En Turquie, face à une inflation galopante, les jeunes veulent quitter le pays

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Le pays s’enfonce dans la crise économique : l’inflation a atteint les 70% sur un an en avril.

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Radio France
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Une femme dans un supermarché à Karsiyaka (Turquie). (GOCHERIMAGERY / UNIVERSAL IMAGES GROUP EDITORIAL via GETTYIMAGES)

En Turquie, le taux d’inflation d’avril a été communiqué jeudi 4 mai et il est presque incroyable : +70% sur un an. La hausse la plus importante depuis 2002 et c’est peut-être loin de la vérité. L’opposition au président Erdogan et des économistes turcs indépendants estiment que les chiffres officiels sont sous-estimés et que la Turquie serait plutôt sur un taux d’inflation de... 156%.

Pourtant, ce phénomène n’est pas nouveau. En Turquie, la spirale inflationniste dure depuis des années. Depuis 2017, l’inflation n’a jamais été en dessous de 10%. Plusieurs choses peuvent expliquer cette situation. La première, c’est l’entêtement du président tout-puissant Erdogan à faire ce qu’il veut. Lorsque qu’une inflation est forte, pour l’enrayer, il faut augmenter les taux directeurs. Mais, depuis des années, le président turc fait l’inverse. Il a même fait pression sur sa banque centrale pour baisser les taux directeurs et espérait ainsi doper la croissance.

Une mauvaise idée, car la conséquence est que la livre turque s’effondre. Il y a quelques années, un euro s’échangeait contre cinq livres, aujourd’hui c’est plutôt 16. Ensuite, ce qui vient compliquer la situation, comme partout dans le monde, c’est la guerre en Ukraine. La Turquie est très dépendante du blé ukrainien et des énergies russes donc mécaniquement, là aussi, les prix augmentent. C’est surtout sur la nourriture : +89% et sur les transports +106% que la note est la plus lourde, selon notre correspondante de franceinfo sur place.

Les jeunes rêvent de partir à l’étranger

La population turque ne voit pas le bout de cette crise économique qui dure. Ce sont surtout les jeunes qui souffrent. Les étudiants passent des diplômes qui ne valent plus rien. Un docteur en Turquie gagne 600 euros par mois, à peine le double du salaire minimum. L’année dernière, selon les chiffres recueillis dans cette enquête du quotidien Les Echos, 1 400 jeunes médecins sont partis travailler à l’étranger, six fois plus qu’il y a cinq ans. D’après un sondage de l’institut Metropoll,  64% des jeunes de 18 à 34 ans veulent partir vivre à l’étranger. Leurs destinations favorites : l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Cette fuite des cerveaux n’a pas l’air d’inquiéter le président Erdogan. Lors d'un discours en mars dernier, il s’est adressé aux jeunes médecins : "Exercer cette belle profession pour de l’argent n’est pas éthique. S’ils veulent partir, qu’ils s’en aillent". Pourtant, Erdogan devrait faire attention. Le problème de l’inflation ne touche pas que les rêves des jeunes mais toute la population. Il avait fait de la prospérité de la Turquie une promesse de ses années de règne sans partage. Aux élections de 2023, la place de "Sultan" est menacée.

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