Pièces à conviction, France 3

"Pièces à conviction". Nos très chères ambassades

a revoir

Présenté parPatricia Loison

Diffusé le 20/04/2016Durée : 01h8

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Chaque année, c’est le même rituel, une rentrée des classes avant l’heure : celle des ambassadeurs français à l’Elysée, au cours de l'été. Avec pour chacun une feuille de route politique pour l’année à venir. C'est l'occasion pour "Pièces à conviction" de rencontrer l'ambassadeur de France en Chine, qui  accepte d'ouvrir à Alexandra Jousset les portes de cette représentation diplomatique.

Dans les coulisses d'une ambassade modèle

A Pékin, la toute nouvelle ambassade de France se dresse dans le quartier des affaires. Inaugurée en 2011, elle se veut exemplaire, symbole de la modernisation de notre diplomatie. Le bâtiment de 10 000 mètres carrés regroupe les représentants des grands ministères de l’Hexagone. Avec 311 agents et un budget annuel de 20 millions d’euros, c’est la deuxième ambassade française après celle des Etats-Unis. Ici, tout semble géré à l’euro près, sans gaspillage. C’est que les ambassadeurs français ont désormais pour mission de pratiquer une "diplomatie économique" : leur objectif premier, c’est d’aider les entreprises tricolores à décrocher des contrats.

Faut-il revoir les affectations dans nos ambassades ?

Mais tout n’est pas rose pour autant dans la gestion des représentations françaises à l’étranger par le Quai d’Orsay. Au cours de son enquête, "Pièces à conviction" a découvert que les ambassades stratégiques ne sont pas forcément celles qui ont le plus de personnel. En Chine, nous comptons six consuls et 22 chefs de service pour représenter la France. Est-ce suffisant ? Pourquoi, en 2015, avions-nous 169 représentants dans un petit pays comme Madagascar et seulement 93 au Mexique ? La répartition des personnels résulte-t-elle d’un choix stratégique du ministère ?

Pascal Terrasse, député PS, rapporteur du budget à l’Assemblée nationale, a rédigé un rapport en 2014. Il y dénonce l’organisation obsolète des ambassades : "La répartition des moyens humains ne paraît plus correspondre à la réalité du XXIe siècle. Nos postes en Europe et en Afrique sont surdotés en moyens humains tandis que ceux des pays émergents manquent cruellement d’effectifs", affirme-t-il. Officiellement, depuis 2013, la carte de nos ambassades serait en pleine révision, mais les changements se font attendre. Et ce n’est pas le seul problème. Alors que l’heure est aux économies dans tous les ministères, la France est toujours très généreuse avec ses compatriotes à l’étranger.

Les expatriés sont "chouchoutés"

Etienne Chapon, premier conseiller de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire, bénéficie des avantages des diplomates de haut rang. C’est le seul qui a accepté de montrer son logement de fonction à "Pièces à conviction". Il loge à quelques kilomètres de l’ambassade, à la Résidence de France, dans une villa de cinq pièces nichée au milieu d’un parc, avec vue imprenable sur la lagune. Il paie un loyer de 1 381 euros à l’Etat français. Pour l’éducation de ses enfants, il perçoit une aide financière de 600 euros par mois et par enfant. Au total, le ministère lui verse presque 15 000 euros par an pour la scolarité de ses deux fils. Hors personnel diplomatique à proprement parler, certains fonctionnaires reçoivent une indemnité quatre fois plus importante que leur salaire. Et elle est nette d’impôts…

Des primes exceptionnelles

A combien se montent les indemnités et primes des personnels d’ambassade ? "Pièces à conviction" a réussi à se procurer des documents confidentiels à ce sujet. Surprise, les montants varient fortement en fonction des pays. C’est l’ambassadeur d’Afghanistan qui perçoit l’indemnité la plus élevée : 29 380 euros par mois. Celui de Monaco a la plus basse : 6 104 euros. Pascal Terrasse découvre, grâce à "Pièces à conviction", le montant des indemnités de résidence d’un consul en Suisse : 11 722 euros par mois. Elle s’ajoute à son salaire et n’est pas soumise à l’impôt. "C’est énorme. C’est la loterie nationale", s’étonne le député PS, qui n’avait jusqu’à présent jamais réussi à avoir accès à ces chiffres. Selon les informations de "Pièces à conviction", le salaire d’un ambassadeur en fin de carrière est d’environ 6 000 euros net par mois. Mais l’indemnité qu’il perçoit est beaucoup plus importante. Cependant, dans nos ambassades, tous les employés ne sont pas au même régime. Une partie du personnel est recrutée localement, et coûte six fois moins cher. Quand le Quai d’Orsay a voulu réduire la voilure, ce sont surtout ces contrats locaux, moins onéreux que ceux des expatriés, qui ont été supprimés. Pourquoi ?

Une nouvelle caste : les "ambassadeurs thématiques"

En 2014, on comptait 199 ambassadeurs pour 163 ambassades. Le ministère des Affaires étrangères a donc trouvé une solution pour occuper ces hauts fonctionnaires sans affectation : ils sont nommés "ambassadeurs thématiques". Des ambassadeurs sans pays, chargés par exemple du sport ou de la lutte contre les mines antipersonnel. Parmi eux, on trouve un journaliste, un avocat et sept anciens hommes politiques. A quoi servent-ils exactement ? Nathalie Goulet, sénatrice UDI, en a fait son cheval de bataille : chaque année, depuis six ans, infatigable, elle dépose un amendement pour rendre public le coût réel de ces ambassadeurs. Sans succès. Pour elle, l’attribution de ces postes ressort du copinage politique… aux frais du contribuable. Pourtant, elle l’affirme, le Quai d’Orsay ne devrait pas être "une instance de recyclage des amis en mal d’exotisme".

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