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Nationaliste, anti-corruption, et ambitieux, qui est Alexeï Navalny, l'opposant numéro 1 au Kremlin ?

Emprisonné depuis son retour en Russie, Alexeï Navalny n’en finit pas de défier Vladimir Poutine. Mais en a-t-il vraiment les moyens ?

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Manifestation en soutien à Alexeï Navalny, le 23 janvier 2021 à Moscou.
Manifestation en soutien à Alexeï Navalny, le 23 janvier 2021 à Moscou. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Devenu en quelques mois l’opposant numéro 1 à Vladimir Poutine et la source d’une crise diplomatique majeure entre l’Union européenne et la Russie, Alexeï Navalny, emprisonné depuis son retour à Moscou, suscite aussi de l'espoir pour de nombreux Russes. Des manifestations réclamant sa libération se sont déroulées à Moscou et dans toute la Russie en janvier.

Alexeï Navalny n'a cependant pas toujours été le porte-parole de la liberté et de la tolérance. En 2007, alors âgé de 30 ans, il tenait un discours qui n’a rien de tolérant vis-à-vis des minorités, dans une vidéo sur son site de l’époque. "Nous savons tous qu’une tapette et une pantoufle, c’est très bien pour tuer les mouches et les cafards, mais que faire quand ils sont agressifs ?", interroge Alexeï Navalny alors qu’apparait à l’écran une photo d’indépendantistes tchétchènes et qu’un figurant fonce sur lui en criant "Allahou Akbar". Alexeï Navalny brandit alors une arme factice et déclare dans un sourire : "Dans ce cas-là, je recommande un pistolet !

Des convictions encore floues

Officiellement, il ne reste plus rien en 2021 de ce Navalny nationaliste, voire xénophobe. À partir des grandes manifestations de 2011-2012 contre la réélection de Vladimir Poutine, l'opposant oriente ses attaques contre le pouvoir qu’il estime totalement corrompu, tant au niveau national que régional. À partir de discours et de vidéos très explicites, il concentre ses actions contre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine, à l’exception de l’épisode correspondant à l’annexion de la Crimée en 2014. Alexeï Navalny, qui sait pertinemment que la très grande majorité des Russes considère que la péninsule fait partie du territoire et de l’histoire du pays, déclarait à l’époque que, s’il avait le pouvoir, il ne rendrait pas la Crimée à l’Ukraine.

Pour le reste, sans véritablement détailler ses convictions, dans le prolongement de la lutte contre la corruption, Alexeï Navalny défend surtout l’idée d’un meilleur usage des ressources du pays tirées du pétrole et du gaz, au profit du plus grand nombre. Mais l'analyste russe Alexei Malachenko s'interroge : son passé nationaliste est-il totalement effacé et son potentiel politique n’est-il pas surévalué ? "Navalny, c'est un mélange de nationalisme et quelque chose de basé sur la justice sociale. Il voudrait être toujours populaire. Il est le plus populaire parmi les jeunes générations et c'est tout à fait normal. Il a obtenu leur respect et je comprends tous ces gens qui sont dans les rues. Ça montre que la société russe bouge. Pour quelques semaines ou quelques mois, il va garder sa popularité mais je pense qu'il ne faut pas exagérer son potentiel." 

Un impact à long terme incertain

Mais tout le monde évidemment n’est pas d’accord avec ce point de vue, surtout chez les moins de 35 ans qui constituent aujourd’hui la majeure partie des soutiens d’Alexeï Navalny et qui, comme Sergei, un enseignant moscovite de 30 ans, considèrent qu’il est l’avenir de la Russie. "Je pense que c'est une vraie personnalité qui défend la liberté et la vérité, estime de son côté Sergei, un enseignant moscovite de 30 ans. Nous voyons que le pouvoir combat cela. Les gens le comprennent quand ils peuvent l'analyser, via internet. Ce sont surtout les jeunes. Mais il y a aussi des gens plutôt âgés, des retraités, qui ne connaissent pas la réalité de la situation, car ils ne regardent que les chaînes de télévisions où il n'est question que des bienfaits du pouvoir et de Navalny en tant qu'agent de l'étranger. Mais moi, j'ai confiance en Navalny."

Avec la perspective d’une longue peine de prison, l’impact d’Alexeï Navalny sur la vie politique en Russie pourrait être réduit. Le calcul du Kremlin est sans doute de faire en sorte que le collectif d’Alexeï Navalny soit désorganisé et que son leader charismatique soit peu à peu oublié du grand public. 
 
Il reste néanmoins aux soutiens de Navalny une stratégie déjà en place, mais à développer en vue des législatives de septembre, qui consiste à appeler à voter pour le candidat local ou régional le mieux placé afin de faire barrage à celui du parti présidentiel. D’autre part, l’état-major d’Alexeï Navalny a tissé des liens au niveau international afin que la pression qui s’exerce sur le Kremlin pour demander sa libération ne se relâche pas.
 

Manifestation en soutien à Alexeï Navalny, le 23 janvier 2021 à Moscou.
Manifestation en soutien à Alexeï Navalny, le 23 janvier 2021 à Moscou. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)