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Hongrie : la "représentation" de l’homosexualité bannie des écoles et des médias, la communauté LGBT inquiète

Une loi, jugée contraire "aux valeurs européennes", a été votée le 15 juin et doit commencer à s'appliquer dans les jours qui viennent. Elle prévoit que "les contenus qui promeuvent ou représentent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans".

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Johanna MAJERCSIK, porte-parole de la Budapest Pride, le 28 juin 2021.
Johanna MAJERCSIK, porte-parole de la Budapest Pride, le 28 juin 2021. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)

Une nouvelle loi entre en application le 7 juillet en Hongrie. Initialement destiné à lutter contre la pédophilie, le texte fait un amalgame et bannit des médias et des contenus pédagogiques toute représentation de l'homosexualité ou du changement de genre auprès des mineurs. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, est à l'origine de cette loi qui scandalise l'Union européenne. Cet ancien libéral devenu ultra-conservateur cible depuis plusieurs mois les personnes LGBT via une politique pro-famille qui vire à la discrimination. Plusieurs États membres de l'UE jugent que cette nouvelle législation est "contraire aux valeurs européennes" et menacent de sanctions.

Vive inquiétude dans la communauté LGBT en Hongrie

Alors que la loi a été votée il y a deux semaines, le Mois des fiertés a démarré, comme prévu, vendredi 25 juin. Avant la Budaspest Pride, la communauté LGBT a lancé un flashmob sous les fenêtres du Parlement hongrois. "Est-ce que je vais quitter la Hongrie ? Oui, c'est très probable, s'inquiète Kincsö, une jeune manifestante. Il y a des élections l'an prochain, on va voir comment ça évolue mais si personne d'autre n'arrive au pouvoir, oui, je partirai sans doute"

Arkadiusz Karski, lui, est moins catégorique. "J'ai mon âge, je n'ai plus 20 ans, je ne veux pas recommencer ma vie à partir de zéro dans un autre pays. Il faut que je reste et il faut que je lutte." S'exiler pour vivre librement sa sexualité, mais aussi élever un enfant, c'est précisément le choix qu'a fait ce Polonais d'origine il y a vingt ans. "En 2001 je suis venu de Pologne, d'un pays arriéré, pour m'installer dans un pays 'occidental', qui était à l'époque en avance dans le domaine des familles atypiques ou familles arc-en-ciel et point par point le gouvernement Orban peut supprimer toutes les avancées civilisationnelles".

J'imagine des choses vraiment horribles dans le futur.

Arkadiusz Karski

à franceinfo

Plus libérale qu'on ne le pense, la Hongrie a dépénalisé l'homosexualité dès les années 1960, soit 20 ans avant la France, et un partenariat civil y existe depuis 2009. Cependant, le détricotage opéré par le Fidesz, le parti au pouvoir de Viktor Orban, s'est accéléré ces derniers mois : de l'interdiction du changement de genre dans l'état civil, à l'adoption rendue impossible pour les couples homosexuels.

La Marche des fiertés à Budapest, le 6 juillet 2019.
La Marche des fiertés à Budapest, le 6 juillet 2019. (BUDAPEST PRIDE)

Csaba Lukacs est journaliste, directeur de l'hebdommadaire Magyar Hang, un des rares journaux d'opposition hongrois. Il a intenté un procès en diffamation contre plusieurs médias pro-Orban l'accusant de pédophilie. Dans ce climat, il se sent particulièrement concerné par les attaques du gouvernement, mais pas physiquement en danger. "Je ne me sens pas menacé, explique-t-il. Il faut dire que, sans me cacher, je ne suis pas ouvertement gay, je ne vais pas à la Marche des fiertés, je n'ai pas de drapeau arc-en-ciel devant chez moi mais c'est vrai qu'on peut toujours trouver des gens stupides qui, parce que la propagande leur dit de haïr quelqu'un, vont vous haïr."

Selon Aron Demeter, directeur de programme pour Amnesty International Hongrie, le gouvernement entend imposer la discrétion aux LGBT et le danger est pour eux bien réel. "C'est précisément ce qu'ils veulent : faire disparaître les personnes LGBT et tout ce qui les concerne des médias et des écoles. On les bannit en leur envoyant ce message : vous n'êtes pas de vrais Hongrois, vous n'appartenez pas à notre communauté parce que vous êtes une menace pour nos enfants. C'est terrible." Aron Demeter affirme qu'on voit "déjà des brimades, des agressions dans la rue et je suis convaincu que ça va s'aggraver".

L'électorat de Viktor Orban approuve

Faute de sondages indépendants, il est difficile d’évaluer l’adhésion des Hongrois à cette loi controversée. Mais dans un pays où les medias sont tenus par les amis de Viktor Orban, les voix alternatives sont inaudibles et les électeurs du Fidesz sont d’autant plus acquis à sa cause.

C'est le cas de Gabriella, une habitante des beaux quartiers de Budapest : "Ce qui est déviant, ce qui est anormal s'impose partout ! Vous trouvez ça bien, vous, qu'un transgenre aille raconter des contes de fée à des enfants de maternelle ? Ça va leur faire peur." "Personne ici n'est contre les homosexuels, notre Constitution protège leurs droits. Mais la presse libérale de gauche transforme la réalité et l'Europe occidentale gobe cette propagande."

La loi qui vise officiellement à \"protéger les enfants\" est un moyen de détourner l\'attention, selon Akos Hadhazy, député indépendant d’opposition, le 28 juin 2021.
La loi qui vise officiellement à "protéger les enfants" est un moyen de détourner l'attention, selon Akos Hadhazy, député indépendant d’opposition, le 28 juin 2021. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)

Défense de la famille, guerre culturelle avec l'Occident : le narratif développé par Viktor Orban fonctionne à plein régime. Et son volet LGBT est abondamment relayé par Agoston Mraz, directeur du think tank Nezöpont, financé par le Fidesz. "Les Hongrois ne s'intéressent pas à la vie privée des autres, qu'on soit gay ou pas n'a pas beaucoup d'importance. En ce sens, ils sont libéraux mais seulement pour ce qui concerne les adultes. Quand il s'agit de protéger les enfants, les Hongrois sont très conservateurs. Ils pensent que protéger les enfants et même les défendre contre le monde moderne, c'est très important."

Des élections législatives l'an prochain 

À moins d'un an des prochaines élections législatives, polariser le débat sur les personnes LGBT permet évidemment au Premier ministre de mobiliser l'électorat conservateur. Ça lui permet aussi de fracturer son opposition, unie contre lui mais divisée par cette loi. Le Jobbik, parti de droite extrême, l'a votée ; le centre et la gauche l'ont boycottée.

Avec cette loi, Orban veut détourner l'attention des 30 000 morts du Covid et de sa gestion calamiteuse de la pandémie. Mais surtout de ses crimes, de la corruption, du pillage massif des fonds européens. Il ne veut pas qu'on parle de cela.

Akos Hadhazy, député indépendant

à franceinfo

De fait, ce ne sont pas ces sujets qui valent à Viktor Orban les foudres de l'Union européenne, mais bien le sort réservé aux personnes LGBT, après les juges, les journalistes et les migrants. Des boucs émissaires qui permettent au Premier ministre hongrois d'asseoir son pouvoir chez lui et de développer son influence sur la scène européenne.

Johanna MAJERCSIK, porte-parole de la Budapest Pride, le 28 juin 2021.
Johanna MAJERCSIK, porte-parole de la Budapest Pride, le 28 juin 2021. (LOUISE BODET / RADIO FRANCE)