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Steven Peters, porte-parole d'une tribu d'Indiens, veut faire entendre une autre version de l’histoire de Thanksgiving

Thanksgiving commémore aux États-Unis l’amitié entre Indiens et pèlerins, arrivés d’Angleterre il y a 400 ans. Mais les représentants de la tribu indienne des Mashpee Wampanoag n’ont pas la même vision de cette histoire.

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Stevens Peter (à droite) l\'un des porte-paroles des Mashpee Wampanoag, lors d\'une exposition sur cette tribu d\'Indiens à Provincetown (Massachusetts), le 27 août 2020.
Stevens Peter (à droite) l'un des porte-paroles des Mashpee Wampanoag, lors d'une exposition sur cette tribu d'Indiens à Provincetown (Massachusetts), le 27 août 2020. (BOSTON GLOBE / BOSTON GLOBE)

Steven Peters est descendant des Mashpees Wampanoag, la tribu qui a vu débarquer les colons du May Flower en 1620 dans cet État que l’on appelle aujourd’hui le Massachusetts. Tous les élèves américains apprennent la même histoire à l’école : alors que les colons luttaient contre la maladie et la faim, les chefs indiens leur auraient offert de quoi manger et montré les coins de pêche et de chasse. C’est ainsi que, pour les remercier, les pèlerins auraient partagé avec eux un repas de dinde et de pommes de terre, célébrant une relation harmonieuse, pacifique et faite d’entraide.

"Or, ça ne s’est pas passé comme ça", explique aujourd'hui Steven Peters. Cette histoire a été créée, fabriquée pour donner une autre image de la colonisation, plus positive et éclipser la véritable histoire de la fondation des États-Unis : celle des exterminations d’Indiens, de l’esclavage des Noirs et des massacres de Mexicains. Après une année 2020 où ce pays s’est beaucoup interrogé sur le racisme subi par ses minorités, "il serait temps, explique Steven Peters, de raconter l’histoire depuis notre perspective à nous." Car en réalité, les Indiens n’ont pas été invités à partager la dinde avec les colons, qui leur ont surtout apporté la maladie et la mort.

Pour nous, l’arrivée des pèlerins est un moment tragique, très triste. Évidemment, c’est difficile à entendre pour certains, mais il faut pouvoir dire notre point de vue : c’est une question de respect pour nos ancêtres.

Steven Peters, porte-parole des Mashpee Wampanoag

BBC

C’est ce que l’on sait grâce au travail des historiens, à l’archéologie, aux journaux de bord laissés par les colons de 1620 et c’est donc cette réalité plus complexe que raconte Steven Peters, à travers des conférences et des interventions dans les musées.

Preuve que le message passe, le quotidien USA Today a consacré une longue enquête à l’histoire indienne de Thanksgiving, CNN aussi. Steven Peters, lui, précise tout de même que, cette année comme les précédentes, il partagera bien la dinde en famille, avec ses enfants, "parce que même si le récit officiel est faux, on ne peut pas simplement rayer cette fête. C’est comme le reste, confie-t-il à USA Today, il faut expliquer pour ne pas reproduire ses erreurs."

Stevens Peter (à droite) l\'un des porte-paroles des Mashpee Wampanoag, lors d\'une exposition sur cette tribu d\'Indiens à Provincetown (Massachusetts), le 27 août 2020.
Stevens Peter (à droite) l'un des porte-paroles des Mashpee Wampanoag, lors d'une exposition sur cette tribu d'Indiens à Provincetown (Massachusetts), le 27 août 2020. (BOSTON GLOBE / BOSTON GLOBE)