Après son renoncement, à quoi va ressembler la fin du quinquennat de François Hollande ?

Même si ses derniers mois à l'Elysée risquent d'être occultés par la présidentielle, le chef de l'Etat peut en profiter pour gérer quelques dossiers ou défendre son bilan.

Le président de la République, François Hollande, le 1er décembre 2016 à l\'Elysée.
Le président de la République, François Hollande, le 1er décembre 2016 à l'Elysée. (LIONEL BONAVENTURE / POOL)

Ambiance de fin de règne ou retour en grâce ? Après son renoncement surprise à la présidentielle, jeudi 1er décembre, comment François Hollande compte-t-il gérer ses derniers instants à l'Elysée ? Libéré (au moins officiellement) des contraintes politiciennes, l'actuel président de la République devrait pouvoir se consacrer entièrement à sa tâche. Mais aussi en profiter pour se refaire une popularité. Franceinfo dresse le programme du chef de l'Etat pour les mois à venir.

Quelques dossiers à suivre, mais avec des marges de manœuvre limitées

"Ces cinq mois seront des mois utiles, des mois forts, des mois de décisions, des mois de mise en œuvre des politiques", veut croire Michel Sapin. "Pas des mois pour attendre que la fin du quinquennat arrive", a affirmé le ministre de l'Economie et des Finances, lors d'une conférence de presse à Moscou (Russie). Mais concrètement, que peut encore faire le président ?

Sur le plan intérieur, les derniers mois du quinquennat devraient être en grande partie éclipsés par la présidentielle. Année électorale oblige, l'Assemblée nationale et le Sénat achèvent leurs travaux la semaine du 20 février. Après cette date, il sera donc impossible pour le gouvernement de faire voter la moindre loi. D'ici là, quelques textes doivent poursuivre leur parcours parlementaire, sur des thématiques aussi variées que l'égalité réelle Outre-Mer, la montagne, le statut de Paris ou l'égalité et la citoyenneté. Deux autres projets importants doivent encore être présentés en conseil des ministres : la prorogation de l'état d'urgence et un projet de loi sur la sécurité publique reprenant les mesures promises par Bernard Cazeneuve après le mouvement de contestation des policiers.

"Il y a suffisamment de sujets internationaux et même parfois nationaux qui appellent l'intervention du président", confiait François Hollande à l'AFP, il y a quelques semaines, en évoquant l'hypothèse d'une non-candidature. La fin de son mandat devrait, en effet, être marquée par ce qui constitue son domaine réservé, la politique étrangère. Les sujets ne manquent pas : à la mi-janvier, il doit participer au 27e sommet Afrique-France "pour le partenariat, la paix et l'émergence", à Bamako (Mali). Sur le plan européen, les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE doivent débuter avant la fin mars. Et François Hollande restera, bien sûr, le chef des armées dans un contexte où la France engage plus de 8 000 militaires à l'étranger et 7 000 sur le territoire national dans le cadre de l'opération Sentinelles.

Une campagne électorale dans laquelle s'impliquer (ou pas)

C'est la grande inconnue des prochaines semaines. Nul ne sait quelle attitude François Hollande observera durant la campagne de la primaire de la gauche. Jeudi soir, lors de son allocution, il n'a pas donné beaucoup de pistes, se bornant à appeler à "un sursaut collectif et qui engage tous les progressistes qui doivent s'unir".

Soutiendra-t-il ouvertement Manuel Valls, qui fait figure de candidat naturel et d'héritier de sa ligne politique ? Préférera-t-il se taire, campé dans le rôle d'un président situé au-dessus des partis ? A moins que le naturel revenant au galop, il ne puisse s'empêcher d'intervenir en sous-main, tel un ancien Premier secrétaire du Parti socialiste.

Les positions exprimées par ses proches ne permettent pas vraiment d'en savoir davantage. Parmi ses fidèles, tout le monde n'est pas sur la même ligne. Michel Sapin semble prêt à se ranger derrière Manuel Valls. C'est en tout cas ce qu'il affirmait, le mois dernier, en évoquant l'hypothèse d'un renoncement de François Hollande. Mais d'autres seraient tentés de lorgner du côté d'Emmanuel Macron. "Si vous saviez le nombre de socialistes qui m'ont dit qu'ils [le] préféraient à Manuel Valls… Si Hollande n’est pas candidat, Macron rassemblera une grande partie de la gauche sociale démocrate", confiait un proche du président à Paris Match, il y a quelques jours.

Un bilan à défendre pour redorer son blason

Lors de son allocution, jeudi soir, François Hollande a longuement défendu son bilan avant de dévoiler sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat. Un prélude du message que le président tentera de faire passer dans les prochains mois ? Dès jeudi soir, il a tenu à se présenter comme un président intègre et humble. "Le pays, depuis plus de quatre ans et demi, je l'ai servi avec sincérité, avec honnêteté", a-t-il déclaré, après avoir fait son mea culpa sur la déchéance de nationalité.

Sa mise en retrait peut-elle lui permettre de terminer son mandat sur une note positive, et le rendre un peu moins impopulaire qu'il ne l'est actuellement ? "L'intensité de rejet, à droite et dans une partie de la gauche, devrait logiquement baisser car il ne sera plus considéré comme l'adversaire politique", souligne auprès de franceinfo le directeur d'Ipsos, Brice Teinturier. Même s'il faut rester prudent, car une partie de la gauche peut aussi se montrer déçue d'avoir perdu un candidat."

Pour le politologue Jérôme Fourquet, interrogé par l'AFP, cette situation "est une occasion d'essayer de rehausser sur le tard son bilan et son image, en montrant que s'il avait raté son quinquennat, il pouvait réussir sa sortie". Le sondeur de l'Ifop, Frédéric Dabi, estime que François Hollande pourra, au cours de cette période, "jouer sur les symboles", en particulier ceux qui lui ont manqué : "L'autorité, la présidentialité, et la capacité à montrer qu'il pouvait incarner la fonction."

Même hors de la mêlée politicienne, François Hollande "gardera auprès des Français une capacité d'écoute politique et d'influence qui nous sera bien utile, et bien utile à la gauche", veut croire son ami Bernard Poignant. Un moindre mal pour le président le plus impopulaire de la Ve République ?