La carrière mouvementée de Manuel Valls depuis son départ de Matignon

Manuel Valls n'a pas chômé depuis 2016 : député PS puis LREM, il a ensuite été conseiller municipal à la mairie de Barcelone. Il deviendra bientôt chroniqueur politique à la télévision française.

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L'ancien Premier ministre Manuel Valls assiste à une réunion du Medef, le 27 août 2020, à Paris.  (DANIEL PIER / NURPHOTO)

Une nouvelle vie commence pour Manuel Valls. Encore. A la rentrée, l'ancien poids lourd du Parti socialiste va devenir chroniqueur sur BFMTV et RMC. Depuis son départ de Matignon, en décembre 2016, l'ancien Premier ministre de François Hollande n'a eu de cesse d'endosser de nouveaux costumes, changeant de camp et même de pays. Franceinfo retrace cet itinéraire mouvementé. 

Le candidat battu à la primaire de la gauche

En décembre 2016, Manuel Valls démissionne de Matignon, après que François Hollande a annoncé qu'il renonçait à briguer un nouveau mandat. Il entend dès lors lui succéder à l'Elysée. Une première dans l'histoire de la Ve République. Le socialiste participe à la primaire de la gauche, à laquelle il n'était pourtant pas favorable. Enfariné à Strasbourg, giflé à Lamballe... Le candidat connaît une campagne compliquée. Arrivé près de cinq points derrière Benoît Hamon au premier tour avec 31% des voix, il est largement battu au second,fin janvier, de plus de 17 points, avec 41,3% des suffrages.

Le socialiste soutien d'Emmanuel Macron

La règle de la primaire était claire : en y participant, les prétendants s'engageaient à soutenir le vainqueur. Manuel Valls fait fi de la consigne. Le 29 mars, sur le plateau de BFMTV, il appelle à voter pour Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle. Le même jour, dans un entretien à L'Obs (article pour les abonnés) cette fois, il se dit même prêt à travailler avec François Fillon et à "trouver des compromis", dans l'hypothèse d'une victoire du candidat de la droite. Au lendemain du premier tour de la présidentielle, Manuel Valls confirme son soutien à Emmanuel Macron, arrivé en tête. "Nous devons être prêts à le soutenir, à l'aider, à participer à cette majorité", dit-il, s'adressant à sa famille politique. Son refus de soutenir Benoît Hamon lui vaut l'ouverture en avril d'une procédure disciplinaire en vue de son exclusion du PS.

Le député PS qui passe chez LREM

La présidentielle passée, s'ouvre la page des législatives en juin 2017. Manuel Valls est candidat à sa réélection dans l'Essonne. Mais le député PS sortant souhaite obtenir l'investiture de La République en marche. "Je serai candidat de la majorité présidentielle", annonce-t-il même un peu vite sur RTL en mai. Le mouvement lancé par Emmanuel Macron ne l'entend pas de cette oreille. Ayant déjà effectué trois mandats parlementaires, l'ex-Premier ministre ne répond pas aux critères fixés par LREM. Sa demande est donc rejetée. Manuel Valls bénéficie néanmoins d'un traitement de faveur : LREM n'aligne aucun candidat dans sa circonscription.

Manuel Valls est réélu d'une très courte tête, avec 50,3% des suffrages exprimés. Il ne compte que 139 voix d'avance sur la candidate de La France insoumise, Farida Amrani, soutenue par... Benoît Hamon. Celle-ci revendique également la victoire et réclame un recomptage de votes. Son recours est toutefois rejeté par le Conseil constitutionnel. Une dizaine de jours à peine après sa réélection, Manuel Valls annonce qu'il change de camp : le socialiste rejoint le groupe LREM à l'Assemblée, en tant que député apparenté. Le ralliement fait des vagues au sein de la majorité présidentielle.

Le député n'est pas des plus assidus. Il ne participe qu'à 5% des votes en moyenne, soit l'élu du groupe LREM le moins présent, selon Les Jours (article pour les abonnés). Il ne dépose aucun amendement et n'intervient que 26 fois en séance, "deux fois moins que la moyenne des parlementaires", évalue Capital.

Le prétendant déçu à la mairie de Barcelone

Après avoir fait durer le suspense pendant des mois, Manuel Valls annonce, en septembre 2018, sa candidature aux élections municipales... de Barcelone, ville où il est né en 1962. Celui qui a fait toute sa carrière politique en France entend ainsi la poursuivre en Espagne. Début octobre, il présente sa démission à l'Assemblée nationale et fait ses adieux devant un hémicycle agité. Après l'obtention de son passeport espagnol, il déclare sur France 2 partir "sans aucune amertume et sans aucun regret". Le livre qu'il publie annonce la couleur : Barcelona, vuelvo a casa ("Barcelone, je rentre à la maison").

Lors d'une conférence de presse, Manuel Valls affirme que "venir ici n'est pas une posture" et que, "quoi qu'il arrive" aux municipales, il ne quittera pas la capitale catalane, rapporte El Pais (article en espagnol). En mai 2019, sa liste arrive en quatrième position des municipales barcelonaises, avec 13,2% des voix. Manuel Valls est élu conseiller municipal de la ville catalane. "Ma candidature était un défi difficile, et je le savais depuis le début. Mais maintenant, mon engagement pour Barcelone continue", assure-t-il après sa défaite, cité par Le Figaro (article pour les abonnés).

Le nouveau chroniqueur politique

Depuis l'Espagne, Manuel Valls garde un œil sur Paris. Dès mars 2020, le conseiller municipal barcelonais affirme dans une interview au Monde ne pas avoir "rompu avec la politique française" et vouloir être "utile" à Emmanuel Macron, tout en se disant "candidat à rien". Manuel Valls dit vouloir partager ses "réflexions" sur ses thèmes de prédilection. A 57 ans, il considère ne pas être "totalement terminé".

Un an plus tard, il précise ses intentions dans un nouveau livre, Pas une goutte de sang français, paru en mars. Il y confirme vouloir peser dans le débat public français, à l'occasion de la présidentielle. "Quiconque a exercé des responsabilités ne peut qu'être frustré de ne pas participer directement à la lutte contre cette pandémie, de voir les erreurs qui ont pu être commises ou d'assister à des injonctions contradictoires", explique-t-il dans un entretien au Point

En mai, "préoccupé par la situation en France", Manuel Valls saute le pas : il annonce sa prochaine démission du conseil municipal barcelonais"Maintenant, je sais que je suis majoritairement français : dans mes valeurs, dans ma façon de penser et de faire de la politique", explique-t-il, cité par El Periodico (article en espagnol)

Enchaînant les interviews pour son livre, donnant son avis sur la politique française, Manuel Valls crée de nouveaux remous à gauche. Lors des élections régionales, l'ancien maire d'Evry appelle à voter pour la candidate de la droite Valérie Pécresse en Ile-de-France, pour faire battre la liste d'union de la gauche, suscitant un tollé au PS et chez La France insoumise.

Si certains l'imaginent alors amorcer son retour en politique à l'occasion de la prochaine élection présidentielle, c'est finalement du côté des médias qu'il entend s'exprimer et peser. A la rentrée de septembre, il deviendra chroniqueur politique sur BFMTV et RMC. Une fois par semaine, il débattra avec Alain Duhamel dans l'émission "BFM Story". Il sera aussi, là encore de manière hebdomadaire, dans la matinale d'Apolline de Malherbe sur RMC.

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