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Emmanuel Macron en médiateur de la crise en Biélorussie

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Le président français a rencontré mardi l'opposante biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa, à l'occasion d'un déplacement en Lituanie.

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Radio France
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Emmanuel Macron à Vilnius en Lituanie, le 29 septembre 2020.
 (LUDOVIC MARIN / AFP)

Emmanuel Macron est l’un des leaders les plus puissants en Europe et dans le monde" disait la cheffe de file de l'opposition avant leur rencontre. "Il pourrait être l’un de ces médiateurs dont nous avons besoin". 

Le chef de l'État a répondu à l'appel : "la France se tient toujours au côté des combattants de la liberté" disait-il lundi soir à Vilnius, saluant le "courage personnel" de Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie – comme de nombreux autres opposants biélorusses.

La médiation devrait se faire de manière collective sous l'égide de l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, mais le président français l'assure : "nous ferons de notre mieux en tant qu'Européens pour aider à la médiation".

La cheffe de l'opposition encourage aussi à Emmanuel Macron à utiliser ses bonnes relations avec le président russe Vladimir Poutine pour obtenir une transition pacifique en Biélorussie et organiser une nouvelle élection présidentielle dès cette année.

Un exercice diplomatique délicat

Cette rencontre est malgré tout un exercice diplomatique délicat : il s'agit en même temps d'afficher un soutien très appuyé à l'opposition biélorusse, de réclamer haut et fort le départ d'Alexandre Loukachenko, sans pour autant froisser le principal soutien du président biélorusse, Vladimir Poutine, avec lequel le chef de l'État revendique un dialogue franc, ouvert, "sans complaisance".

Il l'a redit lundi à son arrivée en Lituanie. La Russie est pour la France, et pour les Européens, un interlocuteur incontournable.

Le président français évolue donc sur une ligne de crête. Après avoir hésité plusieurs jours, il est donc le premier dirigeant international de haut rang à rencontrer Svetlana Tikhanovskaïa, à la conforter dans son statut d'opposante évincée du pouvoir par la fraude mais ça l'arrange, c'est elle qui a fait savoir qu'elle souhaitait le rencontrer.

L'opposante a déjà rencontré les ministres des Affaires étrangères de l'UE et les dirigeants de la Pologne et de la Lituanie, deux États européens voisins du Bélarus qui soutiennent l'opposition contre le règne d'Alexandre Loukachenko.

L'exemple de Juan Guaido

Le chef de l'État a-t-il quelque chose à gagner dans cette rencontre ? L'opposition lui reproche déjà de s'occuper un peu trop du Liban et de la Biélorussie et pas assez de la crise sanitaire en France.
D'autant qu'on n'a pas toujours quelque chose à gagner à soutenir un opposant.
Souvenez-vous de Juan Guaido, au Venezuela, autoproclamé président par intérim en janvier 2019 avec la bénédiction d'une cinquantaine de pays, France en tête...
20 mois plus tard, Juan Guaido reste cantonné à son rôle d'opposant alors que Nicolas Maduro, élu de manière frauduleuse, commanditaire de crimes avérés selon l'ONU, et dont tout le monde réclame le départ, est toujours au pouvoir.
Et il n'est même pas certain que les législatives prévues en décembre se tiennent comme prévu.

Rien ne dit qu'en Biélorussie la transition se fera dans de meilleures conditions.
Après tout cela ne fait que sept semaines que les Biélorusses sont dans la rue pour mettre à terre un système qui s'est construit pendant vingt-six ans. Pour en venir à bout, il faudra sûrement encore un peu de temps.

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