission, en revanche, est toute tracée. Emmanuel Macron, le 18 mai : "Des stocks communs de masques et des tests, des capacités d'achats et de productions communes ou coordonnés pour les traitements et les vaccins ; des plans de préventions partagés pour les épidemies ; des méthodes communes pour identifier les cas : cette Europe de la Santé n'a jamais existé. Elle doit devenir une priorité." Une priorité parce que la crise sanitaire a vu le meilleur comme le pire. Le meilleur, quand des patients français, par exemple, ont été pris en charge dans des hôpitaux de pays voisins. Le pire, quand les décisions unilatérales de chaque pays ont empêché toute coordination à 27 sur des fermetures de frontières, ou sur des commandes de masques par exemple.

L’Europe se construit lors des crises. C’est le mode de fonctionnement communautaire. En 2004, après l’épidémie de Sras, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) voyait le jour. Il est faux, d’ailleurs, de dire que l’Union n’a pas de compétences en matière de santé. Le traité qui régit son fonctionnement compte un chapitre entier sur la santé publique, la Communauté est tenue de protéger celle de ses ressortissants. Il existe une Agence européenne du médicament, une pour la sécurité et la santé au travail, une autre pour les consommateurs, la santé, et l’alimentation, un Observatoire des drogues et des toxicomanies. C’est sur des normes européennes que sont assises nombre de réglementations nationales sur le tabac. 

Des accords de principe pour un vaccin

L'Europe votait jusqu’ici des programmes santé, dotés de budgets propres. Programme supprimé en juillet, lors du dernier sommet. Mais pour sécuriser les achats de vaccin, un fonds dédié de 2,4 milliards d'euros a vu le jour pour passer des commandes groupés. Des accords de principe ont été conclus, notamment avec Sanofi. Son patron, Olivier Bogillot, était il y a quelques jours sur franceinfo : "On a vu avec le vaccin que les Américains s'organisaient très vite parce qu'ils ont des institutions qui préexistent à cette crise et qui se sont mobilisées. L'idée du partenariat qu'on est en train d'avoir avec les États européens, c'est justement ça. Ils nous financent une partie des premiers investissements dont on a besoin pour lancer la machine et nous, on s'occupe de travailler avec nos fournisseurs pour acheter les seringues, pour acheter les flacons." Olivier Bogillot parle bien des États européens. Un familier de ces discussions nous expliquait il y a quelques jours que ce n’est pas vraiment une négociation entre deux entités, laboratoire et Commission, mais qu’il faut bien convaincre chacun des 27 pays et que c’est laborieux. Peut-être un sujet pour Angela Merkel et Emmanuel Macron, qui ont rendez-vous jeudi 20 août au Fort de Brégançon.

Pour l’anecdote, cette Europe de la santé a failli exister dès septembre 1952, déjà à l’initiative de la France. Le ministre Paul Ribeyre comparait alors cette Communauté européenne de la santé (CES) à l’Europe de la défense, autre projet initié à l’époque. 68 ans plus tard, ni l’une ni l’autre n’ont vu le jour.
 

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