Premier sommet de la Communauté politique européenne : quelles sont les attentes de la Turquie, la Serbie et la Suisse ?

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Dans le club des correspondants, franceinfo s'intéresse à l'actualité vue depuis l'étranger. Aujourd'hui, franceinfo explore les attentes de la Turquie, de la Serbie et de la Suisse avant le premier sommet de la "Communauté politique européenne" à Prague. 

Article rédigé par
Marie-Pierre Vérot (en Turquie), Louis Seiller (en Serbie), Jérémy Lanche (en Suisse) - franceinfo
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Temps de lecture : 4 min.
Des drapeaux européens devant la Commission à Bruxelles, le 16 juin 2022.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

La Communauté politique européenne, chère au président français Emmanuel Macron, tient sa première réunion jeudi 6 octobre à Prague, la capitale tchèque. Cette communauté "permettrait aux nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs, de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération", expliquait le chef de l'État français à Strasbourg, le 9 mai. En plus des pays membres de l'Union européenne, 17 pays participent à ce sommet, dont la Turquie, la Suisse et la Serbie. L'Ukraine sera également représentée. 

La Turquie veut garder le contact avec l'Union européenne

Si la présence de la Turquie, suscite des débats, le président Erdogan sera bien présent. La Turquie tenait à cette invitation, Recep Tayip Erdogan veut être sur la photo de famille européenne. La principale condition pour Ankara était que cette nouvelle Communauté politique ne soit pas une alternative à l’adhésion. Le président turc estime avoir été conforté dans cette analyse. Selon Ankara, il était impensable d’exclure la Turquie d’un sommet où sont invités l’Ukraine, l’Arménie ou encore l’Azerbaïdjan et la Géorgie. Autant de pays de la région, frontaliers de la Turquie ou dans lesquels la diplomatie turque est très engagée.

La Turquie souhaitait être là, mais pour autant, aucun progrès dans son chemin vers l’intégration au sein de l’Union européenne n'a été dévoilée. Le processus est en effet grippé, à la fois sur l’union douanière et sur la délivrance des visas. Seul le paquet sur les réfugiés est toujours en vigueur. L’État de droit en Turquie ne permet pas d’avancer : la justice est aux ordres, la presse muselée, les prisons emplies d’intellectuels accusés de complot contre l’Etat, les droits des femmes rognés. Aucune réforme n’est pourtant en vue à cet égard. Mais la Turquie ne souhaite pas rompre les ponts, il y aurait d’ailleurs un coût politique trop élevé pour tout gouvernement turc qui mettrait un terme au processus d’adhésion à l’UE.

En outre, Erdogan va profiter de sa venue à Prague pour peaufiner encore son image de diplomate régional. Un rendez-vous est déjà pris avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, les tensions restent très vives entre Erevan et l’Azerbaidjan. Il aura l’occasion sans doute d’autres apartés. La Turquie n’a par exemple toujours pas ratifié l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN. 

Le Serbie de plus en plus éloignée de l'Union européenne

La Serbie sera elle aussi représentée à ce sommet, dans un contexte où les relations avec l'Union européenne sont particulièrement compliquées. Le pays subit depuis plusieurs mois une forte pression de la part des diplomates européens. Ce pays de 7 millions d’habitants a obtenu son statut de candidat à l’Union européenne il y a déjà dix ans et jusqu’à il y a peu, il était même perçu comme l’un des plus avancés sur le chemin de l’intégration avec 23 chapitres ouverts sur 35. Mais tout a changé le 24 février 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. S’il a condamné cette invasion, le président serbe Aleksandar Vucic refuse toujours de se joindre aux sanctions européennes contre son allié russe. Il continue à affirmer que l’adhésion à l’UE reste l’objectif stratégique de la Serbie. Pourtant, le 23 septembre dernier encore, le ministre serbe des Affaires étrangères a signé un accord de politique étrangère avec Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères. Un geste qui a été perçu comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase par beaucoup de responsables européens.

Une situation qui se dégrade, à tel point que l'avenir européen de la Serbie se retrouve même remis en question. Les diplomates européens évoquent désormais ouvertement la possibilité de sanctions contre Belgrade, si les dirigeants serbes ne choisissent pas finalement leur camp. Le Parlement européen devrait d’ailleurs demander la suspension des négociations. Certains évoquent aussi la remise en question de la candidature de la Serbie. Dans ce contexte, le sommet de Prague devrait être une nouvelle occasion pour les Européens d’accentuer la pression sur Belgrade. Pas sûr que ce sommet ne redore l’image de l'UE dans le pays. Selon certaines enquêtes d’opinion, près de deux tiers des Serbes se sentiraient aujourd’hui plus proches de la Russie, que de l’Union européenne.

La Suisse veut recoller les morceaux avec l'Union européenne

La Suisse, et son histoire compliquée avec Bruxelles, sera aussi à Prague. Avec l'Union européenne, c'est un peu "Je t'aime, moi non plus". Deux amants qui se fréquentent depuis toujours, mais qui n’arrivent pas à habiter ensemble, et encore moins à se marier. La Suisse a pourtant failli rejoindre l’espace économique européen, mais le peuple a refusé lors d’un référendum en 1992. À la place, Berne et Bruxelles ont noué une multitude d’accords bilatéraux sur à peu près tous les sujets : commerce, transports, agriculture, libre circulation des personnes. Un mille-feuilles indigeste qui devait faire la place à un accord-cadre unique. Mais la Suisse s’est retirée des négociations l’an passé, renforçant un peu le sentiment que la Suisse veut le beurre et l’argent du beurre du marché unique européen, mais sans contreparties. La Suisse, qui avait fait acte de candidature à l’UE en 1992, a d’ailleurs retiré sa demande en 2016 seulement.

Cette participation au sommet de Prague pourrait donc permettre de recoller un peu les morceaux. Si la Suisse ne veut pas brider sa souveraineté politique, elle reste très dépendante de ses voisins. L’UE, c’est 50% des exportations de la Suisse et 60% des importations. La guerre en Ukraine a aussi montré que quand il faut choisir un camp, la Suisse se range systématiquement derrière l’UE. Elle a par exemple repris toutes les sanctions à l’encontre de la Russie. Berne s’est aussi montrée intéressée pour renforcer ses liens avec l’OTAN. L’heure n’est donc pas au mariage, mais pas au divorce non plus.

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