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Comment l'Union européenne, le Japon et les États-Unis se préparent au Brexit ?

Le divorce entre le Royaume Unie et l'UE sera pleinement effectif au 1er janvier 2021. Alors que les négociations continuent à Bruxelles, le Japon a déjà signé un accord commercial bilatéral avec Londres. Aux États-Unis, Joe Biden ne semble pas très enthousiaste vis-à-vis de la politique de Boris Johnson.

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Michel Barnier, négociateur européen du Brexit, en visite à Londres, le 30 novembre 2020.
Michel Barnier, négociateur européen du Brexit, en visite à Londres, le 30 novembre 2020. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Dans moins d'un mois, le 31 décembre, le Royaume-Uni quittera l'Union européenne. Les Britanniques ont officiellement quitté l'UE le 31 janvier 2020 mais l'effet du Brexit ne se fera pleinement sentir que le 1er janvier 2021. Nous partons à Bruxelles où les négociations patinent toujours avec l'UE, au Japon et aux États-Unis.

À Bruxelles, la pêche de la discorde

Bruxelles et Londres travaillent toujours sur un projet d'accord pour éviter une sortie désordonnée. Ce qui bloque, ce sont toujours les trois mêmes sujets inextricables, dont la pêche, alors qu'on est une fois de plus sensés être dans la dernière ligne droite. La pêche n'est pas le plus important économiquement, mais c'est un sujet qui pèse lourd pour la France et pour une demi douzaine d'autres pays voire un peu plus. Mais pour beaucoup de capitales européennes, l'UE ne peut se permettre un échec dans ce dossier qui est désormais symbolique du fait de la volonté de Boris Johnson. Parce que ça apporterait de l'eau au moulin de ceux qui veulent démontrer la validité d'une sortie de l'Union. Ne pas donner d'argument aux tentations centrifuges dans les pays qui restent, en quelque sorte.

Par ailleurs, il y a encore effectivement beaucoup à faire sur les conditions économiques et commerciales équitables ainsi que sur le mode de règlement des différends futurs. Peut-on mettre sur pied un tribunal d'arbitrage spécifique comme le veut le Royaume-Uni sans faire référence à la Cour de justice de Luxembourg? Peut-on prévoir le principe de mesures compensatoires au cas où, par exemple, des aides d'État à une entreprise ou un secteur viendraient déséquilibrer les conditions de concurrence?

Le négociateur européen Michel Barnier a rencontré mercredi 2 décembre les 27 ambassadeurs de l'UE. Il en ressort qu'un accord est toujours sur la table, mais de plus en plus incertain. Il y a déjà 600 pages très techniques noir sur blanc en dehors de ces trois dossiers. Tout est encore possible, mais Michel Barnier n'est pas sûr que les conditions d'un accord seront réunies dans les prochains jours, alors qu'il faut des ratifications. Et puis, les Européens ne veulent surtout pas donner l'impression qu'ils renâclent à négocier jusqu'à la dernière minute. Pour eux, le Brexit est une erreur britannique et c'est au gouvernement britannique de faire face à la responsabilité d'un échec éventuel. 

Au Japon, un accord en temps record

Sans attendre un accord entre Européens, d'autres pays scellent des accords avec Londres. Le Japon est ainsi le premier pays à avoir signé un accord commercial avec la Grande-Bretagne pour poursuivre les échanges sur des bases avantageuses après le Brexit. Tokyo n’est pas peu fier en effet d’avoir réussi à parapher ce document en un temps record. "Il s’agit de maintenir les mêmes avantages pour le Japon, même quand la Grande Bretagne aura quitté l’Union européenne, de garantir une continuité des affaires pour les entreprises japonaises, explique le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, l'un des artisans de cet accord. C’était une négociation difficile mais nous sommes parvenus à une signature en quatre mois et demi, c’est exceptionnel". Le Japon n’est pas parti de zéro : le texte reprend nombre d’éléments qui figurent dans l’accord commercial scellé il y a plusieurs années.

La Grande-Bretagne, elle, escompte plus de place au Japon pour ses produits agricoles et pour ses géants financiers. Mais au-delà, l’un de ses objectifs est d’entrer dans le grand accord commercial transpacifique de 11 pays, souvent appelé TPP, dont le Japon est un des piliers après le retrait des États-Unis décidé par Donald Trump à son arrivée au pouvoir il y a quatre ans. Tokyo est en apparence favorable à cette extension, mais ce n’est pas non plus sa priorité. Entre le Japon et l’Union européenne. Il n’empêche, l’urgence était là car le Japon a depuis le début très peur des effets du Brexit sur ses gros groupes industriels dans les secteurs de l’automobile ou du matériel ferroviaire. Il presse Londres de trouver aussi une entente avec l’Union.

Les États-Unis de Joe Biden moins enthousiastes que Trump

L'élection de Joe Biden va évidemment changer et modifier les rapports entre les États-Unis et le Royaume-Uni. Donald et Boris, c'était bonnet blanc et blanc bonnet. En tout cas, le milliardaire américain s'entendait très bien, s'entend très bien encore avec le Premier ministre britannique. Ils sont tous les deux partisans du Brexit. Ils ont la même tendance à prendre des libertés avec les faits. Et puis, plus anecdotique, une même chevelure blonde. Boris Johnson aime rappeler qu'il est surnommé le Trump britannique.

Mais avec Joe Biden, il va avoir un interlocuteur beaucoup plus critique. Et la relation spéciale qu'il veut construire avec celui qu'il appelle son "allié le plus proche est le plus important" risque d'être plus compliqué. Pour le futur président américain, Boris Johnson est un clone de Trump et il y a quelques passifs entre les deux. Il faut se rappeler, par exemple, que quand Joe Biden était vice-président, Boris Johnson était maire de Londres et qu'il avait accusé Barack Obama d'anti-britannisme à cause de ses racines partiellement kényanes. Il y aura beaucoup d'anciens de ces années-là dans l'équipe Biden à venir. 

Côté américain, l'après Brexit va forcément être différent avec Biden. Il y aura nettement moins d'enthousiasme que Trump ne pouvait en offrir. Au passage d'ailleurs, l'accord de libre échange que Londres veut construire avec Washington ne s'est pas encore concrétisé. Joe Biden a des origines irlandaises et il a déjà clairement dit qu'il n'y aura pas d'accord commercial si Londres remet en cause l'accord de paix de 1998 avec l'Irlande du Nord. Enfin, tout de même, il y a des dossiers qui devraient être plus faciles à gérer avec Biden et avec les Européens qu'avec Trump. Les alliés sont plus proches sur plusieurs sujets comme le changement climatique, l'Iran, la Russie ou encore l'OTAN.

Michel Barnier, négociateur européen du Brexit, en visite à Londres, le 30 novembre 2020.
Michel Barnier, négociateur européen du Brexit, en visite à Londres, le 30 novembre 2020. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)