Inflation : Les ménages à faibles revenus touchés de plein fouet, "le 20 du mois il n'y a plus rien"

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Fin août, les prix à la consommation ont augmenté de 1,9%, en moyenne sur un an, selon l'Insee. Ce n'était pas arrivé depuis dix ans. La pénurie de matières premières et la forte hausse des tarifs de l'énergie sont deux des causes responsables de cette situation.

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Une femme dans un supermarché de Joinville-le-Pont (Val-de-Marne), le 5 novembre 2020 (photo d'illustration). (LEO PIERRE / HANS LUCAS / AFP)

Hélène, caissière dans la grande distribution à Chartres, élève seule ses trois enfants. En mi-temps parental, elle gagne 600 euros net mensuel. Avec les aides - allocations familiales, prime d'activité et APL - son revenu s'élève presque à 1 400 euros. Mais une fois le loyer payé, elle doit se débrouiller avec un peu moins de 900 euros. Elle n'arrive plus à joindre les deux bouts. "Là ça fait vraiment quatre ou cinq mois que c'est très très compliqué. Avant ce n'était pas facile non plus mais là, le 20 du mois il n'y a plus rien", explique-t-elle mardi 21 septembre.

Le premier secteur concerné par cette hausse est l'alimentation. Depuis un an, le prix de la volaille a augmenté d'en moyenne 3%, les fruits frais de 4%, les légumes de 11%. Et le budget nourriture d'Hélène s'élève à 80 euros par semaine. "Cet été, j'ai acheté une fois un melon mais sinon ça fait au moins quatre ou cinq mois qu'on n'achète plus de fruits du tout. Ça ne passe plus dans le budget. Et la viande c'est pareil, maintenant j'achète des steaks surgelés", ajoute cette mère de famille. "Je fais les courses sur le drive, comme ça j'ai le panier et je vois ce qu'il faut que j'enlève. Je ne dépasse pas le budget."

Le prix des carburants s'est aussi envolé : +20% depuis le début de l'année. Une dépense incompressible pour Hélène qui roule 100 kilomètres par semaine. Elle s'inquiète enfin pour sa facture d'électricité. Elle va augmenter, dit-elle, alors elle limite autant que possible sa consommation. "J'ai un sèche-linge mais je ne m'en sers plus du tout parce que je sais que si je mets en plus le sèche-linge, on n'y arrivera pas. Et puis sur les douches, je suis derrière mes enfants à leur dire stop, on arrête." 

J'ai l'impression que je suis dans une grande piscine, que je nage, et dès que je commence à arriver à la surface il y a une vague qui arrive...

Hélène

à franceinfo

Jean Castex a affirmé début septembre que le pouvoir d'achat des bas salaires a été favorisé depuis l'élection d'Emmanuel Macron. Selon lui, grâce aux différentes mesures, un salarié au smic touche 170 euros de plus par mois depuis le début du quinquennat.

Hélène a effectivement bénéficié de plusieurs aides. La suppression de la taxe d'habitation par exemple, ou l'augmentation de la prime d'activité. Mais avec la hausse des prix, elle affirme ne plus sentir les effets de ces coups de pouce. "Au contraire, mon pouvoir d'achat baisse tout le temps. Plus ça va et plus il baisse", affirme-t-elle. "J'ai de plus en plus de mal. Ça fait 20 ans que je travaille, je n'ai jamais arrêté, mais quand on en arrive là, c'est difficile parfois."

Le taux d'inflation varie selon les ménages

Nous ne sommes pas tous égaux face à l'inflation. Surtout quand on a un faible revenu comme Hélène, explique l'économiste Xavier Jaravel. "Étant donné ce à quoi elle consacre son budget, de fait, l'inflation est plus élevée que les chiffres qu'on entend, notamment de l'Insee. Est-ce que ça veut dire que l'Insee a tort ? Pas du tout, ce que ça nous dit c'est qu'il y a des situations très différentes, et donc des gens différents qui ont des postes de consommation différents et des taux d'inflation différents", reprend l'économiste. "Certains vont avoir un taux d'inflation qui est le double de celui de l'Insee."

Si vous dépensez plus de revenu pour l'essence, pour l'électricité, dans la période récente c'est un choc sur votre pouvoir d'achat.

Xavier Jaravel

à franceinfo

"À l'inverse d'autres auront un taux d'inflation beaucoup plus faible avec moins d'1% d'inflation", conclut l'économiste. À ce stade, la réponse du gouvernement se traduit par un coup de pouce ciblé au chèque énergie : 6 millions de ménages modestes vont recevoir 100 euros pour les aider à payer leur facture de gaz et d'électricité. Il y aura aussi, mais là c'est automatique, la hausse du smic de 2,2% au 1er octobre pour compenser l'inflation. Mais Héléne n'en bénéficiera pas, car elle gagne une cinquantaine d'euros de plus que le salaire minimum.

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