En Suisse et en Côte d'Ivoire, l'effondrement du marché du chocolat

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd’hui, l’effondrement du marché du chocolat en Suisse et ses conséquences en Côte d’Ivoire.

Article rédigé par
Jérémie Lanche et Amandine Réaux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un planteur montre des fèves de cacao, le 12 juin 2015, en Côte d'Ivoire. (LEGNAN KOULA / MAXPPP)

Rien ne va plus au pays du chocolat, alors que le salon du même nom s’ouvre jeudi 28 octobre à Paris. En Suisse, la consommation de tablettes et autres douceurs fond à vue d'œil depuis la crise du Covid-19 et la diminution des relations sociales. Effet collatéral : en Côte d’Ivoire, où la moitié des planteurs de cacao eux vit sous le seuil de pauvreté, le prix payé aux agriculteurs a encore baissé.

Les Suisses consomment et exportent moins de chocolat depuis la crise du Covid-19

Les Suisses ont officiellement perdu leur titre de plus gros consommateurs de chocolat au monde. Là-bas, l'effondrement du marché du chocolat est un des nombreux effets collatéraux de la pandémie. En effet, si les Suisses ont mangé 9,9 kilos de chocolat par personne en 2020 (un Français en consomme plutôt environ sept kilos), c'est la première fois en 40 ans que nos voisins passent sous la barre des 10 kilos annuels. La pandémie est passée par là : les occasions d'offrir des chocolats quand on est invités chez des amis ou de la famille sont limitées, sans compter l'effet canicule de l'été 2020, qui a mécaniquement fait baisser les ventes du secteur. Les plus gros dégâts sont cependant à mettre sur le compte de la fermeture des frontières car si les Suisses achètent beaucoup de chocolat, ils sont en temps normal bien aidés par les touristes étrangers. C'est ce qui explique que la production a chuté de 11,5% et les exportations de 13%.

La pandémie a par ailleurs certainement été un accélérateur dans le changement de comportement des consommateurs, qui privilégient désormais plutôt la qualité plutôt que la quantité. C’est pour cette raison que certains artisans chocolatiers à Genève ont réussi à faire d'excellents chiffres d'affaires pendant la pandémie. Le numéro un mondial du cacao, le Suisse Barry Callebaut, vient d'ailleurs de lancer sa première boisson marketée santé avec du chocolat. La tendance est également à la consommation responsable également : les grands noms du chocolat suisse comme Nestlé, Lindt, Villars ou Frey ont lancé une plateforme en ce sens. L'objectif est d'atteindre 80% du cacao transformé en Suisse issu de l'agriculture durable. Reste un fait : malgré leurs engagements, les industriels n'ont pas réussi à réduire la déforestation dans les pays producteurs de cacao et le travail des enfants. Il aurait d'ailleurs augmenté de 20% dans les plantations de cacao pendant la pandémie.

En Côte d’Ivoire, les producteurs pris à la gorge

En Côte d’Ivoire, le prix payé aux agriculteurs a encore baissé. C’est le même problème depuis des années : les pays producteurs sont des pays pauvres et ils ne font pas le poids face aux multinationales. Par rapport à l’année dernière, le prix au kilo a ainsi chuté de 17,5%, passant d’1,52 euros à 1,25 euros. Soit une perte importante pour les planteurs, dont la moitié d’entre eux vit sous le seuil de pauvreté avec environ un euro par jour. En Côte d’Ivoire, le cacao fait vivre cinq à six millions de personnes, soit un cinquième de la population.

Avec un nombre si important de producteurs, la Côte d’Ivoire a cependant les moyens de faire pression sur les acheteurs internationaux : c’est ce qu’elle a réussi à faire l’an dernier en négociant ce prix exceptionnellement élevé du kilo de cacao à 1,52 euros. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui sont les deux principaux producteurs de cacao au monde, avaient fait plier les multinationales en leur imposant une prime spéciale de 400 dollars la tonne. Un accord réalisé juste avant les élections présidentielles dans les deux pays. L’entente a depuis fait long feu : les grands groupes ont commencé à contourner ce dispositif et ont puisé dans leurs stocks et en achetant du cacao à d’autres pays producteurs, si bien qu’au bout de six mois, la Côte d’Ivoire a rebaissé le prix payé aux planteurs. Retour donc à la case départ : les agriculteurs ne touchent toujours que 6% du prix d’une tablette de chocolat.

Le problème de la Côte d’Ivoire est qu’elle reste trop dépendante des exportations. Le pays a produit deux millions de tonnes de cacao l’an dernier, mais seulement un quart de la production est transformée sur place. C’est pour cette raison que le gouvernement veut passer à 100% de transformation locale d’ici quatre ans, même si cet objectif paraît difficilement réalisable. Une autre piste serait d’augmenter le nombre de plantations de cacao équitable mais il en existe très peu en Côte d’Ivoire. Elles offrent pourtant un meilleur niveau de vie aux planteurs et proscrivent également le travail des enfants et la déforestation.

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