Mal-logement

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La Fondation Abbé-Pierre a présenté mercredi 2 février son rapport annuel sur le mal-logement, et les chiffres sont éloquents : quatre millions de personnes en souffrent actuellement.

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C'est le 27e rapport de la Fondation Abbé-Pierre sur l'état du mal-logement en France. Présenté le 2 février, il pointe notamment la réforme des aides au logement (APL) et la baisse du nombre de logements sociaux autorisés chaque année.  (BRUNO LEVESQUE / IP3 PRESS / MAXPPP)

On connaît les conséquences du mal-logement sur la santé physique de ceux qui le subissent. Selon le rapport annuel de la Fondation Abbé-Pierre sur le mal-logement, les chiffres sont éloquents : 4 millions de personnes en souffrent actuellement.

franceinfo : Nous aimerions revenir avec vous sur les conséquences psychologiques qu’il peut avoir, sur les adultes, comme sur les enfants.

Claude Halmos : Le mal-logement a des conséquences psychologiques très graves. Il porte d’abord atteinte, très profondément, à l’image que les personnes qui le subissent ont d’elles-mêmes, et de leur valeur. Parce qu’elles alignent inconsciemment cette image sur celle de leur habitat (comment se sentir digne quand on vit, sans espoir d’en sortir, dans un lieu indigne ?).

Et ce d’autant plus qu’en les y laissant, la société leur signifie qu’elles ne méritent pas mieux. Elles se sentent donc différentes, exclues, et cela les conduit à une honte d’elles-mêmes qui les ronge, et les pousse à s’isoler. Et le mal-logement porte atteinte aussi au bien-être physique minimum dont un être humain a besoin pour préserver son équilibre psychologique.

De quelle façon ?

Être mal logé, c’est vivre dans un inconfort qui transforme chaque moment du quotidien en une violence qui atteint autant le corps que le psychisme. On est, du fait de l’étroitesse des lieux, privé d’intimité et, du fait de la précarité énergétique, dans le froid, l’humidité et les moisissures.

Du fait de l’absence de sanitaires (ou de leur état), les actes les plus élémentaires – se laver ou aller aux toilettes – se transforment en épreuves. Et l’on vit de plus, en permanence, dans l’insécurité. Du fait d’installations électriques, souvent dangereuses, et de la vulnérabilité aux maladies, que ces conditions de vie entraînent.

On est donc dans une situation de détresse et d’impuissance qui évoquent celles du nourrisson abandonné, et qui sont psychologiquement inhumaines et destructrices.

Quelles sont les conséquences sur la vie familiale ?

Le mal-logement affecte la vie de couple et bien sûr, celle des enfants. Ils partagent la honte et l’isolement de leurs parents (ils ne peuvent pas inviter leurs copains) et leur sentiment d’injustice et d’exclusion. Le manque d’espace les oblige – ce qui est toujours très perturbant pour eux – à partager leur vie de couple, et les prive de toute intimité par rapport à leurs frères et soeurs. Et leur développement lui-même est perturbé.

L’exiguïté des lieux perturbe l’apprentissage de la marche. L’accès à l’autonomie (apprendre à se laver seul, ou à se débrouiller seul aux toilettes) est rendu difficile par l’absence de sanitaires, et les apprentissages scolaires par le bruit, et la promiscuité.

Et leurs parents se sentent souvent (inconsciemment) trop coupables de ne pas pouvoir leur donner une meilleure vie, pour s’autoriser à faire preuve, avec eux, de l’autorité dont ils auraient besoin. On ne peut donc qu’espérer que le problème du mal-logement soit enfin considéré, par notre société, comme une priorité.

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