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Le décryptage éco. Vers une taxe européenne sur le kérosène aérien ?

Faut-il s’attendre à une taxe sur le transport aérien au niveau européen ? Un conseil des ministres des Transports de l'Union européenne se tenait jeudi au Luxembourg, et la France a demandé que l’on étudie le sujet.  Le décryptage de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Un avion d\'Air France est en train d\'être ravitaillé en kérosène sur l\'aéroport de Roissy (Val d\'Oise).
Un avion d'Air France est en train d'être ravitaillé en kérosène sur l'aéroport de Roissy (Val d'Oise). (JACK GUEZ / AFP)
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Après la taxe Gafa sur le numérique, la France veut être pionnière pour qu’on instaure une taxe kérosène sur les avions au niveau européen Emmanuel Macron y est favorable. Et en début de semaine, c’est François de Rugy, le ministre de la Transition écologique qui a dit vouloir "mener bataille" pour que le secteur aérien participe un peu plus à la transition écologique. Sachant que l’aérien bénéficie actuellement d’une exemption de taxe sur le carburant.  

Une exonération de taxes de plus en plus critiquée 

Parce que le carburant des voitures, lui, est taxé mais aussi parce que l’avion pollue plus que les autres modes de transport, parce qu’aussi ce sont surtout les riches qui sont accusés de prendre l’avion. Du coup, les appels au boycott de l’avion se sont multipliés ces dernières semaines. Et le mouvement "flight shaming" (honte à ceux qui prennent l’avion) lancé en Suède se propage.  

Pour l’instant, on ne sait pas trop à quoi pourrait ressembler la taxe sur l'aérien. Car la France s’est contentée d’ouvrir le débat. Sans dire à quel niveau de tarification, ou quel système on pourrait mettre en place. Parce que la question, c’est aussi comment instaurer ce type d’impôt. Faut-il le mettre dans le pays du départ ? À l’arrivée ? Prendre en compte les pays survolés ? Une étude commandée par la Commission européenne, mais dévoilée il y a quelques jours seulement par l’ONG Transport et Environnement, préconise par exemple de taxer le kérosène des avions à hauteur de 33 centimes d’euros par litre. Ce qui pourrait réduire de 11% ses émissions de CO2  

Le risque d'une augmentation du prix des billets 

Du côté des compagnies aériennes, on s'oppose à cette nouvelle taxe. Elles s’estiment déjà assez pénalisées par la taxe de solidarité sur les billets d'avion, dite "taxe Chirac", créée en 2006. Selon elles, si on leur supprime en plus l'exonération de taxes sur le carburant, il leur en coûtera au moins 350 millions d'euros de plus, rien que pour les compagnies françaises, ce qui pourrait conduire à supprimer 3 à 4 000 emplois. Air France serait directement affectée, ça lui ferait 250 millions d’euros de dépenses supplémentaires.  

Il y a des chances que les compagnies répercutent sur le client au moins une partie de la charge. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que les députés qui parlent en ce moment de ces sujets dans le cadre du vote de la loi mobilité, ne sont pas allés jusqu’à taxer le kérosène aérien au niveau national. Ils se sont contentés de réaffecter une partie de la "taxe Chirac" pour financer d’autres modes de transport.

Cette taxe kérosène a-t-elle des chances de voir le jour en Europe ? Il y a débat dans l’Union. Plusieurs États membres, comme la Belgique et les Pays-Bas sont pour, mais d’autres ne veulent pas en entendre parler. Un pays l’a déjà mise en place. Il s'agit de la Suède, qui a instauré une taxe climat de 6 à 39 euros sur les billets d’avion. Résultat : le nombre de passagers a diminué de 5% sur les vols intérieurs.

Un avion d\'Air France est en train d\'être ravitaillé en kérosène sur l\'aéroport de Roissy (Val d\'Oise).
Un avion d'Air France est en train d'être ravitaillé en kérosène sur l'aéroport de Roissy (Val d'Oise). (JACK GUEZ / AFP)