Affaire Alexis Kohler : pourquoi Emmanuel Macron lui a-t-il aussitôt renouvelé sa confiance ?

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Le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Kohlereste en poste en dépit de sa mise en examen pour "prise illégale d’intérêt". Il est soupçonné de conflit d'intérêts en raison de ses liens familiaux avec l'armateur italo-suisse MSC. L'édito politique de Renaud Dély.

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Radio France
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Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée et Emmanuel Macron, le président de la République, le 31 août 2022. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler a été mis en examen pour "prise illégale d’intérêts" et Emmanuel Macron lui a aussitôt renouvelé sa confiance. Et, ce, pour au moins deux raisons.

>> Mise en examen d'Alexis Kohler : on vous explique ce qui est reproché au secrétaire général de l'Elysée dans le dossier MSC

La première : le chef de l’Etat ne peut pas se passer d’Alexis Kohler, c’est son bras doit. Mieux que ça, sa moitié ! Ce couple politique s’est constitué deux ans avant la victoire de 2017, dès l’arrivée d’Emmanuel Macron au ministère de l’Economie, à Bercy. Depuis, tout passe par Kohler, pour ce qui est de la gestion gouvernementale comme de la récente campagne présidentielle. Ce qui agace et suscite parfois des jalousies parmi les ministres et les dirigeants de la majorité. Et puis Emmanuel Macron ne veut pas céder aux juges. A ses yeux, la justice est une autorité, mais pas un pouvoir.

La règle, c'est qu'il n'y a plus de règle

Une mise en examen ne conduit donc plus forcément à une démission, car, en fait, il n’y a plus de règle. Celle que l’on appelait la "jurisprudence Bérégovoy", ou Balladur, a volé en éclat sous ce quinquennat. Il y a près de trente ans, ces deux Premiers ministres avaient décrété qu’un ministre mis en examen ne pouvait rester au gouvernement. Cette règle a longtemps perduré, mais Emmanuel Macron ne s’y conforme pas. Depuis 2017, c’est du cas par cas. Certains ministres, comme François Bayrou, ont dû quitter le gouvernement avant même d’être mis en examen. Un autre comme Alain Griset, en charge des PME, est resté en poste jusqu’à sa condamnation pour déclaration incomplète de sa situation patrimoniale.

En fait, le principal critère est politique et même… médiatique. Plus la pression est forte, plus il est difficile de rester en place pour un ministre pointé du doigt, même s’il n’est coupable d’aucun délit et pas même poursuivi : ce fut le cas de François de Rugy contraint de démissionner pour une photo de homard.

Le secrétaire général de l'Élysée peut-il rester en place ?

Dans ce contexte, Alexis Kohler peut-il rester en place ? Son principal atout, c’est sans doute la complexité des faits reprochés. Il aurait approuvé, il y a plus de dix ans, des contrats d’un armateur, MSC, en cachant ses liens familiaux avec ce groupe fondé et dirigé par des cousins de sa mère. Eric Dupond-Moretti tente de jouer sur la même corde : le garde des Sceaux est renvoyé devant la Cour de Justice de la République pour avoir diligenté des enquêtes administratives sur des magistrats avec lesquels il avait été en conflit quand il était avocat. Un argumentaire pas simple à expliquer par ceux qui réclament sa démission… Beaucoup moins simple en tous cas que celui de ceux qui répètent qu’un député, visé par une plainte de son épouse et qui a reconnu des violences conjugales, doit rendre son écharpe tricolore.

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