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Report surprise de la visite de Jean Castex en Algérie

Le Premier ministre aurait dû traverser la Méditerranée ce week-end. Le motif officiel de l'annulation de la visite est l'épidémie de Covid-19, mais le sujet est plus complexe.

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Vue d\'Alger, en 2015 (illustration).
Vue d'Alger, en 2015 (illustration). (FAROUK BATICHE / AFP)

Le Premier ministre aurait dû s'envoler pour l’Algérie ce week-end, pour sa deuxième visite à l'étranger depuis sa nomination à Matignon, finalement il n'ira pas. Pourtant tout était prêt : le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et celui de l'Économie Bruno Le Maire, qui devaient accompagner le Premier ministre, avaient libéré leur journée dans leur agenda.

La délégation française était attendue à Alger pour un comité interministériel de haut niveau, une réunion rituelle qui a lieu normalement chaque année. Mais qui ne s’est pas tenue depuis décembre 2017, en raison du soulèvement en Algérie puis de la crise sanitaire.

Cette année, la visite de préparation avait même eu lieu : ça, c’est quand les conseillers se rendent sur place quelques jours avant le déplacement pour régler les derniers détails. Mais jeudi soir, un peu avant 20 heures, la visite tombe à l'eau. Un communiqué de Matignon annonce son report sine die, en raison de "l'épidémie de Covid-19 (qui) ne permet pas aux délégations de se retrouver dans des conditions pleinement satisfaisantes".

Le Sahara occidental, sujet ultra-sensible

Côté français, on explique que la discussion a tourné court sur le format de la visite – une seule journée et sur la taille de la délégation trois ministres français prévus, contre dix en décembre 2017 quand l’exécutif algérien s’était déplacé à Paris. Côté algérien, on se satisfait de cette explication officielle. Mais en coulisses, un fait n’est pas passé inaperçu à Alger. La République en marche, le parti d’Emmanuel Macron, a annoncé jeudi ouvrir une antenne à Dakhla, dans le Sahara occidental, un territoire réclamé par le Maroc. Le royaume considère cette bande de terre comme faisant partie intégrante de son territoire.

L’Algérie défend elle l'idée d'un référendum d'autodétermination, qui permettrait aux populations sahraouies de dire si elles souhaitent rester indépendantes ou si elles veulent être rattachées au Maroc. La position de la France, c’est l’appel au dialogue. Paris ne souhaite se fâcher ni avec l’Algérie, ni avec le Maroc. Autant dire que l’ouverture d’une antenne d’En Marche, à Dakhla, la veille de la visite à Alger du chef de la majorité, Jean Castex, est un geste qui ne pouvait qu’être mal interprété.

Mémoire, immigration et antiterrorisme

Pourtant, l’Algérie fait partie des priorités d’Emmanuel Macron dans le monde arabe, c'est ce qu'il dit aux diplomates avec lesquels il échange. D'où ces gestes pour l'apaisement des mémoires : la restitution des crânes de résistants qui étaient conservés au Musée de l’Homme à Paris, la reconnaissance de la torture pendant la Guerre d’Algérie, et de la responsabilité de l’armée française dans la mort de deux militants indépendantistes, Maurice Audin et Ali Boumendjel.

Une nouvelle séquence mémorielle aura sans doute lieu à la veille du premier tour de l'élection présidentielle, avec le soixantième anniversaire des accords d’Evian. À ses interlocuteurs, Emmanuel Macron dit attendre trois choses de l’Algérie. D'abord, que son armée s’implique encore plus pour maintenir la sécurité dans la région – on parle d’antiterrorisme dans le Sahel, et le chef d'État-major des armées français, le général François Lecointre était jeudi à Alger.

Deuxième attente : que les forces de sécurité intérieures algériennes bloquent les flux d’immigration clandestine qui remontent vers l’Europe et enfin que les élites politiques entament enfin les réformes pour moderniser l’Algérie. Un diplomate de haut rang reconnaissait il y a quelques jours en privé que "l'Algérie n’est pas le voisin rêvé, c’est un pays sur le fil du rasoir. S’il ne fait pas les réformes nécessaires, nous irons de crise en crise.”

Vue d\'Alger, en 2015 (illustration).
Vue d'Alger, en 2015 (illustration). (FAROUK BATICHE / AFP)