Au Québec, des contes pour enfants lus par des drag queens font polémique

Le chef du Parti conservateur vient de lancer une pétition pour demander au gouvernement de ne plus financer les activités que proposent les drag queens à l’école ou dans les bibliothèques publiques.
Article rédigé par France Info, Pascale Guéricolas
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Une lecture de contes pour enfants par une drag queen à Austin, Texas, aux Etats-Unis, en mars 2023. (BRANDON BELL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Un conte pour enfant lu par des drag queens pour sensibiliser à la différence : cette activité, souvent proposée au Québec, fait pourtant polémique en ce moment. Certains groupes organisés reprochent à ces personnes, qui se déguisent en créatures de rêve féminines à coup de grandes perruques, de costumes et de maquillages extravagants, de remettre en cause la notion de genre et l’image de la famille traditionnelle.

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Eric Duhaime, le chef du Parti conservateur – qui ne compte aucun élu à l’Assemblée nationale – proclame vouloir protéger les enfants et a lancé une pétition pour demander au gouvernement de cesser de financer des activités que proposent les drag queens à l’école ou dans les bibliothèques publiques. Il y voit une façon déguisée de faire la promotion de la diversité sexuelle et d’influencer le jugement des plus jeunes. Quelques dizaines de personnes ont même manifesté devant la bibliothèque en banlieue de Montréal au début du mois pour protester contre une lecture de conte par Barbada, une "drag" bien connue. 

Les conservateurs voient la famille traditionnelle menacée

Ce phénomène ressemble beaucoup aux batailles menées actuellement par des groupes de la droite conservatrice aux États-Unis. Pour le chercheur Frédérick Nadeau, spécialisé en radicalisation, cela illustre la polarisation du discours public, pris entre deux entités. "D’un côté, tout ce qui relève du progressisme, de la remise en question des normes, des modèles de genre, des modèles familiaux, des normes sexuelles, du racisme, et puis du côté conservateur, on va considérer que cela va trop loin, il y a un effet de ressac, et puis ils mettent de l’avant les enjeux de la famille traditionnelle", développe-t-il.

"D’une certaine façon, les Drag Queens, à travers leur personnage très flamboyant, deviennent un bouc-émissaire ou un symbole qui vient cristalliser l’ensemble de ces significations-là."

Frédérick Nadeau, chercheur spécialisé en radicalisation

à franceinfo

Conscients de ces tiraillements, les députés du Québec ont voté à l’unanimité un texte appuyant l’action de la communauté auprès des enfants. Malgré cela, certaines drag queens ou des personnes en vue de la communauté se plaignent de recevoir des insultes ou des commentaires haineux sur les réseaux sociaux. Cette colère surprend Rafael Provost, qui fait la promotion de la diversité à l’école pour l’organisme Ensemble. Il constate son impact pour des jeunes qui s’interrogent sur leur identité sexuelle. "Ça les stresse de voir ces commentaires-là et ils ne comprennent pas tout ce débat-là", explique-t-il. Des jeunes qui sont en questionnement, des alliés, qui font partie de la communauté, ça leur envoie quel modèle ?"

"Nous d’un côté, on leur dit 'soyez vous-même, assumez-vous, la société québécoise elle est faite pour vous accueillir', et s’ils vont sur les médias sociaux, ils voient ça, ça envoie tout un message."

Rafael Provost, de l'organisme Ensemble

à franceinfo

Selon Raphaël Provost, de nombreux préjugés sur les gays ou les trans, que l’on pensait dépassés, ressurgissent actuellement à l’occasion de ce débat musclé autour des drag queens. 

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