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C'est dans ma tête. Les disparitions

Les parents de la petite Maëlys ont appris, après une très longue attente, ce qui était arrivé à leur fille. Les disparitions sont extrêmement difficiles à vivre pour les familles, le temps est comme arrêté. Les traumatismes souvent profonds et douloureux.

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Des passants déposent des fleurs et des bougies à la mémoire de Maëlys de Araujo, le 15 février 2018 à Pont-de-Beauvoisin (Savoie).
Des passants déposent des fleurs et des bougies à la mémoire de Maëlys de Araujo, le 15 février 2018 à Pont-de-Beauvoisin (Savoie). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Après la disparition d’un proche, de très nombreuses familles continuent, des mois, voire des années après, à n’avoir aucune nouvelle de lui (ou d’elle) et disent à quel point c’est insupportable. Les parents de la petite Maëlys eux, ont appris le 14 février dernier, après une très longue attente, ce qui était arrivé à leur fille. Claude Halmos revient aujourd'hui sur les conséquences de cette tragique attente.              

Pourquoi ces disparitions sont-elles si difficiles à vivre ?  

Parce que la douleur, normale et déjà terrible, de la perte d’un être cher est, dans le cas d’une disparition, aggravée par le caractère soudain de cette perte (qui en fait un événement traumatique). Et par le fait que l’on ne puisse rien savoir de ce qui est arrivé. En fait la disparition crée non seulement un vide mais un véritable gouffre, dans lequel les proches risquent de sombrer.      

Le caractère soudain de la disparition et sa brutalité arrêtent le cours normal du temps

Les proches se trouvent confrontés à une sorte "d’arrêt sur image". Les parents par exemple dont l’enfant, un jour, n’est pas rentré de l’école, restent comme fixés à ce moment, obsédés par lui, avec très souvent l’impression qu’ils sont condamnés à rester là et à tourner en rond. Et puis, le fait que l’on ne sache rien de ce qui s’est passé, donne à la disparition un caractère irréel : le disparu s’est comme volatilisé. Et c’est très angoissant. D’une part parce que l’on peut imaginer tout, et surtout le pire. Et d’autre part parce que cela renvoie (inconsciemment) chacun à l’inquiétante "pensée magique" de sa toute petite enfance. Au temps où il croyait que les choses pouvaient apparaître ou disparaître, sans aucune intervention réelle, par la seule force de la pensée.  

Les proches peuvent aussi se sentir coupables ?  

Ils se sentent très souvent coupables. D’abord parce que l’on se sent toujours coupable de n’avoir pas pu préserver du malheur, ceux que l’on aime. Mais surtout, parce que se sentir coupable, c’est trouver un coupable, donc une explication. Et qu’une explication – même fausse – est toujours moins angoissante que le vide. Et puis la culpabilité est souvent, dans la réalité, aggravée par l’accueil que reçoivent les proches des disparus. Parce que, s’agissant des adolescents et des adultes, la police fait souvent d’abord l’hypothèse d’une fugue ou d’une disparition volontaires. Et pour les proches c’est terrible. Parce qu’ils ont l’impression qu’on leur dit qu’il n’est rien arrivé au disparu. Qu’il est seulement parti parce qu’il ne voulait plus les voir. C’est d’une violence extrême.  

Pourquoi est-ce un soulagement de retrouver la personne disparue, même si elle est morte ? 

Parce que l’on n’est plus devant le vide. Et parce que, à partir du moment où l’on peut donner une sépulture à la personne que l’on aimait, un processus commence, qui est celui du deuil. Un processus qui est toujours très douloureux, mais qui peut avoir une fin. La découverte du corps du disparu est, pour les proches, une très grande souffrance. Mais elle peut être aussi un facteur d’apaisement parce qu’elle remet le temps en marche.            

Des passants déposent des fleurs et des bougies à la mémoire de Maëlys de Araujo, le 15 février 2018 à Pont-de-Beauvoisin (Savoie).
Des passants déposent des fleurs et des bougies à la mémoire de Maëlys de Araujo, le 15 février 2018 à Pont-de-Beauvoisin (Savoie). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)