Propos de Ségolène Royal dans "Paris Match" : la polémique en trois actes

Dans une interview à "Paris Match", la ministre de l'Ecologie lance quelques piques à certains membres du gouvernement. Mercredi, elle a accusé le magazine d'avoir sorti ses propos de leur contexte.

La ministre de l\'Ecologie, Ségolène Royal, répond à la presse après ses propos dans Paris Match, le 14 mai 2014, à la sortie du Conseil des ministres.
La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, répond à la presse après ses propos dans Paris Match, le 14 mai 2014, à la sortie du Conseil des ministres. (ALAIN JOCARD / AFP)

"Ceux qui veulent me museler se trompent. Oui, je parle. C'est ma liberté et je la garderai quoi qu'il arrive." Ségolène Royal tient à sa liberté de parole. La ministre de l'Ecologie le prouve dans une interview au magazine Paris Match, à paraître jeudi 15 mai, et dont l'essentiel a fuité dès mercredi. La ministre n'hésite pas à critiquer ouvertement le tandem de Bercy, le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, et le ministre des Finances, Michel Sapin. Moins de deux mois après sa nomination au ministère de l'Ecologie, ses déclarations tranchent avec la cohésion voulue par le Premier ministre, Manuel Valls

Pourtant, à la sortie du Conseil des ministres, Ségolène Royal a nuancé ces propos et assuré que les ministres sont "très solidaires les uns des autres". Elle a ensuite accusé Paris Match d'avoir sorti ses propos de leur contexte. Retour sur cette polémique en trois actes.

Acte 1 : elle tacle des ministres

Dans Paris Match, la ministre dénonce les "boules puantes", la "condescendance", le "mépris", selon elle, de certains de ses collègues du gouvernement. Elle s'offusque des "procès en incompétence" qui lui seraient faits au sein d'une classe politique "majoritairement composée de machos sûrs de leur bon droit". Mais l'ancienne candidate à la présidentielle ne compte pas se laisser faire : "Je suis à ce poste parce que je suis compétente. Peut-être même la plus compétente."

Elle affiche son désaccord sur le retour d'une taxe sur les poids lourds, solution défendue par Michel Sapin. Elle accuse d'ailleurs le ministre des Finances de duplicité : "Michel Sapin a une position institutionnelle qui colle, comme par hasard, à celle de la commission parlementaire présidée par le député Jean-Paul Chanteguet, dont il est le suppléant. Ce qu'il m'avait caché. Il a fallu que je le découvre par hasard", explique-t-elle. La ministre de l'Ecologie continue de refuser une "écologie punitive", évoquant la possibilité d'un "accord à l'amiable" avec la société Ecomouv', qui était chargée de collecter l'écotaxe et avait investi en ce sens.

Sur Alstom, Ségolène Royal affirme aussi son profond désaccord avec Arnaud Montebourg, qui pousse l'offre de reprise de Siemens. Elle estime que General Electric propose "le meilleur projet industriel".

Acte 2 : elle assure le gouvernement de sa "solidarité"

A la sortie du Conseil des ministres, mercredi, changement de ton. Ségolène Royal affirme devant la presse "sa solidarité" avec le gouvernement : "Nous sommes sur la même longueur d'onde et nous travaillons collectivement."  Et pour soutenir son propos, la ministre de l'Ecologie explique qu'"Arnaud [Montebourg] et Michel [Sapin] sont deux amis" avec qui elle "travaille très bien".

Selon elle, les propos reproduits dans Paris Match "sont sortis de leur contexte". Interrogée précisément sur sa tirade au sujet de Michel Sapin, Ségolène Royal rétorque : "Je ne me souviens pas d'avoir dit des choses comme ça, (…) si ce n'est sur le ton de la plaisanterie". "Je ne me laisserai pas ni dégrader ni ballotter par des déclarations de presse, je suis au travail", conclut-elle.

Acte 3 : "Paris Match" maintient les propos tenus

 

Interrogée par L'Express, la journaliste de Paris Match Virginie Legay, qui a réalisé l'interview de Ségolène Royal, réagit à l'accusation de la ministre. "Je ne sais pas de quel contexte madame Royal parle, mais les règles étaient claires et établies." 

L'Express rappelle aussi que ce n'est pas une première pour Ségolène Royal. Le Point avait révélé en septembre 2013 cette phrase de la présidente de la région Poitou-Charentes : "Au gouvernement, je leur ferais de l'ombre." Une affirmation démentie par la principale intéressée, comme le rapporte France 3 Poitou-Charentes. La journaliste du Point Charlotte Chaffanjon avait maintenu sur LCI les propos rapportés dans l'article : "Je maintiens à 100%, à 200% (...). Elle n'est pas contente parce qu'elle n'a pas relu les propos."