Dans la peau de l'info. Ce qu'il faut de la SNANC, la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat

Tous les matins, Marie Dupin se glisse dans la peau d'une personnalité, d'un événement, d'un lieu ou d'un fait au cœur de l'actualité.
Article rédigé par franceinfo, Marie Dupin
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Photo d'illustration.  (DAVID ADEMAS / OUEST-FRANCE / MAXPPP)

C'est un sigle incompréhensible qui va déterminer le contenu de nos assiettes pour les dix prochaines années : la SNANC pour future stratégie nationale alimentaire de la France. Or, les lobbies agricoles et agroalimentaires tentent aujourd'hui de la dynamiter, selon un document que franceinfo a pu consulter.

>> Environnement : des lobbies s'opposent à près de la moitié des propositions émises par le Conseil national de l'alimentation

Cette SNANC est très importante, car, bientôt, c'est elle qui va définir les objectifs de la France en matière d’alimentation de nutrition et de climat, pour les 10 prochaines années, face à des enjeux de taille face à la progression des maladies chroniques, diabète, obésité, cancers, mais aussi parce que l’alimentation représente un quart de l’empreinte carbone de la France.

Et pour établir cette stratégie, le Conseil national de l’Alimentation, une instance consultative, vient de rendre au gouvernement un avis d'une centaine de pages. Ce conseil est composé notamment d’associations, comme UFC-Que Choisir, le Réseau Action Climat ou le Collectif national des associations d’obèses, mais aussi de l’ANIA, qui représente les intérêts des industriels de l'agroalimentaire, la FNSEA, le principal syndicat agricole, ou encore la FCD, la grande distribution…

19 des 39 recommandations prioritaires 

Or, tous semblent décider à affaiblir au maximum la portée de l'avis rendu au gouvernement. Et ils ont déjà gagné quelques batailles. Selon nos informations, ces représentants d'intérêt ont notamment obtenu que soit bannie de l’avis, contrairement à ce que souhaitaient les associations de la société civile, l’expression "élevage intensif", ainsi que la formule "réduction de la consommation de viande". Finalement, c'est le mot "modération" qui a été retenu.

Et cela ne s’arrête pas là : ces lobbies agricoles et agroalimentaires s’opposent massivement aux mesures préconisées dans l'avis…19 recommandations prioritaires sur 39 contestées, près de la moitié. Exemples : la FNSEA s'oppose à ce que la France s’aligne sur les politiques européennes prévoyant une réduction de 50% du recours aux produits phytosanitaires d’ici 2030 (page 37). Autre exemple : page 40, l’ANIA et la FNSEA font part de leur désaccord pour "réglementer la publicité pour protéger les consommateurs et en particulier les enfants". Lever de bouclier également contre la mise en place d’un affichage environnemental, et contre la mise en place de campagnes d'informations incitant le grand public à privilégier les fruits et légumes au détriment de la viande.

Concrètement, ce document est dans les mains du gouvernement qui doit définir sa stratégie alimentaire avant le 1er juillet. Toute la question est donc de savoir s’il suivra les recommandations du Conseil national de l’alimentation, ou si les lobbies obtiendront gain de cause. Ce qui va donc se jouer dans les prochaines semaines sera déterminant sur ce qui va se jouer dans les 10 prochaines années.

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