20 euros pour les vols en Europe, 100 euros pour les vols lointains : des associations proposent de taxer le kérosène

Taxer le kérosène fait partie des contributions qui ressortent du grand débat national, et la "honte de prendre l'avion" semble prendre de l'essor en France. 

Un avion se pose sur la piste de Toulouse-Blagnac. 
Un avion se pose sur la piste de Toulouse-Blagnac.  (ERIC CABANIS / AFP)

Le mouvement vient de Suède et semble prendre de l'ampleur en France. "La honte de prendre l'avion" gagne visiblement du terrain. D'après les contributions au grand débat national, la taxation du kérosène revient à plusieurs reprises. En effet, voyager par les airs émet trois fois plus de gaz a effet de serre que prendre la voiture, mais taxer plus le carburant des avions rendra aussi le coût des voyages lointains plus chers. 

Un choix difficile pour les vacances

Prendre l'avion pour Simon, militant écolo de 30 ans, c'est vraiment la honte, alors il fait des choix drastiques pour ses vacances. "Aujourd'hui je réoriente mes vacances d'été pour aller dans des destinations proches en France ou en Europe. Il s'agit de destinations que je peux atteindre en train", explique-t-il. En revanche pour son travail, il a peu d'options. "Dans les déplacements professionnels en Amérique ou en Asie, on ressent de plus en plus un sentiment de gêne. On cherche a réduire ce sentiment en privilégiant des solutions comme les conférences en télétravail ou en visio-conférence", poursuit le jeune homme. 

"Une question de lobby" 

La compensation carbone qui consiste à replanter des arbres après avoir pollué en avion n'est pas satisfaisante pour Simon. Il regrette que le secteur aérien ne soit soumis à aucun traité international sur le climat. Un sentiment partagé aussi par certains "gilets jaunes" comme Priscilla Ludovsky. Elle trouve injuste que ce secteur ne soit pas un plus gros contributeur fiscal alors qu'au kilomètre parcouru il est trois fois plus polluant que la voiture et 30 fois plus que le train. "On demande à tous les automobilistes de faire des efforts alors que le kérosène n'est pas taxé. C'est une question de lobby, estime-t-elle. D'après elle cet avantage remonte à 1944, "depuis la convention de Chicago. C'était pour l'essor du trafic aérien, maintenant je pense que l'essor est là, on peut taxer, poursuit la "gilet jaune". J'avais entendu un argument qui dit 'mais si on augmente les tarifs, les personnes auront du mal à payer les billets d'avions', mais je trouve ça un peu facile." 

Si on taxait le kérosène à la hauteur des carburants aujourd'hui, on arriverait à des recettes, pour tous les vols, de 3,6 milliards d'eurosMeike Finkà franceinfo

Les compagnies low cost offrent des billets en Europe à partir de dix euros ou proposent d'aller à New York pour moins de 200 euros. Une façon de démocratiser les voyages pour les plus modestes mais pour Meike Fink, du réseau action climat, l'avion ne peut pas échapper à l'effort fiscal. "Aujourd'hui le kérosène n'est pas du tout taxé. Par exemple, on pourrait le taxer seulement pour les vols domestiques ou entre les pays qui ont aussi mis en place une taxation du kérosène, explique-t-elle. Ce qu'on propose pour justement couvrir la totalité des vols au départ de la France, c'est une taxe sur les billets d'avion, entre 20 euros pour les vols intra-européen et 100 euros pour les vols internationaux." 

De son côté, le secteur de l'aviation au niveau mondial rappelle qu'il ne représente que 2% des émissions de CO2, bien loin du secteur énergétique, même si c'est l'équivalent des émissions d'un pays comme l'Allemagne.