Avant l'audition des parties civiles au procès du 13-Novembre, d'autres victimes du terrorisme témoignent : "Je me disais que je n'allais pas y arriver"

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Témoigner n'est pas un acte facile pour les victimes. Alors que la parole est donnée aux parties civiles à partir de mardi dans le cadre du procès du 13 novembre 2015, d'autres victimes reviennent sur ce moment pénible mais nécessaire.

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Dessin de presse de la salle d'audience lors du premier jour du procès du 13-Novembre, le 8 septembre.  (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Après les enquêteurs, c’est au tour des parties civiles, des victimes, de témoigner à partir de mardi 28 septembre au procès des attentats du 13 novembre. Cinq longues semaines d'auditionsUn moment redouté souvent, espéré parfois et qui peut changer la vie d’après. À cette occasion, franceinfo est allé à la rencontre de plusieurs victimes qui sont déjà passées par là lors des récents procès terroristes. Toutes livrent leur témoignage et racontent ce long chemin.

Annie-Laure Saada n'a pas oublié ces longues nuits d'insomnie, avant et pendant le procès des attentats de janvier 2015, et cette question : "Aurai-je la force de témoigner face à la cour ?" Son grand frère, François-Michel Saada, a été froidement abattu par le terroriste Amedy Coulibaly à l'Hypercasher, le 9 janvier 2015, porte de Vincennes. Mais impossible pour Annie-Laure Saada de ne pas lui rendre hommage. "Je me disais que je n'allais pas y arriver, que je n'allais pas trouver les mots ou que les mots allaient rester coincés dans ma gorge et que j'allais éclater en sanglot, ne pas finir mes phrases", raconte-t-elle.

"Le fait de témoigner, c'était quelque chose qui me flanquait une trouille bleue."

Annie-Laura Saada, soeur d'une des victimes d'Amedy Coulibaly

à franceinfo

Mais "à un moment donné, poursuit-elle, j'ai tourné la question dans l'autre sens et je me suis demandé ce qui allait se passer si je n'y allais pas". D'autant qu'Annie-Laure est la seule représentante de la famille Saada, tous les autres membres vivent en Israël. Elle a donc pris son courage à deux mains et n'a pas regretté son choix.

Ce même 9 janvier, deux jours après la tuerie au journal "Charlie Hebdo", Michel Catalano, patron d'une imprimerie à Dammartin-en-Goële est lui pris en otage pendant plus d'une heure et demi par les frères Kouachi en cavale. Au procès l'an dernier, il est venu témoigner à contrecœur, face à la cour : "On passe devant les accusés, on vient témoigner à la barre, il faut ressortir ce qu'on a au fond de soi, raconter encore une fois ce qu'on a vécu, ce n’est pas simple", confie-t-il.  À la fin de son audition, l'imprimeur s'effondre : "Je me disais que je n'aurais pas dû le faire, en plus ce n’est pas l'image que je voulais donner", témoigne-t-il aujourd'hui.

"Je voulais montrer l'image de quelqu'un de fort, qui s'en sort et finalement j'ai fini en larme mais je me suis lâché et j'ai dit ce que j'avais à dire."

Michel Catalano, ex-otage des frères Kouachi

à franceinfo

Michel Catalano s'est senti plus léger, "plus libre", mais sa femme est tombée dans une profonde déprime à la fin du procès : "Il a fallu du temps pour évacuer. Un an après, je pense qu'on a vraiment passé une étape supplémentaire dans notre parcours de vie."

Le sentiment de pouvoir, peut-être, continuer sa vie

Pour Marika Bret, qui a partagé pendant de longues années la vie de Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, assassiné lors de l'attaque terroriste dans les locaux du journal le 7 janvier 2015, bien sûr qu’il y a un avant et un après. "J'ai témoigné pour remettre Charb au cœur du procès, à la fois l'homme et le défenseur acharné de nos principes républicains", explique-t-elle. 

"Quand on sort de là, il y a quand même un sentiment d'alignement", exprime de son côté Hélène Fresnel. La journaliste a perdu son compagnon Bernard Maris, chroniqueur à Charlie Hebdo, fauché, lui aussi, dans la fusillade. Elle se souvient d'avoir pleuré tous les matins dans les transports en arrivant au procès mais elle parle également d'une forme d'apaisement. 

"Le manque, le chagrin, ça ne disparaît pas comme ça, mais il y a quelque chose de plus calme qui se met en place en soi, en moi, quelque chose de plus paisible."

Hélène Fresnel, ex-compagne d'une victime des attentats de "Charlie Hebdo"

à franceinfo

Un sentiment que Radia Legouad a fini par ressentir. Son frère, le militaire Mohamed Legouad, a été abattu à Montauban par Mohamed Merah en mars 2012, une immense douleur pour elle. Mais après le procès, qui s'est tenu en 2017, Radia Legouad a mis au monde son troisième enfant, un petit garçon : "Symboliquement, j'ai enfin eu ce petit garçon. Je ne voulais pas forcément un garçon, mais là, c’en était un. Je l'ai nommé comme mon petit frère. Tout n'est que symbolique mais il n'empêche que ça apporte une forme de réparation, c'est libérateur. C'est peut être un moment où on se dit, mais sans trop de réflexion parce que ça s'installe malgré nous, qu'on s'occupe enfin de soi, qu'on s'autorise peut-être à vivre du renouveau, à ce moment-là."

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