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En Arabie saoudite, un record d'exécutions capitales sans réaction des Occidentaux

La guerre en Ukraine, et la hausse du prix du pétrole qu'elle provoque, rend le régime saoudien incontournable aux yeux des pays occidentaux, inquiets pour leur approvisionnement en carburants. Les récentes exécutions massives passent au second plan.

Article rédigé par Isabelle Labeyrie
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Drapeau de l'Arabie Saoudite. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

En Arabie saoudite, 81 personnes condamnées à mort ont été décapitées en une seule journée, samedi 12 mars. Dans le fracas des bombes russes, ce record macabre est passé relativement inaperçu : le monde entier a les yeux tournés vers l'Ukraine. Pourtant, jamais le royaume n'a jamais exécuté autant de prisonniers de façon simultanée. En un seul jour, c'est plus que sur toute l'année 2021 (67 exécutions).

Ces prisonniers étaient majoritairement Saoudiens (on ne comptait parmi eux que 8 étrangers : 7 Yéménites et un Syrien). Selon l’agence de presse officielle du royaume, ils s'étaient rendus coupables d’attaques contre des sites saoudiens, « d’enlèvements, de torture, de viols et de contrebande d’armes », responsables de crimes qui « ont fait un grand nombre de morts parmi les civils et les forces de l’ordre ». Sans plus de détails.

La moitié de ces condamnés à morts étaient chiites, une minorité qui représente 10 à 15% de la population, une minorité discriminée dans le pays pour ses liens supposés avec le grand ennemi voisin, l'Iran. Leur principal crime était surtout d’avoir participé à des manifestations contre le gouvernement en 2011 et 2012.

Des procès non équitables

Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU accuse Riyad de les avoir transformés en criminels alors qu’ils usaient seulement de leur liberté d'expression. Des ONG dénoncent quant à elles des procès inéquitables et l'absence d'information aux familles qui n'ont pas été autorisées à récupérer les corps.  L’European Saudi Organisation for Human Rights n'hésite pas à parler de "massacre". 

La presse saoudienne, elle, parle de ces exécutions comme d'un "succès époustouflant pour mater le terrorisme" ou d'une "source de fierté qui vaut respect et admiration". “Il n’y a pas d’islam sans communauté, et de communauté sans foi, et de foi sans obéissance. Et si un groupe ou un individu se dresse contre le détenteur de l’autorité, il subit ce qu’a prévu pour lui [la charia]”, a déclaré à la télévision le chef de la police religieuse, qui évoque une mesure “nécessaire pour préserver l’ordre et l’unité”. 

Loin des promesses de réformes

Dans les chancelleries étrangères, les réactions restent rares. L’Union européenne s’est dite « fermement opposée à la peine capitale, quelles que soient les circonstances » et s’inquiète d’une « augmentation inquiétante dans la tendance à recourir à la peine de mort en Arabie saoudite". Une condamnation timide.

L'Arabie Saoudite, elle, affiche un message sans ambiguité : il s'agit de montrer aux Saoudiens et à la la communauté internationale que le régime est fort, que personne ne lui dicte ses pratiques.

Le royaume a même poussé le cynisme jusqu’à libérer, la veille de ces exécutions, le militant et bloggeur Raïf Badawi, emprisonné depuis 2012. Un écran de fumée. Le prince héritier Mohammed Ben Salman, qui porte un projet de libéralisation de la société, disait encore récemment dans un magazine américain qu'il allait moderniser le système judiciaire. On est à mille lieux de ces promesses de réformes.

Le pétrole, une monnaie d'échange

Premier producteur de pétrole au monde, le pays est le seul à pouvoir freiner l'envolée des prix provoquée par la guerre en Ukraine, en augmentant sa production. La crise énergétique a rendu à l'Arabie Saoudite la toute-puissance et le pouvoir qu'elle avait perdu après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Or jusqu'à présent, Riyad n'a ni condamné la Russie, ni ouvert le robinet. La semaine dernière, les journaux arabes rapportaient même que MBS ne prenait plus le président américain Joe Biden au téléphone.

La situation économique est tellement critique que le Premier ministre britannique Boris Johnson envisage de se rendre à Riyad cette semaine pour convaincre MBS d'agir. Tant pis pour les 81 exécutions. Tant pis pour les atteintes aux droits de l'homme. Une fois de plus, le pétrole saoudien suffit à acheter le silence du monde.

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