"Unir" les droites françaises : le pari perdu d'Eric Zemmour

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Eric Zemmour est entré en politique en espérant unir les droites françaises. Son pari semble aujourd’hui bel et bien perdu. L'édito de Neïla Latrous.

Article rédigé par
Neïla Latrous - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Eric Zemmour le 24 avril 2022 à Paris lors d'une prise de parole après le second tour de l'élection présidentille. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Raté. Cette "union des droites", force est de constater qu’elle n’existe pas. Que l’on regarde du côté des électeurs ou des appareils politiques. L’électorat de droite - celui qui a voté François Fillon en 2017 ou Nicolas Sarkozy auparavant - est éclaté en quatre blocs, entre ceux qui ont rejoint Emmanuel Macron, ceux qui ont voté Valérie Pécresse, et ceux, moins nombreux, qui ont glissé un bulletin Marine Le Pen ou Eric Zemmour. De ce point de vue là, pari perdu pour Eric Zemmour. Et c’est encore pire si l’on analyse ce qui s’est passé au niveau des partis. L’ancien polémiste avait promis de vider le Rassemblement National et Les Républicains de leurs forces vives.

Résultat ? Quelques débauchages individuels, des personnalités qui étaient déjà au ban de leur famille politique, comme Guillaume Peltier ou Gilbert Collard. C’est faible, on est quand même très loin de la révolution rêvée par le fondateur de Reconquête !, qui aborde les élections législatives dans une situation pour le moins inconfortable

Irréconciliables

Pour ce scrutin, il propose une alliance au Rassemblement national, mais Marine Le Pen n’en veut pas. Mais est-ce vraiment une surprise ? Après l’avoir traitée de "nulle", de femme avec des réflexes de gauche, après avoir répété qu’elle n’avait aucune chance de gagner, après que ses proches ont expliqué vouloir “tuer” le Rassemblement national… Certes, en politique, les blessures d’ego cicatrisent vite. Mais pas en sept semaines, le temps qui nous sépare des législatives.

Et puis peut-on imaginer une seule seconde Marine Le Pen passer l’éponge sans qu’Eric Zemmour ne présente d’abord des excuses ? Dimanche encore, il a eu cette phrase : C’est la 8e fois que la défaite frappe le nom de Le Pen. Pour négocier des alliances, il faut certes de l'opiniâtreté, mais la première qualité, c’est de savoir mettre son orgueil de côté. Et ça, ce n’est pas naturel pour le patron de Reconquête !, qui s’est comporté à plusieurs reprises pendant la campagne comme “un adolescent pas fini”, pour reprendre l’expression qu’il avait lui-même utilisée pour Emmanuel Macron. Et puis, concrètement, qui a-t-il chargé de parler au RN ? Marion Maréchal et Nicolas Bay. Deux personnalités honnies par les proches de Marine Le Pen, qualifiés de traîtres à leur parti, voire à leur famille. Tout ça ne crée pas les conditions de la confiance.

Stratégiquement, cette union des droites, ou union nationale comme l’appelle désormais Eric Zemmou a-t-elle a du sens ?

Pour Eric Zemmour, oui. Pour le Rassemblement national, aucun. Lui en a besoin pour montrer qu’il s’inscrit dans un temps long, que sa candidature n’était pas qu’un caprice. Pour y parvenir, il lui faut structurer son parti, donc avoir des élus. Il ne peut pas en avoir à l’Assemblée nationale, pas en nombre conséquent en tout cas, sans une alliance avec Marine Le Pen. Elle n’y a politiquement aucun intérêt.

Pourquoi faire un cadeau à un parti qui veut la "grand remplacer" ? Et devoir pendant cinq ans justifier les votes, les excès, les provocations de ceux qui seront, de fait, présentés comme ses alliés ? Dimanche, au second tour de la présidentielle, Marine Le Pen est arrivée en tête, selon ses calculs, dans 159 circonscriptions. Elle est aussi en tête dans 23 départements métropolitains. Elle n’a pas besoin d’Eric Zemmour pour continuer à exister. Lui, si. Mais ça, il ne l’avait pas prévu.

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