Prix du cacao en forte baisse : "Les multinationales font pression" sur les producteurs, affirme Julie Stoll, de Commerce équitable France

La Côte d'Ivoire a annoncé une forte réduction des prix du cacao payés aux planteurs. Le kilo de cacao ivoirien a été "divisé par trois en 30 ans", alerte Julie Stoll.

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Des cabosses de cacao sur un arbre dans une plantation près de Guiglo, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, le 10 octobre 2020. Photo d'illustration. (ISSOUF SANOGO / AFP)

"Les multinationales ont décidé de faire pression en refusant de payer" le prix permettant "aux producteurs d'être moins pauvres", a affirmé samedi sur franceinfo Julie Stoll, la déléguée générale de Commerce équitable France, alors que la Côte d'Ivoire a annoncé une forte réduction des prix du cacao payés aux planteurs. Le kilo de cacao ivoirien a été "divisé par trois en 30 ans", alerte Julie Stoll. Elle en appelle "aux distributeurs et chocolatiers" pour choisir des cacaos labellisées commerce équitable.

franceinfo : De quoi sont coupables les géants du secteur du chocolat ?

Julie Stoll : La filière cacao est caractérisée par des centaines de milliers de petits producteurs qui font pousser les fèves de cacao. La grande majorité d'entre eux vivent dans une grande pauvreté. La Banque mondiale estime que 50% d'entre eux vivent avec moins de 1,90 dollar par jour.

Le Ghana et la Côte d'Ivoire, qui sont les principaux pays producteurs, ont décidé d'imposer un différentiel de revenu décent à payer au-dessus du prix d'achat. Ils ont imposé cela depuis l'année dernière.

On s'aperçoit depuis maintenant trois ou quatre mois que les entreprises n'achètent plus les fèves du cacao. Or, les entreprises sont des multinationales qui ont décidé de faire pression en refusant de payer ce prix qui devait permettre aux producteurs d'être moins pauvres.

Quels est la rémunération actuelle des producteurs ?

En Côte d'Ivoire, par exemple, le prix qui était fixé par l'État était de 1 000 francs CFA par kilo. Et là, il vient de le diminuer de 25%. On est passé à 750 francs CFA (à peine plus de 1 euro), ce qui est très peu. L'Organisation internationale du cacao estime que le prix du cacao a été divisé par trois les 30 dernières années. C'est comme si on imaginait que le Smic avait été divisé par trois en France les trente dernières années. C'est absolument inimaginable.

Avec le chocolat étiqueté commerce équitable, est-on certain que les planteurs sont mieux rémunérés ?

On est certain que les planteurs sont mieux rémunérés, parce que le principe du commerce équitable, c'est d'avoir un prix plancher. Et si jamais les cours de la Bourse vont au-dessus, le commerce équitable s'aligne sur les cours qui sont au-dessus. Le commerce équitable garantit ce prix plus rémunérateur. Ce sont aussi des contraintes sur la durée. Aujourd'hui, par exemple en Côte d'Ivoire, les seules fèves de cacao qui sont achetées sont celles qui sont dans les filières de commerce équitable.

Qui peut agir ? À qui en appelez-vous ?

Les autorités internationales se soucient de cette question-là. Il y a un grand processus de réflexion qui est mis en œuvre par l'Union européenne et auquel participent la France et les pays producteurs, le Ghana, la Côte d'Ivoire et les autres. Je pense qu'aujourd'hui, les consommateurs doivent envoyer des signaux très forts aux entreprises. Elles peuvent le faire en choisissant des produits issus d'un commerce équitable.

J'en appelle aussi aux distributeurs et chocolatiers. Ils ont un rôle à jouer en choisissant des filières qui sont labellisées commerce équitable. Les premiers qui peuvent faire quelque chose, ce sont les entreprises et les distributeurs. Je pense que le syndicat du chocolat devrait bien mieux informer les chocolatiers de la situation et leur donner des options pour s'assurer que le cacao est produit et acheté dans des conditions qui sont décentes pour les producteurs.

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