Journée sans tabac : l'OMS veut protéger les enfants du marketing industriel et le Royaume-Uni veut leur interdire la vente à vie

Depuis 1987, la Journée mondiale sans tabac est organisé tous les 31 mai. Chaque année, huit millions de personnes meurent à cause de ce produit, dont plus d’un million de fumeurs passifs. Un mal qui frappe de plus en plus jeune.
Article rédigé par Jérémie Lanche - Sara Menai
Radio France
Publié Mis à jour
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Aujourd’hui, on estime qu’il y a plus d’enfants que d’adultes qui vapotent. Photo d'illustration (WESTEND61 / WESTEND61/ GETTY IMAGE)

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, vendredi 31 mai, l’OMS alerte sur les pratiques "scandaleuses" des industriels pour faire tomber les enfants dans le tabac. Dans la cigarette électronique, surtout, et tous ses dérivés : puff, pouches, snus… Ce sont tous des produits avec de la nicotine, destinés à se substituer à la cigarette pour arrêter de fumer.

C’est la grande tendance depuis des années chez les industriels, qui affirment en public que la "clope" appartient au passé, qu’il faut développer des produits moins nocifs, sans fumée. Le patron de Philip Morris est même allé jusqu’à dire qu’un monde sans cigarette est "à portée de main". Voilà pour le discours officiel. La réalité, explique l’OMS, c’est que les grands groupes n’ont pas l’intention de lâcher la poule aux œufs d’or aussi facilement. On a encore peu de recul sur l’utilisation de la cigarette électronique, mais des études démontrent déjà que loin de faire arrêter la cigarette conventionnelle, elle multiplierait par trois le risque de tomber dedans, surtout chez les jeunes.

Publicité sur les réseaux sociaux, dans les concerts...

En France, les cigarettiers n'ont pas le droit de faire de la publicité, interdite depuis plusieurs années, mais ce n'est pas le cas dans tous les pays et c'est oublier que désormais, tout se passe en ligne. Sur les réseaux, 85% des jeunes seraient exposés aux publicités pour des produits avec de la nicotine ou du tabac quand ils sont sur leurs applications. Et ce n’est pas la seule tactique des grands groupes cigarettiers, explique le docteur Rüediger Krech, en charge de la lutte contre le tabac à l’OMS : "Les industriels donnent des échantillons gratuits lors des événements sportifs et des concerts. Ils paient des influenceurs. Ils font du placement de produits sur les services de streaming. Ils ont des partenariats avec des services de livraison de repas, pour que vous puissiez recevoir vos cigarettes électroniques directement chez vous." Autre preuve de cet acharnement marketing, dénonce le docteur : "Il y a plus de 16 000 arômes sur le marché, comme Bubble gum, glace vanille, cookie. Ces arômes sont destinés aux enfants. Nous demandons aux gouvernements de les interdire."

Le packaging aussi est assez confondant. Des couleurs criardes, flashy, qui font penser qu’on achète plus un paquet de bonbons qu’un paquet de nicotine. Dans certains pays, on utilise même l’image de personnages de mangas ou de joueurs de foot pour vanter les mérites d’un produit. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas impossible d’arrêter de fumer grâce à la cigarette électronique, mais l’inverse est plus probable. Aujourd’hui, on estime qu’il y a plus d’enfants que d’adultes qui vapotent.

Vers une interdiction progressive de vente de tabac au Royaume Uni ?

Le gouvernement conservateur a fait de la lutte contre le tabagisme l’une de ses priorités. Aujourd’hui, 6,4 millions de Britanniques fument, soit environ 13% de la population. C’est deux fois moins qu’en France, mais c’est quand même la première cause de mortalité évitable au Royaume-Uni. Le tabagisme est responsable de 80 000 morts par an et de 470 000 maladies, selon le gouvernement.

Cela coûte très cher au NHS, le système de santé publique britannique. On estime aujourd’hui que le tabagisme et ses conséquences coûteraient 20 milliards d'euros par an. Une loi a donc été votée, le 16 avril 2024, pour bannir complètement le tabagisme, progressivement. La loi prévoit que tous ceux nés après le 1er janvier 2009 se voient refuser l’achat de tabac à leur majorité, et ce pour le reste de leur vie. La mesure a été portée par le Premier ministre en personne, Rishi Sunak et en première lecture, le "pour" l'a emporté avec 383 voix. À noter qu’avant le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande avait voté des dispositions similaires, avant de renoncer devant la difficulté de leur mise en place.

Des soutiens qui changent de camp

Cette mesure divise la population et ce, jusque dans la majorité puisque certains députés conservateurs ont qualifié la loi de "liberticide". Les 67 députés qui ont voté contre ce texte sont presque tous conservateurs. Dans les rues de Londres, la limitation de liberté ne fait pas non plus l'unanimité : "C’est une loi fondamentalement antilibérale et je déteste la rhétorique qui explique que c’est pour protéger les enfants, proteste une femme. Les enfants ne peuvent de toute façon pas acheter de cigarettes. C’est de la prohibition." D'autres trouvent néanmoins que "si on peut empêcher la nouvelle génération de fumer, c’est une bonne chose, la nouvelle génération est d’ailleurs pour ce changement".

Mais imaginer le Royaume-Uni devenir un pays non-fumeur n'est pas assuré. Il n'est pas encore certain que cette mesure passe. Rishi Sunak a convoqué des élections générales anticipées le 4 juillet 2024, le Parlement a été dissous et la loi anti-tabac ne fait pas partie des dernières lois promulguées un peu en urgence. Le projet pourrait être une nouvelle fois soumis au vote, si les conservateurs étaient réélus en juillet. Mais les sondages ne sont pas bons pour la majorité conservatrice, donnée largement perdante. La tendance prévoit une marée travailliste, le Labour Party mené par Keir Starmer s’est dit en faveur de cette loi. Alors l'idée d’une génération britannique sans tabac pourrait bien faire son retour.

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