L’Afrique du Sud en panne d’électricité : comment le pays en est-il arrivé là ?

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L'Afrique du Sud connaît en ce moment une crise de l'électricité brutale, qui rappelle celle de 2019. Et ce n'est pas demain que les habitants auront du courant à la maison.

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Radio France
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Le site du fournisseur d'éléctricité Ekson à Johannesbourg (Afrique du Sud). (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

Si, en France, on attend la canicule dans les prochains jours, en Afrique du Sud, c'est l'hiver austral. S'il est certes tempéré, il faut quand même allumer le chauffage et s'éclairer. Or, les coupures d'électricité se multiplient partout dans le pays, plusieurs fois par jour et, à chaque fois, durant plusieurs heures. Pour les Sud-Africains, cela rappelle le temps de l'Apartheid, où la population noire n'avait pas accès aux services de base.

La compagnie publique nationale, Eskom, a même averti qu'il fallait que les Sud-Africains se préparent à vivre au moins 100 jours de pannes électriques dans les prochains mois. Et pourtant le problème n'est pas nouveau et ne fait qu'empirer d'année en année. Il faut savoir que l'Afrique du Sud dépend à 80% du charbon pour produire son électricité. La plupart des centrales sont vieillissantes et n'ont pas été modernisées en raison d'un manque de planification, mais aussi à cause d'une corruption endémique dans le pays qui a particulièrement sévit sous la présidence de Jacob Zuma entre 2009 et 2018.

Retard dans la transition énergétique

Accusée de mauvaise gestion, la compagnie nationale est sur-endettée et se trouve aujourd'hui incapable de produire l'électricité dont le pays a besoin. En urgence, elle a mis en marche des turbines à gaz qui brûlent des quantités astronomiques de fuel, et dont la facture creuse encore un peu plus le déficit. Pour aggraver la situation, le secteur de l'électricité a connu récemment des grandes grèves des ouvriers, qui réclamaient des hausses de salaires et des aides au logement. Beaucoup d'entre eux ont déserté leurs postes de travail dans les centrales.

Mais au-delà de cette situation conjoncturelle, l'Afrique du Sud est surtout très en retard dans sa transition énergétique. Elle a d'ailleurs reçu 7,7 milliards de dollars d'aide lors de la dernière COP26 à Glasgow. 10 mégawatts d'énergie éolienne et solaire auraient dû être disponibles aujourd'hui pour commencer à se substituer au charbon, conformément à un plan du gouvernement décidé en 2015. Sept ans plus tard, ces nouvelles sources d'énergie ne sont pas là et il faudra plusieurs années avant de construire ces infrastructures éco-responsables. Les autorités vont devoir aller vite :  la demande en électricité pourrait tripler d'ici 2040. Autant dire que le crise de l'énergie en Afrique du Sud n'est pas finie.

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