Reportage
Endroits abandonnés, découverte macabre et accidents... Les risques insoupçonnés de l'urbex, pratique en plein essor chez les ados

L'exploration urbaine, ou urbex, des lieux abandonnés se développe ces dernières années. Des personnes se mettent en scène sur les réseaux sociaux et de plus en plus de jeunes s'adonnent à cette pratique sans avoir forcément conscience des risques.
Article rédigé par franceinfo
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Guillaume Prugniel, photographe, vidéaste qui pratique "l'urbex" depuis dix ans. (VALENTIN DUNATE / FRANCEINFO)

"L'essence même de l'exploration, c'est d'aller voir ce que tu ne connais pas. Assez souvent, effectivement, ce sont des endroits qui sont interdits d'accès", explique Guillaume Prugniel, photographe, vidéaste qui pratique "l'urbex", l'exploration urbaine de lieux abandonnés, depuis dix ans. Cette pratique est en plein développement, mais elle peut être mortelle, trois jeunes sont morts ces dernières semaines. franceinfo s'est rendu en Lorraine pour explorer ce qu'on appelle un carreau de mine, c'est-à-dire les installations en surface qui permettaient de faire fonctionner une mine. Celle-ci est à l'abandon depuis près de 30 ans.

"Tu vois là, il y a du monde qui passe, on ne va pas trop traîner". La première partie de l'urbex, c'est l'infiltration, entrer dans le site, sans se faire repérer. Une fois à l'intérieur, on découvre des bâtiments très imposants en brique rouge avec de grandes verrières brisées, beaucoup de métal également, un décor post-apocalyptique. "C'est le mot qui décrit assez souvent l'ambiance qui règne dans ces endroits-là, confirme Guillaume Prugniel. Et puis tu as ce cliché de la nature qui reprend ses droits".

Dans un carreau d'usine abandonnée en Lorraine. (VALENTIN DUNATE / FRANCEINFO)

Il y a des bouts de verre partout, il vaut mieux de bonnes chaussures. À droite et à gauche, il y a des trous béants dans le sol. "Essaye de ne pas te déplacer si tu n'es pas vraiment en train d'être attentif à ce qui t'entoure", prévient-il. On arrive ensuite dans la salle de contrôle. "Il y a un aspect très particulier qui est renforcé par la rouille. Tu as de la mousse qui pousse à certains endroits, là-bas il y a quelques plantes", décrit Guillaume Prugniel. 

"Ce qui me plaît dans l'urbex, c'est d'accéder à des endroits que tu ne vois pas ailleurs. Il y a ce côté un petit peu hors du temps."

Guillaume Prugniel, urbexeur

à franceinfo

Cet "urbexeur" a conscience des risques liés à cette pratique. "Je pense que ça fait du bien à tout le monde de parler des risques que tu peux encourir quand tu rentres dans un endroit, que ce soit au niveau des choses que tu peux respirer, la fragilité des bâtiments. Tu as une responsabilité de montrer les bonnes pratiques ou du moins de ne pas montrer des mauvaises pratiques", insiste-t-il.

Un phénomène sur les réseaux sociaux

Ces dernières semaines, trois jeunes sont morts en pratiquant l'urbex. Un adolescent de 14 ans est décédé le 15 mai après une chute d'une dizaine de mètres, depuis le toit d'une usine désaffectée à Cambrai, dans le Nord. À Unieux dans la Loire, le 27 avril, une adolescente de 17 ans est morte dans des circonstances similaires. Et puis à Lyon, un lycéen de 17 ans s'est tué en chutant du dôme de l'Hôtel-Dieu où il voulait photographier le lever du soleil. "Cette pratique est de plus en plus populaire au cours des dernières années, notamment auprès des jeunes", analyse Aude Le Gallou, docteure en géographie, qui a réalisé une thèse sur l'urbex.

"Sur les réseaux sociaux se développent beaucoup de vidéos de chaînes qui mettent en scène des "exploits" avec les guillemets qui s'imposent, de gens qui vont visiter des lieux abandonnés", explique-t-elle.

"Ça peut susciter une envie de faire pareil auprès d'adolescents qui n'ont pas forcément conscience des risques."

Aude Le Gallou, auteur d'une thèse sur l'urbex

à franceinfo

"Les deux ados qui sont passés à travers un toit n'avaient pas conscience du fait que c'était un matériau qui était fragile, qui ne pouvait pas supporter leur poids", analyse Aude Le Gallou.

Sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de contenus sensationnalistes. Par exemple, un youtubeur a récemment filmé l'exploration d'une maison où il découvre le corps d'un homme momifié. Est-ce que ça, c'est de l'urbex ? "Pour lui, oui, c'est de l'urbex. Pour d'autres pratiquants, c'est plus vraiment de l'urbex ou c'est l'urbex qui atteint ses limites en termes d'éthique, de respect à la fois des lieux et des personnes", selon Aude Le Gallou.

Un "tourisme de l'abandon"

Le respect des lieux et des personnes est d'autant plus problématique lorsqu'il s'agit de maisons abandonnées, parce que certains propriétaires vivent très mal cette intrusion. C'est le cas d'Anne qui possède avec des membres de sa famille, une bastide dans le sud de la France où elle s'est mariée notamment. Un urbexeur est entré, a filmé les lieux. "Non seulement il s'introduit dans la maison, mais en plus, il diffuse. Le mot est un peu fort, mais pour moi, c'est un viol", dit-elle. Et c'est justement pour éviter ces réactions que certains demandent parfois des autorisations.

Il y a également un "tourisme de l'abandon" qui se développe. À Berlin, une entreprise propose, pour une cinquantaine d'euros, de visiter des lieux abandonnés. Dans tous les cas, cela montre que ces endroits qu'on peut imaginer inutiles ou inintéressants, car délaissés, deviennent attractifs et beaux, on parle même désormais d'une "esthétique de la ruine contemporaine".

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