Assemblée nationale : pourquoi la commission des Finances suscite-t-elle tant de convoitises ?

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L’assemblée doit désigner ce jeudi le président de la commission des Finances. Et jamais auparavant ce poste n'a suscité autant de convoitises chez les députés. L'édito politique de Renaud Dély. 

Article rédigé par
Renaud Dély - franceinfo
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Publié Mis à jour
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L'Assemblée nationale, à Paris, lors de la première séance publique de la 16e législature, le 28 juin 2022. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Tous les regards seront tournés vers ce bureau. Et pour cause : c’est un poste stratégique qui revient à un député de l’opposition depuis la révision constitutionnelle initiée par Nicolas Sarkozy en 2008. Le président de la commission des Finances a beaucoup de latitude pour contrôler le budget, les dépenses de l’Etat, mais également accéder à des documents couverts par le secret fiscal. Avec obligation de ne pas violer ce secret sous peine de sanction.

>> Trois questions sur la présidence de la commission des Finances, ce poste-clé convoité par les oppositions

Ce poste aiguise bien des convoitises, et bien des craintes à droite et dans la majorité. Car la Nupes, qui part favorite au vu de son nombre d’élus, présente la candidature de l’insoumis Eric Coquerel. La gauche l’a préféré à la socialiste Valérie Rabault plus consensuelle. Fort de ses 89 députés, le RN lorgne le poste pour le député Jean-Philippe Tanguy mais il ne pourra l’obtenir que s’il obtient l’appui des députés LR. Elisabeth Borne a en effet annoncé que, conformément à la tradition, les députés de la majorité présidentielle ne prendront pas part au vote.

Pour le meilleur et pour le pire

Jusqu’ici, la désignation de ces postes à responsabilité ne provoquait pas autant d’affrontements au sein de l’Assemblée. Mais la tension qui règne désormais dans l’hémicycle illustre à quel point le résultat des élections législatives a tout changé. Pour le meilleur et pour le pire.

Pour le meilleur si jamais, demain, faute de majorité absolue, le gouvernement et certains groupes se mettent à discuter, négocier, évoluer pour accoucher de compromis et adopter certains textes. Mais aussi pour le pire, quand on voit comment l’irruption massive de députés extrémistes contribue à hystériser les débats. D’abord 89 élus d’extrême droite bien sûr, qui aspirent à exercer des responsabilités d’ordinaire réparties proportionnellement au poids des groupes. Et puis 75 députés insoumis engagés dans une opposition systématique et qui veulent isoler le RN à tout prix, quitte pour certains députés mélenchonistes à refuser de serrer la main à leurs homologues lepénistes.

Deux stratégies

Deux groupes qui n’adoptent pas la même tactique : le RN est le principal groupe d’opposition. Difficile de lui refuser toute responsabilité au sein de l’Assemblée. Le RN joue donc profil bas, peaufine sa quête de respectabilité et s’abstient même lors de certains votes. Pour mieux déchaîner la fureur des Insoumis qui dénoncent aussitôt une prétendue collusion avec la majorité présidentielle.

Ce jeu de postures à fronts renversés interroge. Quand la banalisation a déjà produit ses effets dans les urnes, il n’est pas certain que sur-jouer l’indignation dans l’hémicycle suffise à faire reculer l’extrême droite…

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