Primaire à droite : la position de François Fillon sur l'avortement est-elle aussi ambiguë que le prétend Alain Juppé ?

Le député de Paris est attaqué, mardi, par son rival Alain Juppé pour ses positions supposées ambiguës sur l'IVG. 

Le candidat au second tour de la primaire à droite François Fillon, le 22 novembre 2016 à Paris.
Le candidat au second tour de la primaire à droite François Fillon, le 22 novembre 2016 à Paris. (THOMAS SAMSON / REUTERS)

"Que François Fillon clarifie sa position sur l'avortement", a exhorté, mardi 22 novembre, son rival à la primaire à droite, Alain Juppé, sur Europe 1. Devancé de 16 points par le député de Paris lors du premier tour à droite, le maire de Bordeaux a décidé de faire de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) un marqueur de l'entre-deux-tours pour tenter de rattraper son retard. "Jamais je n'aurais pu penser que mon ami (...) tombe aussi bas", a répliqué son rival dans la foulée, lors d'un déplacement à Viry-Châtillon (Essonne)..

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Soutenu par Sens commun, l'émanation politique de la Manif pour tous, opposée à l'IVG, François Fillon est-il vraiment ambigu sur l'avortement ? Franceinfo revient sur la position du candidat. 

Personnellement opposé à l'IVG, mais contre une réécriture de la loi 

François Fillon l'a expliqué en meeting dans les Yvelines le 22 juin, sous forme de mea-culpa. "J'ai écrit, dans mon livre, que l'avortement était un droit fondamental, a-t-il affirmé. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est que c'est un droit sur lequel personne ne reviendra."

Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l'avortement.François Fillonen meeting, le 22 juin 2016

Une position réaffirmée face à la journaliste Léa Salamé lors de son passage à "L'Emission politique", le 27 octobre. "Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l'avortement, a-t-il martelé. Je n'ai pas à m'expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l'intérêt général. Je considère que l'intérêt général, ce n'est pas de rouvrir ce débat".

Des positions floues en tant que député

En tant que député, le "Thatcher de la Sarthe", comme il est parfois surnommé pour ses positions conservatrices et libérales, a eu plusieurs fois l'occasion de s'exprimer sur le sujet de l'avortement... Parfois avec versatilité.  

En novembre 2014, le député de Paris faisait partie des 27 députés UMP à voter pour la résolution réaffirmant le droit fondamental à l'IVG. Lors de l'étude du projet de loi, neuf mois plus tôt, il avait lourdement critiqué la volonté du gouvernement d'instaurer un amendement supprimant la notion de "détresse" permettant d'assouplir les conditions d'avortement. Sur son blog, François Fillon dénonçait alors une "faute morale et politique".

En choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l’IVG, le gouvernement fait une faute morale et politique. Faute morale car il risque de 'banaliser' l’avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester 'l’exception'. Faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français.François Fillonsur son blog

Malgré ces déclarations, François Fillon s'est bien gardé de voter contre cet amendement, préférant, le jour du vote, jouer aux abonnés absents, rappelle le site Terrafemina. A ce jour, l'ancien Premier ministre n'a donc pas montré de volonté réelle de remettre en cause cet acquis en cas d'élection à l'Elysée.

Reste à savoir si ses soutiens traditionalistes influenceront à l'avenir ce positionnement. "On ne peut malheureusement pas appuyer sur un bouton et faire disparaître l’IVG, expliquait, début septembre, le président de Sens commun, Christophe Billan, dans l'hebdomadaire Témoignage chrétien. Celui qui dit ça aujourd’hui sait très bien que ça ne se fera pas demain. Il faut faire un travail de reconquête intellectuelle, culturelle et spirituelle pour pouvoir aller plus loin. Et pour ça, une fois encore, il faut les digues que nous entendons bâtir aux côtés de François Fillon."