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Histoires d'info. Syrie : la fameuse ligne rouge, franchie, encore et encore...

L'attaque chimique supposée du régime syrien contre des rebelles, samedi, repousse un peu plus la fameuse "ligne rouge" fixée par Barak Obama en 2012.

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Le président syrien Bachar Al-Assad lors d\'une conférence de presse à Damas (Syrie), le 10 janvier 2012.
Le président syrien Bachar Al-Assad lors d'une conférence de presse à Damas (Syrie), le 10 janvier 2012. (- / SANA)

Une nouvelle fois, la Syrie est accusée d'avoir franchi la ligne rouge pour l'utilisation d'armes chimiques contre les rebelles à Douma, pas loin de la capitale Damas, samedi 7 avril. Ce n'est pas la première fois.

Toute cette histoire remonte à l’été 2012, il y a donc près de six ans déjà. La guerre civile fait rage en Syrie depuis mars 2011. Le régime syrien est en difficulté dans le Nord du pays et les rebelles ont même tenté, en vain, de prendre Damas à la mi-juillet 2012. C’est à ce moment que le Wall Street Journal publie une enquête prouvant que des armes chimiques étaient en train d’être déplacées par le régime de Bachar Al-Assad.

Ce dernier reconnaît pour la première fois, le 23 juillet 2012, qu'il détient un arsenal chimique, tout en précisant qu'"aucune arme chimique ou non conventionnelle ne sera utilisée contre [ses] propres citoyens" et que "ces armes ne seront utilisées qu'en cas d'agression étrangère".

"La ligne rouge", définie par Obama

Un mois plus tard, les États-Unis réagissent : "Nous ne pouvons pas avoir une situation dans laquelle des armes chimiques ou biologiques tomberaient dans les mains de mauvaises personnes, affirme Barack Obama, le 20 août 2012. Nous avons fait savoir de façon claire au régime d'Assad et à d'autres forces sur le terrain qu'il s'agissait d'une ligne rouge pour nous. Si nous commencions à avoir des armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul, cela changerait l'équation." C’est, pour la première fois, la définition de la fameuse ligne rouge au-delà laquelle les États-Unis et ses alliés pourraient éventuellement frapper le régime, même si cela est dit en des termes très diplomatiques.

Dans les jours qui suivent, le Premier ministre britannique, David Cameron, et le président français, François Hollande, s’alignent sur la position américaine. Cette position est largement, et peut-être même d'abord, guidée par la crainte d’Israël de voir des armes chimiques livrées au Hezbollah au Sud-Liban. Les rumeurs de préparatifs d’attaques chimiques par le régime d’Assad ne vont cesser. Au printemps 2013, la France, le Royaume-Uni et Israël ont acquis la certitude que le régime a utilisé des agents neurotoxiques, notamment du gaz sarin, au moins à Homs en décembre 2012. Mais, les États-Unis restent encore en retrait... Jusqu’au 21 août 2013.

La détermination vole en éclats

"Des gaz toxiques ont-ils été utilisés ce matin près de Damas par l'armée syrienne ?, s'interroge le journaliste de France Inter, Patrick Boyer, ce jour-là. Les bombardements ont fait des dizaines de morts. Le Conseil de sécurité de l'ONU se réunit dans deux heures à New York." Il y a eu entre 300 et 1 400 morts (selon les différents rapports) et plusieurs milliers de blessés. Dans la foulée, les États-Unis, par la voix du secrétaire d’État John Kerry, se prononcent pour des frappes sur les positions du régime. Washington est suivi par Londres et Paris.

Rapidement, cette belle détermination vole en éclats sous le coup de plusieurs facteurs. Il y a d'abord le refus des Parlements : le Parlement britannique bloque le projet d’intervention militaire du pays et le Congrès américain est également très hostile. Il y a ensuite l'hésitation de Barak Obama qui craint des conséquences pires encore, notamment d'un Bachar Al-Assad ayant résisté à des frappes américaines hors du cadre de l'ONU. Il y a aussi Ia pression de l’allié israélien, craignant l’Iran qui avait promis un déluge de feu sur l’État hébreu en cas d’intervention militaire occidentale contre Assad. Enfin, il y a cette solution providentielle venue de Moscou en septembre 2013 : les Russes proposent de placer les armes chimiques syriennes sous contrôle internationale avant de les détruire.

Depuis cette date 2013, au moins 45 frappes chimiques ont été attribuées au régime syrien.

Le président syrien Bachar Al-Assad lors d\'une conférence de presse à Damas (Syrie), le 10 janvier 2012.
Le président syrien Bachar Al-Assad lors d'une conférence de presse à Damas (Syrie), le 10 janvier 2012. (- / SANA)