Trois questions sur les enregistrements de Patrick Buisson à l'insu de Sarkozy

La publication d'enregistrements de réunions à l'Elysée et de conversations privées, réalisés par le très controversé conseiller de l'ancien président, plonge la droite dans la tourmente.

A gauche, Nicolas Sarkozy le 6 mars 2012 à Paris ; à droite, son ancien conseiller Patrick Buisson, le 15 octobre 2012 dans la capitale également. 
A gauche, Nicolas Sarkozy le 6 mars 2012 à Paris ; à droite, son ancien conseiller Patrick Buisson, le 15 octobre 2012 dans la capitale également.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Voilà qui tombe très mal pour l'UMP, à 18 jours des municipales. La publication dans la presse, mercredi 5 mars, d'extraits d'enregistrements réalisés par Patrick Buisson, l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, pendant le précédent quinquennat plonge la droite dans la tourmente. L'affaire ne devrait pas non plus arranger l'ancien président, qui masque de moins en moins son envie de revenir en politique. Francetv info revient sur cette affaire potentiellement explosive en trois questions.

Que contiennent ces enregistrements ? 

Selon Le Point, premier média à avoir révélé l'affaire début février, ils ont été réalisés par Patrick Buisson à l'aide d'un dictaphone "dissimulé" dans sa poche. Le Canard enchaîné et le site Atlantico confirment. Au total, le conseiller controversé du président, proche de l'extrême droite, a enregistré "des heures et des heures de réunions stratégiques", concernant notamment la campagne présidentielle de 2012. Des conversations privées y figurent aussi. Le Canard parle de "centaines d'heures" captées par l'appareil de Buisson et "soigneusement rangées dans la mémoire de son ordinateur personnel".

Parmi les extraits diffusés dans la presse figure une réunion à l'Elysée datant du 27 février 2011, juste avant l'annonce du remaniement. Dans un premier temps, Patrick Buisson avait nié en bloc les informations du Point. Mais son avocat, Gilles-William Goldnadel, a finalement confirmé l'authenticité de cet enregistrement, publié par Le Canard enchaîné. Dans ces discussions entre Nicolas Sarkozy et six de ses proches conseillers, plusieurs ex-ministres, dont Brice Hortefeux (Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Affaires étrangères) et Roselyne Bachelot (Santé), en prennent pour leur grade

Dans un autre enregistrement réalisé la veille, le 26 février, et révélé par Atlantico, on apprend que Nicolas Sarkozy avait envisagé Alain Juppé pour remplacer François Fillon au poste de Premier ministre. Le même jour, une conversation privée entre le chef de l'Etat et son épouse Carla Bruni est captée à la Lanterne, à Versailles (Yvelines). La Première dame s'y amuse d'''entretenir" son président de mari

Dans quel but Patrick Buisson les a-t-il réalisés ?

C'est bien sûr toute la question. Selon l'avocat de l'ancien conseiller, ces enregistrements constituaient en quelque sorte des notes de travail. Daprès Gilles-William Goldnadel, Patrick Buisson, "en tant qu'intervenant essentiel de ces réunions, ne pouvait prendre des notes écrites. Il utilisait ces enregistrements pour préparer la réunion suivante. Ils étaient détruits au fur et à mesure sauf manifestement quelques-uns qui ont été dérobés et dont il est fait présentement un usage extravagant et pervers."

 
FRANCE 3

Jean-Sébastien Ferjou, le directeur de la publication du site internet Atlantico, réfute cette idée. Selon lui, Patrick Buisson ne cachait pas l'existence des enregistrements auprès de son entourage. "Ce qu'il disait à ses très très proches, c'est que ça ne pouvait pas nuire d'avoir des éléments sur les uns ou sur les autres dans le cadre des tentatives de déstabilisation. (...) Très clairement, auprès de ce petit cercle d'intimes, il ne les présentait pas comme un outil de travail. C’était clairement une assurance-vie pour lui, dans la mesure où Patrick Buisson savait qu'il avait beaucoup d'ennemis", argumente-t-il. 

FRANCE 2

De son côté, Le Canard enchaîné présente Patrick Buisson comme un "maniaque de l'espionnage". L'hebdomadaire satirique cite un de ses collaborateurs : "C'est pathologique chez lui. Une manière de ménager son avenir."

Le fils de Patrick Buisson, contacté par Le Point, avait interrogé son père sur l'enregistrement d'une conversation entre Nicolas Sarkozy et Henri Guaino. "Il m'a répondu que c'était pour un éventuel livre sur la période. Il a ajouté, de mémoire : 'Ça peut toujours servir.'", témoigne Georges Buisson.

Quelles suites judiciaires ? 

Gilles-William Goldnadel, l'avocat de Patrick Buisson, précise que "la publication par Le Canard enchaîné du verbatim de l'enregistrement d'une réunion à l'Elysée ne change en rien la plainte déposée [par son client] contre l'hebdomadaire Le Point le 21 février". "En effet, le fait que M. Buisson aurait pu faire un usage clandestin, malveillant et systématique de ce qui n'était qu'un enregistrement de travail relève de la diffamation", ajoute-t-il.

Quid des personnes enregistrées ? Pour avoir procédé à ces enregistrements à l'insu de Nicolas Sarkozy et de ses proches, Patrick Buisson risque jusqu'à un an d'emprisonnement, selon l'article 226-1 du Code pénal. "J'imagine que les personnes concernées vont porter plainte", a suggéré, mercredi, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

Le principal intéressé, Nicolas Sarkozy, n'a pas encore fait connaître sa décision. Selon son entourage, cité par le journaliste de France 2 Guillaume Daret, l'ancien chef de l'Etat "se laisse le temps de la réflexion quant au dépôt d'une éventuelle plainte contre Patrick Buisson". Mais d'après Le Canard enchaîné, Nicolas Sarkozy n'a pas manqué de faire savoir à son ex-conseiller qu'il était "furieux".