Macky Sall en Russie : la voix de l'Afrique pour éviter la crise alimentaire

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C'est une démarche inédite : le patron de l'Union africaine, Macky Sall, rencontre Vladimir Poutine aujourd'hui en Russie. Il veut faire libérer les stocks de céréales bloqués en Ukraine à cause de la guerre.

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Radio France
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Macky Sall, président du Sénégal. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

Au moins 20 millions de tonnes de blé qui auraient du être exportées mais qui sont toujours à quai dans les ports de Mykolaïv et d'Odessa. Il y a des mines, des navires militaires russes au large des côtes, aucun cargo commercial ne peut circuler.

Et les routes alternatives, au sud par le port roumain de Constanta ou au nord par le train vers la Pologne, ne sont pas encore opérationnelles. Or, on l'a déjà dit, avant la guerre l'Ukraine vendait la moitié de l'huile de tournesol consommée dans le monde. 12% du blé, 15% du maïs. La Russie elle aussi en exporte beaucoup, comme elle exporte des engrais agricoles, immobilisés de la même manière sur les bords de la mer Noire.

Les premières victimes de ce blocus sont les pays du continent africain, Tunisie, Egypte, Soudan, Bénin, Sénégal, tous très dépendants de ces exportations, qui subissent déjà pénuries et une hausse des prix. Et "le pire est peut-être devant nous" a dit Macky Sall cette semaine aux dirigeants européens.

Une voix unique pour un continent divisé

C'est donc lui qui vient plaider la cause de l'Afrique auprès du président russe : avec sa casquette de chef de l'union africaine, le président sénégalais porte la voix de 54 pays. Ce n'est pas rien.

En tout cas ça lui permettra de peser dans la discussion avec Moscou, tout autant – voire plus – que les européens qui tentent eux aussi d'obtenir la levée du blocus maritime. Sans succès. Forcément, la Russie qui se voit chaque jour davantage sanctionnée par les 27 ne se montre pas du tout coopérative.

La Russie, partenaire militaire et économique

Avec l'Afrique, le dialogue sera d'autant plus facile que depuis le début de l'offensive les pays africains refusent de prendre partie ; à chacune des deux résolutions votées à l'ONU le 2 et le 24 mars pour condamner l'invasion russe en Ukraine, près de la moitié d'entre eux se sont abstenus ou n'ont pas voté. Seule l’Érythrée a voté contre. 

Tous n'ont pas les mêmes intérêts bien sûr, mais depuis plusieurs années la Russie pousse ses pions sur le continent, pour certains pays comme la Centrafrique ou le Mali, elle s'est imposée comme un partenaire militaire et économique avec lequel on ne peut pas se fâcher. Rester non-aligné est la position la plus logique lorsque l'on est dans une situation de multidépendance. En parallèle, plus le conflit dure plus Moscou de son côté cherche à trouver des appuis. Cette visite de Macky Sall qui par souci d'équilibre se rendra aussi à Kiev est une opportunité diplomatique pour Vladimir Poutine. L'occasion de montrer que le pays n'est pas isolé sur la scène internationale.

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