C'est dans ma tête. Une plateforme pour dire l'inceste

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La commission Inceste a lancé mardi 21 septembre une plateforme téléphonique pour recueillir la parole de victimes de violences sexuelles dans l'enfance. Que représente cette plateforme pour ces personnes ? Le décryptage de la psychanalyste Claude Halmos. 

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Radio France
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"Un enfant qui a subi un inceste est un enfant qui a vu le monde dans lequel il vivait, se transformer d’une seconde à l’autre, en cauchemar." Claude Halmos. (Illustration) (JERRY CHEN / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

Une plateforme nationale a été mise en place la semaine dernière, avec un numéro de téléphone que toutes les personnes victimes d’inceste, dans leur enfance, peuvent appeler pour parler de ce qu’elles ont subi.   

franceinfo : Nous aimerions revenir avec vous sur ce que peut représenter une telle plateforme pour ces victimes. Que peut -elle leur apporter ? Peut-elle aider à libérer la parole ?  

Claude Halmos : Un enfant qui a subi un inceste est un enfant qui a vu le monde dans lequel il vivait, se transformer d’une seconde à l’autre, en cauchemar. Il a vu un adulte familier, en qui il avait confiance, devenir quelqu’un qu’il ne reconnaissait plus ; et qui a fait sur lui des actes que, s’il est petit il ne comprend pas, mais dont il sait, même confusément, qu’ils sont interdits. 

Des actes qui font peur, qui font mal ou du moins provoquent des sensations très violentes ; et qui l’ont fait basculer dans une angoisse tellement insupportable qu’il a dû, comme toujours lors d’un trauma, s’absenter en partie de lui-même pour survivre. Cet enfant est en état de terreur, et dans une solitude totale. Parce qu’il ne peut pas imaginer que quelqu’un puisse croire une histoire si ahurissante qu’elle lui semble même impossible à énoncer.

Dans tout adulte qui a vécu un inceste, cet enfant est toujours là, dans une sorte de présent infini qui est celui du traumatisme. Et c’est à cet enfant que la plateforme peut être utile.  

De quelle façon ?  

Elle le place face à un autre qui lui dit ce que personne ne lui a dit, à l’époque des faits : on te croit, et on est prêts à t’aider. Elle lui prouve, par son existence même, qu’il n’est pas, comme il le croyait, le seul à avoir subi ce qu’il a subi. Que le problème est répandu, et connu ; ce qui peut l’aider à sortir de la honte, et de la culpabilité qui emprisonnent toujours les enfants violentés. 

Tout cela est donc important, mais ne suffit pas à guérir, parce que l’inceste agit sur le psychisme comme un poison sur le corps : de façon durable et particulièrement complexe. Et il faut donc, par un travail thérapeutique toujours long et douloureux, soigner progressivement toutes ses conséquences.  

Est-ce qu’une telle plateforme peut aider à la protection des enfants ?  

Cette plateforme est évidemment une initiative positive, mais elle ne touche pas aux problèmes auxquels se heurtent sur le terrain la protection des enfants. Une fois de plus, on les ignore. Les freins majeurs à la protection des enfants, en matière d’inceste, c’est la sacralisation des parents, qui rend plus que difficile, aux intervenants, de les penser coupables 

C’est le fait que les enfants parlent très rarement. Parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’ils ont subi, parce qu’ils ont peur qu’on ne les croie pas, veulent protéger leurs parents ou ont peur d’eux. 

Et c’est surtout le fait que, même quand ils parlent, il est toujours très difficile de faire reconnaître en justice leur parole comme preuve.  Donc pour reprendre un vieux slogan : "Ce n’est qu’un début, continuons le combat !". 

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