Pénuries : la reprise de l'économie toujours ralentie en Chine, aux États-Unis et en Allemagne

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, on s'intéresse à la reprise retardée par les pénuries mondiales en Chine, aux États-Unis et en Allemagne. 

Article rédigé par
Stéphane Pambrun, Sébastien Paour et Luc André - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un ouvrier passe devant l'entrée d'une entreprise de fabrication de produits électroniques d'apprentissage à Houjie, dans le sud de la Chine, une zone touchée par des restrictions d'électricité, le 30 septembre 2021. (NOEL CELIS / AFP)

La reprise de l'économie mondiale a dû mal à se concrétiser en raison de pénuries inédites partout dans le monde. Puces électronqiues, ameublement, automobile et même certaines craintes sur les jouets de Noël, peu de secteurs semblent à l'abri. La Chine, les États-Unis et l'Allemagne ne sont pas épargnées.

Pénuries d'électricité en Chine

L’usine du monde marche au ralenti depuis maintenant plusieurs semaines. Le phénomène peut s'expliquer par deux raisons : d’abord l’obligation de respecter des quotas d’émission carbone. Mais dans plus de la moitié des provinces le plafond a été atteint dés le début du mois et certaines provinces ont pris des mesures radicales et coupé le courant. Le gouvernement chinois veut atteindre la neutralité carbone en 2060. L’autre raison c’est la pénurie d’électricité et surtout de charbon en Chine. Les analystes prévoient une baisse de 12% de la consommation d'énergie par l'industrie cet hiver.

L’économie chinoise et toute l'économie mondiale sont impactées parce que les retards de production affectent déjà toutes les chaînes logistiques. Les conséquences sont déjà bien visibles. On enregistre, des retards par exemple pour la production des nouveaux iPhone d’Apple, dans la production des batteries pour les voitures électriques comme Tesla, et déjà deux mois de retard dans l’industrie textile. "En ce moment, on est dans une situation très délicate, on ne sait même plus quoi répondre à notre clientèle," s'inquiète Mario Chevalier qui exporte des produits chinois vers la France et fait régulièrement la tournée des usines. Il est en ce moment à Canton dans le sud est du pays. "Le gouvernement chinois coupe l'électricité aux usines. Ils ne disent pas quand ils vont la remettre. L'avenir est vraiment très incertain." Des retards sont déjà annoncés dans la livraison des jouets de Noël, qui sont sont fabriqués en Chine pour plus de 80%. 

Apple met sur pause la production d'iPhone 

La marque à la pomme avait prévu 90 millions d’iPhone 13 d’ici fin décembre. Mais elle doit revoir ses objectifs à la baisse. Il faudra se contenter de 80 millions d’appareils. Un mois après sa sortie, Apple sait déjà que sa gamme de quatre nouveaux smartphones ne pourra pas compter sur tous ses composants, comme les puces électroniques. D’après l’agence Bloomberg, deux fournisseurs notamment, Broadcom et Texas Instrument, ne pourront pas répondre à la demande. Demande qui a été très forte dès la sortie de l’iPhone 13 mi-septembre, notamment aux États-Unis, mais aussi en Chine. Et à ce rythme, il manquera au moins 5 millions de téléphones pour Noël. 

Le patron d’Apple l’a dit très vite : le groupe qu’il dirige n’est pas le seul concerné par ces pénuries. Ce ne sont pas ses choix qui font qu’Apple va manquer de ses nouveaux smartphones pour les fêtes. C’est pareil pour tout le monde. Tim Cook reconnait juste qu’il avait un peu sous-estimé l’engouement pour ce nouvel iPhone, sans doute que le retour à la vie post-pandémie donne envie de plus consommer chez nombres d’afficionados de la marque. Pour moins dépendre de l’Asie, Intel, le géant américain du secteur des semi-conducteurs, qu’on trouve notamment dans l’automobile, a annoncé au printemps la construction de deux usines aux États-Unis, deux sites en Arizona. Un investissement à 20 milliards de dollars. 

Prévisions de croissance à la baisse en Allemagne

En début d’année encore, l’optimisme était de mise. Les campagnes de vaccination étaient en cours chez les principaux partenaires économiques de l’Allemagne, à savoir l’Union européenne, la Chine et les États-Unis. La perspective d’un reflux de la pandémie laissait entrevoir une reprise des exportations, véritable poumon de l’économie outre-Rhin. Les instituts de conjoncture tablaient sur une croissance de 3,7% pour 2021. On parle maintenant de seulement 2,4%. Le Covid-19 sévit toujours, les problèmes logistiques entravent le rebond. Le secteur automobile par exemple manque de semi-conducteurs. Les exportations de voiture en septembre ont été divisées par deux par rapport à 2019. On manque aussi de bois dans la construction ou de papier pour sortir de nouveaux livres. Globalement, la production manufacturière est en baisse depuis le début de l’année. Le retour à la normale va encore se faire attendre. "La pandémie, qui a un effet saisonnier, comme les problèmes d’approvisionnement, prévient l’économiste Oliver Holtemöller, vont encore freiner la reprise pendant le semestre hivernal." Les problèmes de pénuries doivent se résoudre progressivement au cours de l’année 2022.

Le manque de gaz est également une menace. Les instituts de conjoncture recommandent au futur gouvernement, de ne surtout pas intervenir sur les prix. "Un gel des prix ne résout pas les pénuries, au mieux cela masque le problème", indique Olivier Holtemöller. Plus largement, les instituts de conjoncture ne s’inquiètent pas d’une flambée durable des prix. Ils prévoient un retour à la normale pour l’inflation en 2023.

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