ÉDITO. Coup d'État au Niger : le "message de fermeté" d'Emmanuel Macron après la manifestation devant l'ambassade de France

La France répliquera "de manière immédiate et intraitable" en cas d’attaque contre ses ressortissants, a fait savoir Emmanuel Macron après la manifestation, dimanche 30 juillet, devant l’ambassade de France à Niamey, au Niger. Le président français hausse le ton. L'édito politique de Julie Marie-Leconte.
Article rédigé par franceinfo, Julie Marie-Leconte
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
Des partisans des forces de défense et de sécurité nigériennes rassemblés lors d'une manifestation devant l'Assemblée nationale à Niamey le 27 juillet 2023. (AFP)

Depuis six ans, Emmanuel Macron s’efforce de renouveler la relation entre la France et l’Afrique. Le coup d’État au Niger et la manifestation dimanche 30 juillet devant l’ambassade de Niamey prouvent qu’il n’est pas au bout de ses peines. En 2019, Emmanuel Macron s’était déjà agacé lors d’une escale au Niger de voir des mouvements d’opposition dénoncer la présence militaire française comme une présence impérialiste et néocoloniale alors que c'est tout ce avec quoi il prétend rompre depuis son arrivée au pouvoir. 

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"Il n’y a plus de politique africaine de la France", disait Emmanuel Macron à Ouagadougou en 2017, discours fondateur pour rompre avec la Françafrique. Sa nouvelle voie : ne plus considérer l’Afrique comme un terrain de rente ou de compétition, traiter les pays africains en partenaires avec qui la France a des intérêts et des responsabilités partagées. Passer d’une logique d’aide à une logique d’investissement. Humilité et lucidité sont les maîtres-mots du chef de l’État pour réinventer la relation avec un continent "ni perdu ni sauvé" selon lui et où se joue "une partie du basculement du monde".  

Emmanuel Macron, en colère devant les images de manifestation devant l'ambassade, fait savoir qu’il ne tolèrera aucune attaque contre la France et ses intérêts et qu'il est prêt à répliquer. Est-ce un retour à l'ingérence ? Pas du tout, explique le quai d’Orsay. C'est un "message de fermeté mais un message seulement diplomatique pour rappeler les parties prenantes à leurs obligations", nous dit-on.

Les pays d'Afrique de l'Ouest ont fixé un ultimatum

Paris a suspendu dès samedi 29 juillet son aide au développement. Malgré tout, la France laisse la main aux puissances régionales : la Cédéao, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, donne une semaine aux putschistes pour rendre le pouvoir au président séquestré, menace d’intervenir par la force si nécessaire et d’ici là, décrète un blocus économique du pays. Le président du Tchad est aussi allé au Niger pour tenter une médiation.

Les militaires français, eux, restent enfermés sur leur camp de base, assure une source diplomatique. "Aucune action possible évidemment dans un telle situation de confusion", précise-t-elle. Paris attend, convaincu que les renégats ne pourront pas tenir. Pourtant, c’est bien le départ des soldats français que la foule - des milliers de personnes - réclamait dimanche 30 juillet devant l’ambassade, à l’appel d’une organisation issue de la société civile. 

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Cette société civile, dont Emmanuel Macron répète pourtant à l’envi que c’est sur elle qu’il souhaite s’appuyer à l’avenir, autant que sur les dirigeants, il prétend la rencontrer à chacun de ses déplacements. Comme s’il était possible d’embrasser les préoccupations de tout un peuple en une seule réunion. Preuve donc qu’on ne ripoline pas une politique avec des coups de communication, qu’on ne peut pas à la fois entendre et ne pas écouter ce qui déplaît. Quelle que soit l’issue, il faudra tirer les leçons, y compris pour maintenir une ambition.

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