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Le décryptage éco. Pourquoi Emmanuel Macron parle-t-il du critère des 3% de déficit comme "d'une règle d'un autre siècle" ?

"Une règle d'un autre siècle", c'est ainsi qu'Emmanuel Macron a qualifié la règle budgétaire des 3% dans une interview à "The Economist". Le chef de l'État veut-il remettre en cause cette règle ? Le décryptage de Fanny Guinochet.

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Emmanuel Macron, chef de l\'Etat français à Bruxelles (Belgique), le 18 octobre 2019. Photo d\'illustration.
Emmanuel Macron, chef de l'Etat français à Bruxelles (Belgique), le 18 octobre 2019. Photo d'illustration. (JOHN THYS / AFP)

Emmanuel Macron dans une interview au journal The Economist explique que "la règle du déficit public inférieur à 3 % du PIB" est d’un autre siècle. D’où vient cette règle ? À l’origine, elle a été trouvée sur un coin de table en 1981, la France atteignait les 100 milliards de francs de déficit public. Autant dire une déflagration pour l’époque.

Du coup, François Mitterrand a demandé à des fonctionnaires du trésor de lui habiller ça, de rendre ce déficit acceptable. Et ces experts – dont Guy Abeille qui nous a gentiment raconté l’histoire – lui ont proposé de parler plutôt sous la forme de pourcentage, c’était moins violent. Aujourd’hui encore, Guy Abeille ne sait toujours pas pourquoi ils ont choisi 3% et pas 2 ou 1%, si ce n’est que ce 3% sonnait rond ! Quand l’union monétaire, ensuite, s’est construite, François Mitterrand a convaincu ses partenaires européens d’adopter ce fameux 3% , pour éviter les dérapages budgétaires. C’est comme ça que cette règle d’or s’est imposée. Chaque État membre doit s’y tenir et quand un pays de l’Union a un déficit public excessif, il est sous surveillance : potentiellement il y a une amende mais dans les faits, les pénalités ne sont pas appliquées. Heureusement pour la France qui n’a pas souvent tenu la règle. Depuis 40 ans, on dépense plus que ce qu’on gagne en recettes !  

Pourquoi Macron remet-il en cause cette règle maintenant ?

Parce qu’il y a un débat aujourd’hui sur la nécessité de maintenir cette orthodoxie financière. Cette règle se justifiait quand l’inflation était forte, les taux d’intérêts élevés, la croissance soutenue. Aujourd’hui, a-t-elle encore un sens alors que l’environnement a changé ? Ne vaudrait-il pas mieux s’en extraire et investir,  s’endetter pour accélérer la transition écologique, la transition numérique ? Emmanuel Macron justifie d’ailleurs son propos  en expliquant que : "Les Chinois eux, investissent massivement", que "Les États-Unis ont creusé le déficit pour investir sur des éléments stratégiques. L'Europe ne peut pas être la seule zone à ne pas le faire."

Est-ce que ca veut dire que la France va abandonner la règle ?

Non, car creuser encore le déficit est risqué si les taux d’intérets remontent. La déclaration d’Emmanuel Macron est politique, elle intervient dans un contexte particulier, celui de la renégociation du budget européen.

Il y a actuellement de vives discussions à Berlin autour d’un éventuel assouplissement des règles budgétaires. Macron adresse un message aux Allemands. Car si la France est en déficit excessif, l’Allemagne est en excédent budgétaire. Avec un déficit à 3,1 % en 2019, la France est toujours en dehors des clous mais elle prévoit d’arriver à 2,2% l’année prochaine.

Emmanuel Macron, chef de l\'Etat français à Bruxelles (Belgique), le 18 octobre 2019. Photo d\'illustration.
Emmanuel Macron, chef de l'Etat français à Bruxelles (Belgique), le 18 octobre 2019. Photo d'illustration. (JOHN THYS / AFP)