Présidentielle : "Difficile pour François Hollande de ne pas soutenir Anne Hidalgo", analyse le politologue Rémi Lefebvre

La candidate PS à l'élection présidentielle, Anne Hidalgo, était en visite dans le fief de François Hollande à Tulle en Corrèze samedi 6 novembre. 

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Radio France
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L'ancien président de la République François Hollande reçoit la candidate du PS à l'élection présidentielle de 2022, Anne Hidalgo, à Tulle le 6 novembre 2021. (PASCAL LACHENAUD / AFP)

"C'est difficile pour François Hollande de ne pas soutenir Anne Hidalgo", a déclaré sur franceinfo samedi 6 novembre, Rémi Lefebvre, politologue et professeur de sciences politiques à l'université de Lille, après que l'ancien président a accueilli la candidate socialiste dans son fief de Tulle en Corrèze, lui affichant publiquement son soutien alors que la maire de Paris connaît un début de campagne difficile.

franceinfo : François Hollande était-il obligé d'accueillir Anne Hidalgo comme il l'a fait ?

Rémi Lefebvre : C'est difficile pour lui de ne pas soutenir Anne Hidalgo. La question est celle du curseur de son soutien. Pour l'instant, il a un soutien incontestable mais on voit bien qu'il n'a pas un enthousiasme débordant pour cette candidature. Il n'a pas vraiment ménagé Anne Hidalgo dans son dernier ouvrage et on peut supputer une forme de calcul de l'ancien président de la République qui serait d'apparaître comme un recours, si Anne Hidalgo persistait à un niveau faible dans les sondages, il y a de l'ambigüité.

C'est d'ailleurs toute la difficulté de l'exercice. Est-ce que Anne Hidalgo a intérêt à s'afficher avec lui ?

François Hollande est assez repoussoir pour une partie de l'électorat, il ne faut pas oublier que son bilan présidentiel est plutôt mauvais, il a été massivement rejeté. Anne Hidalgo a par ailleurs toujours été distante à l'égard de François Hollande, donc il y a quelque chose d'un peu ambivalent dans ce rapprochement. On a l'impression qu'Anne Hidalgo ne peut pas faire l'économie de ce soutien mais que ce n'en est pas vraiment un.

Vous partagez l'avis de François Hollande qui dit que c'est un bon signe d'avoir 5% d'intentions de vote dans les sondages aujourd'hui et que ça ne peut que progresser ?

C'est très clairement excessif. Mais il a sans doute raison quand il dit que les jeux ne sont pas faits. La campagne se cristallise en janvier, c'est à ce moment-là que les choses se décantent. Pour l'instant, on est dans une phase de pré-campagne, mais il n'en demeure pas moins que la base électorale, au moins sondagière, d'Anne Hidalgo est quand même très étriquée. Et c'est finalement à l'image de ce qu'est devenu le Parti Socialiste, c'est-à-dire un parti secondaire dans la vie politique, c'est incontestable. Je ne m'étonne pas de ce score, c'était le score du PS aux élections européennes, c'est le score aux élections régionales si on considère l'abstention. Il y a eu un malentendu sur ce scrutin, ce sont les sortants qui ont été élus, pas une percée du Parti Socialiste.

La Corrèze est une terre de présidents. C'est aussi ce que vient chercher Anne Hidalgo ?

Bien évidemment. Le handicap principal d'Anne Hidalgo, c'est son image de parisienne, dans un contexte où les inégalités territoriales et l'attente de proximité sont très fortes. Donc, ce que va essayer de faire Anne Hidalgo dans les prochaines semaines, c'est de corriger cette image d'élue parisienne, en cherchant la proximité, comme elle le fait déjà avec tous les maires des grandes villes socialistes qu'elle a réussi à enrôler derrière sa candidature. C'est donc la carte que va jouer Anne Hidalgo, mais c'est aussi la carte jouée par d'autres candidats comme Xavier Bertrand ou Arnaud Montebourg. C'est un peu une figure imposée mais pas sûr que ce soit si rentable sur le plan électoral.

Pourquoi n'est-elle pas audible en ce moment ? La droitisation du débat y est pour quelque chose ?

La droitisation du débat public est absolument incontestable. On ne parle que de Zemmour depuis des semaines. Aujourd'hui, l'agenda politique est structuré et polarisé autour des questions comme l'immigration, la sécurité, l'islam. Il est très difficile pour une candidate de gauche dans ce contexte de se faire entendre. Il y a aussi une telle cacophonie à gauche qu'il est d'autant plus difficile d'exister, plein de candidats essaient de s'exprimer. On l'a vu avec Yannick Jadot sur les chasseurs ces derniers jours. L'espace politique à gauche est très concurrentiel. Et toutes ces raisons expliquent les difficultés d'Anne Hidalgo de percer dans les sondages.

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