L'info de l'histoire : les restitutions d’objets entre la France et l’Algérie

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Article rédigé par Fabrice d'Almeida
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune avec son homologue français Emmanuel Macron, à Alger le 27 août 2022 (LUDOVIC MARIN / AFP)

Cette semaine, l’Algérie a effectué une demande de restitution d’objets ayant appartenu à l’émir Abdelkader. Ce grand résistant à la conquête de l’Algérie au XIXe siècle, vaincu en 1847, est devenu pour l’Algérie indépendante une référence historique incontournable, enseignée dans les écoles, au même titre que la guerre de libération de 1954 à 1962. C’est le président Houari Boumédiène qui a poussé à la construction de cette mémoire patriotique.

Pourtant, au moment de l’indépendance et jusque dans les années 1970, aucune demande de restitution n’avait été déposée. C’est seulement à partir des années 1970 que des réclamations ont été formulées à propos des archives, avec l’idée d’y trouver la réponse à quelques crimes encore non résolus de la guerre d’Algérie. Longtemps, la France a résisté à l’idée même de sortir de son patrimoine la moindre pièce que ce soit. Tout était inaliénable.

À partir des années 1990, cependant, des évolutions se perçoivent. Quelques restitutions ont lieu, comme la dépouille de Saartjie Baartman, rendue à l’Afrique du Sud en 2002, au terme d’un processus commencé en 1994, avec l’appui du président Mandela. Et en 2007, des têtes maories conservées en France sont restituées à la Nouvelle-Zélande. Le président Macron a voulu accélérer les choses et l’a annoncé dès 2017, en réponse à la demande du Bénin de retrouver le trésor du royaume du Dahomey. 

Sortir des rentes mémorielles, en France comme en Algérie

Pour l’Algérie, dès 2020, en urgence, le président français décide de rendre les crânes de 24 résistants algériens à leur pays d’origine. Puis, il demande un rapport à l’historien Benjamin Stora, et deux ans plus tard, établit avec le président Tebboune une commission mixte d’historiens des deux pays pour traiter le sujet. Benjamin Stora, dans ce cadre, propose aux Algériens de travailler d’abord sur le XIXe siècle, moins sensible que la guerre d’Algérie. Et bientôt, la partie algérienne a remis une liste de reliques d’Abdelkader, comme première demande : ses pistolets, des sabres, son burnous, une tente aussi. Les premiers sont au musée de Condé, au château de Chantilly. La dernière se trouve au musée de l’Armée, aux Invalides.

L’épineuse question juridique risque de virer au cauchemar politique, car la droite française ne voit guère avec sympathie l’idée de telles restitutions. Le casse-tête réside aussi dans le fait que ces objets ont été aussi donnés à la France par l’émir et ses enfants, qui se déclaraient amis de la France, un aspect que la mémoire nationale algérienne tend à occulter. En laissant quelques-uns de ces objets dans nos collections, l’Algérie montrerait son désir d’échanges amicaux. Ce serait aussi une manière de sortir des rentes mémorielles qui fleurissent d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

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