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Solitude, peur, lassitude mais aussi espoir et gestes de solidarité : on a pris des nouvelles des Français un an après le premier confinement

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Il y a un an, de nombreux Françaises et Français avaient appelé franceinfo pour raconter comment ils vivaient l'épidémie de Covid-19. L'isolement, la difficulté à télétravailler et s'occuper des enfants, le risque d'être contaminé... Ils nous racontent ce qui a changé ou pas.

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Radio France
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Le premier confinement avait suscité une vague de soutien aux soignants en première ligne face au Covid-19. Ici, les habitants d'un immeuble parisien participent aux applaudissements à 20 heures, en avril 2020. (ANTOINE WDOWCZYNSKI / HANS LUCAS)

Il y a un an, la France découvrait la vie sous confinement. Les promenades minutées, le télétravail, la solitude mais aussi les élans de solidarité suscités par l'épidémie de Covid-19. Pour cet anniversaire un peu spécial, franceinfo a décidé de retrouver la trace de celles et ceux qui avaient témoigné en mars 2020. Quels souvenirs gardent-ils des débuts de la crise sanitaire ? Comment vivent-ils la situation sanitaire, 12 mois après ?

"Oui, je suis émue"

Il y a un an, Annie avait une question sur les attestations pour se déplacer. Elle a eu sa réponse bien sûr. Mais au délà de cette problématique purement pratique, on a entendu, aussi, la solitude de cette dame âgée de 85 ans : "Je suis solitaire alors, bon, j'ai l'habitude d'être seule et depuis qu'il y a ce problème de virus, je me suis isolée le plus possible."

Un an plus tard, la situation d'Annie ne s'est pas arrangée. Toujours très isolée, sans famille et toujours pas vaccinée, l'octogénaire ne sort quasiment plus, à part pour faire quelques courses. Impossible de la rencontrer en ce moment, elle nous dit qu'il y a un cas de Covid actuellement dans la résidence pour personnes âgées dans laquelle elle vit, à Paris. Alors nous l'avons appelée.

"Vous ne m'embêtez pas", nous répond Annie avec des sanglots dans la voix. "Oui je suis émue parce qu'avec tout ce qui se passe en ce moment, vous savez, c'est pas marrant. Il n'y a plus aucune réunion dans cette maison."

Le restaurant, la bibliothèque, tout est fermé, tout est bouclé, on est complètement isolés. Et plus le temps passe, plus j'ai peur.

Annie 85 ans, résidente d'Ehpad

à franceinfo

"Je redoute cette saloperie, excusez-moi de vous parler comme ça, mais enfin... On devait être vaccinés cette semaine mais à cause du Covid qui a été détecté, crac, tout est foutu ! On nous a tout annulé."

Une fois vaccinée, Annie souhaite pouvoir réunir tous les résidents : "Qu'on fasse une petite fête, qu'on boive un coup de champagne, qu'on mange un gâteau".

"C'était vraiment une forte charge mentale"

Il y a un an, franceinfo donnait aussi la parole aux mères surmenées comme Anne, une Toulousaine de 46 ans. Célibataire, maman d'une petite fille de cinq ans, cette employée dans une grande entreprise s'était, comme beaucoup de Français, mise au télétravail pendant le confinement : "Il faut tout gérer, gérer le temps, gérer l'activité professionnelle, la petite, les repas, tout en même temps... C'est un peu lourd quand même."

Un an après, Anne travaille toujours depuis chez elle mais sa fille a repris l'école. "C'est primordial. De tout conjuguer, c'était vraiment une forte charge mentale et je ne suis pas prête à vouloir refaire ça."

C'est de ne pas avoir de date butoir ou au moins entrevoir une perspective de sortie qui est difficile à gérer.

Anne, 46 ans, mère célibataire

à franceinfo

Pas de perspective de sortie non plus pour le milieu de la culture, auquel appartient Olivier, 70 ans. Le témoignage plein d'espoir de ce comédien nous avait marqués il y a un an : "Moi je dis bonjour à tous les gens que je croise dans la rue, il va falloir qu'on essaie de retenir les leçons, qu'on apprenne surtout à s'aimer." Sommes-nous revenus au monde d'avant ? Olivier nous a donné son sentiment chez lui à Bobigny (Seine-Saint-Denis) : "Une tension, je trouve qu'il y a une tension... Je me suis fait insulter dans un magasin parce que j'étais soi-disant trop près d'une femme, ce qui était faux en plus."

Le septuagénaire a vécu une épreuve particulièrement difficile durant l'année écoulée : "J'avais un frère comédien qui s'appelait Éric Emond. J'ai tourné avec lui le 16 mars, il y avait au moins une centaine de figurants, personne n'a porté de masque. Je ne sais pas si c'est à cause de ça ou autrement mais mon frère est mort du Covid." Qu'est-ce qui avait poussé Olivier à appeler franceinfo au début de la crise sanitaire ? "J'étais seul, j'avais besoin de parler, j'étais flippé." Et aujourd'hui, comment se sent-il ? "Je suis sans mon frère, ce n'est pas tout à fait la même chose."

Bruno Le Maire toujours invité à trinquer

Nous avons aussi repris contact avec Blandine, 70 ans. L'an dernier, cette habitante de Compiègne proposait sur franceinfo de fabriquer des masques en tissu. Au final, elle en a fait près de 200 notamment pour le personnel soignant. En Seine-et-Marne, Sophie, 54 ans, voulait savoir si elle pouvait aller chercher un chien adopté dans le sud de la France. Elle a attendu le mois de mai et elle y est allée. Le chien s'appelle Django et tout va très bien.

Et puis, nous avons aussi retrouvé Alain, 67 ans, patron d'un petit bar de quartier au Havre. Évidemment, aujourd'hui, il est dans une situation difficile malgré les aides de l'État. Il y a un an, il avait pu échanger avec Bruno Le Maire sur franceinfo. Le ministre de l'Économie s'était engagé à aller trinquer chez lui dès la réouverture. Alain nous fait savoir que Bruno Le Maire est toujours le bienvenu et il a promis de rappeler notre standard ce mercredi 17 mars.

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