TÉMOIGNAGE. Le mystère des piqûres en boîte de nuit : "J’ai ressenti une douleur assez vive au bras d’un coup", confie une victime

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Béziers, Grenoble, Nantes, Bourges… Un peu partout en France, les témoignages de victimes de piqûres sauvages en boîte de nuit se multiplient. Mais pas de trace de drogue dans les analyses. Le phénomène laisse perplexe les autorités.

Article rédigé par
Gaële Joly - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Aucune trace de drogue dans le sang des victimes... Le mystère des piqûres en boîte de nuit reste entier (photo d'illustration). (NATHALIE COL / RADIO FRANCE)

Des dizaines de jeunes, hommes ou femmes, l'affirment : ils ont été piqués en boîtes de nuit et victimes de vertiges, de douleurs, de malaises. Des enquêtes ont été diligentées aux quatre coins de la France, de Rennes à Grenoble ou encore Béziers. Mais les autorités sont perplexes car pour l’heure aucune drogue n’a été détectée. Le flou total règne.  

>> Piqûres dans des boîtes de nuit : cinq questions sur un phénomène qui fait l'objet de plusieurs enquêtes en France

Pourtant Laly refuse de croire que ses symptômes sont psychosomatiques. Cette étudiante de 20 ans a d’abord ressenti des grosses douleurs, au bras, à la tête, avant de découvrir, plus tard, qu’elle avait été piquée dans une boîte de nuit à Nantes. Elle a porté plainte. "J’étais au fumoir quand ça s’est passé, raconte-t-elle. J’ai ressenti d’un coup une douleur assez vive au bras, suivi d’un mal de tête assez intense. Je n’ai pas compris ce qui se passait sur le moment. Pour moi, c’était soit l’alcool, la fête, la soirée..." Laly était en boîte de nuit le mercredi mais n’a vu la trace de la piqûre que le lendemain : un gros point rouge sur son bras et autour un hématome. Elle n’a alors fait le rapprochement que le dimanche et s’est rendue immédiatement aux urgences.

"Ça m’a beaucoup effrayée, j’étais un peu en panique. Je me suis dit : ‘Punaise, ça arrive vraiment, c’est réel."

Laly, 20 ans, étudiante, victime de piqûre

à franceinfo

Mais à l’hôpital, on lui explique que c’est "trop tard parce que le GHB n’est visible que quelques heures dans le sang après l’injection. J’ai surtout fait des analyses de sang pour voir si je n’avais pas le VIH ou des hépatites. Porter plainte, c’est hyper important", insiste Laly.

Laly, 20 ans, a constaté une trace de piqûre et un hématome autour au lendemain d'une sortie de boîte, le 28 avril 2022. (GAELE JOLY / FRANCEINFO)

Ni drogue, ni mobile

À Nantes, 47 enquêtes ont été ouvertes en quelques semaines pour administration de substances nuisibles sur 18 établissements répertoriés, des boîtes de nuit, des bars, des salles de concert et même des théâtres. 40 victimes sont des femmes, très jeunes entre 18 et 24 ans, touchées à la jambe, au bras, au dos, à l’épaule avec des symptômes très différents, explique le procureur de la République de Nantes, Renaud Gaudeul : "Nous avons des personnes qui rapportent la sensation de piqûre et des symptômes immédiats. Mais ces symptômes eux-mêmes sont très divers, par exemple d’endormissement, de vomissement, de pertes de connaissance, de pertes très temporaires heureusement de la mémoire…" On dénombre "quasiment autant de symptômes décrits que de victimes", décrit le procureur.

La ville de Nantes a mis en place un dispositif avec le centre hospitalier pour effectuer des prélèvements dans les six heures, malgré cela, il n’y a aucune trace de GHB, la drogue du violeur, ni aucune autre substance nocive dans les toutes dernières analyses toxicologiques. Pas non plus de cas répertorié d'agression sexuelle ou de viol suite à ces piqûres. Un véritable mystère pour le procureur de Nantes. "Aujourd’hui, nous n’avons pas d’explication sur quel est précisément ce phénomène, déclare Renaud Gaudeul. On peut imaginer effectivement qu’il y a des individus qui cherchent à inoculer des substances toxiques à des personnes mais on peut aussi imaginer que nous ayons quelques individus qui souhaitent créer une certaine psychose. Il y a clairement la frustration de ne pas avoir pu interpeller le moindre individu. J’ai quand même bon espoir de ce que nous aurons un jour ou l’autre l’interpellation utile d’un individu qui pourra être mis en cause pour ces faits."

La psychose s'installe

Conséquence, à Nantes la psychose s’est installée. Certaines discothèques constatent 40% de fréquentation en moins. Les professionnels de la nuit tentent de réagir : fouilles à l’entrée, contrôle caméra, la police se déplace systématiquement, au moindre signalement. Mais à ce jour ils n’ont absolument rien trouvé, pas une seule seringue. "Il n’y a rien, pas d’aiguille, pas de punaise de trouvée ni sur les individus, ni dans les poubelles, ni dans les établissements, constate Guillaume, videur et co-président de l’association Sécurité Nocturne Nantes qui regroupe 900 établissements, bar et discothèques. On se demande comme tout le monde ce que c’est. Est-ce que ce n’est pas des petits plaisantins qui s’amusent avec des punaises ou des épingles à nourrice à piquer des gens. Il n’y a jamais eu d’aiguilles de trouver et pourtant il y a des symptômes. C’est ça qui est bizarre."

La question se pose également de savoir s’il pourrait s’agir d’une substance toxique qu’on n'arrive pas à déceler. Selon le médecin addictologue, William Lowenstein, habitué à manipuler ces substances, et président de SOS Addictions, l’hypothèse est plausible. "On ne peut pas tout rechercher. Ça coûte très cher de rechercher la moitié ou les trois-quarts des substances habituelles. Et surtout, le problème est que, 6 heures après, on est déjà dans la difficulté de retrouver le GHB. Les symptômes sont quand même intenses, inhabituels et ne correspondent pas à ceux que les personnes connaissent généralement."

"Il y a vraiment un truc qui se passe. Ce n’est pas une psychose collective."

William Lowenstein, médecin addictologue

à franceinfo

Le phénomène touche désormais toute la France, et se multiplie. Chaque jour, une nouvelle plainte est enregistrée. L'OCLAESP, Office central de lutte contre les atteintes à la santé publique, l’observe avec beaucoup d'attention. Le ministère de l'Intérieur a diffusé mercredi un spot sur les réseaux sociaux où il prévient qu'en cas de doute, il faut porter plainte et faire au plus vite un bilan toxicologique.

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