Sondage négatif, départs du parti, risque de scission à l'Assemblée... Comment Laurent Wauquiez a été contraint de quitter la tête des Républicains

Au cœur d'une tempête politique depuis une semaine, Laurent Wauquiez a annoncé, dimanche soir, qu'il quittait son poste de président de parti. Franceinfo revient sur les raisons qui l'ont poussé vers la sortie.

Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, lors d\'un meeting pour les élections européennes, le 15 mai 2019 à Paris.
Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, lors d'un meeting pour les élections européennes, le 15 mai 2019 à Paris. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

"Ma décision ce soir, c'est une décision qui est mûrement réfléchie. J'ai décidé de prendre du recul. Je me retire de mes fonctions de président des Républicains." Une semaine après la déroute de sa formation politique aux élections européennes, Laurent Wauquiez a annoncé, dimanche 2 juin sur TF1, sa démission du poste de président des Républicains.

Une décision qui intervient après sept jours de crise ouverte au sein de la formation de droite, sonnée par les 8,48% des voix récoltées par la liste menée par François-Xavier Bellamy. Franceinfo revient sur cinq épisodes qui ont poussé celui qui se rêvait en champion d'une droite décomplexée à passer la main.

Des appels à la démission qui se multipliaient

Dès le lendemain des résultats des européennes, plusieurs figures des Républicains se sont succédé devant les micros pour demander plus ou moins ouvertement la tête de Laurent Wauquiez, jugé responsable de cet échec. "Si j'étais à sa place, et vu la situation, sans doute que je démissionnerais", a assuré sur RTL Valérie Pécresse, souvent présentée comme une possible alternative à la tête du parti de droite. Sur France 2, elle a rappelé que Nicolas Sarkozy avait "pris très courageusement et avec beaucoup de panache la décision de démissionner" après un résultat pourtant meilleur (13%) aux européennes de 1999.

"J'espère qu'à sa place j'aurais démissionné",  a également déclaré Bruno Retailleau. Plus tempéré, Gérard Larcher n'a "appelé à la démission de personne", mais le président du Sénat a relevé que Laurent Wauquiez faisait face à un "sacré défi" qui demande de se "remettre très profondément en question". Il a par ailleurs lancé l'idée d'un "travail de reconstruction collective" auquel il a convié le président du parti, mais aussi plusieurs des figures citées comme des successeurs potentiels, dont Valérie Pécresse et Xavier Bertrand.

Un sondage qui plombait son image

Les résultats d'un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche n'a rien arrangé aux affaires de l'ancien député de Haute-Loire. Seuls 30% des personnes interrogées dans cette étude estimaient que Laurent Wauquiez incarne bien la "droite d'aujourd'hui". Soit deux fois mois que Nicolas Sarkozy (60%), et loin derrière Marine Le Pen (51%) ou encore Emmanuel Macron (42%). Le président des Républicains, également devancé par Xavier Bertrand (48%) et Valérie Pécresse (46%), arrive bon dernier de la liste des personnalistés soumises aux sondés. Toujours selon ce sondage, son parti est également jugé moins crédible que La République en marche et le Rassemblement national sur neuf thématiques allant de l'immigration à l'amélioration du pouvoir d'achat en passant par l'écologie, c'est-à-dire la totalité des thématiques abordés par ce sondage.

L'idée d'une primaire pour 2022 relancée

Même chez ceux qui ne voulaient pas renverser Laurent Wauquiez, le résultat des européennes semble précipiter la réflexion sur le futur. "Il faut que les présidentiables se voient et se mettent d'accord sur la façon de choisir notre candidat à la présidentielle", assurait ainsi Daniel Fasquelle, trésorier du parti, au Journal du dimanche. Le député du Pas-de-Calais plaide, en l'occurrence, pour des primaires internes au parti. Sinon, "chacun a tendance à faire son propre mouvement — Force républicaine, Libres !, la Manufacture… On va continuer à s'éparpiller et le danger est que Les Républicains finissent par se résumer à un mouvement de soutien à la candidature de Wauquiez".

Une droite pro-Macron qui tente de profiter de l'échec européen

Mardi, deux jours après la débâcle, les responsables d'Agir ont appelé les élus locaux de LR à les rejoindre, dans un document révélé par Le Monde. Cette formation est composée d'anciens des Républicains, qui ont fait alliance avec La République en marche : son président, Franck Riester, est désormais ministre de la Culture. Dans son texte, Agir se revendique de "l'héritage des pères fondateurs de l'UMP" et tente de séduire les mécontents de la ligne impulsée par Laurent Wauquiez : "Nous affirmons que le centre-droit et la droite pro-européenne, libérale, humaniste et écologiste n'ont pas disparu." Autre transfuge de la droite entré au gouvernement, le ministre des Collectivités territoriales Sébastien Lecornu a également appelé les maires de droite à "quitter Les Républicains" dans Le Journal du dimanche, dimanche.

Vendredi, les anciens LR d'Agir ont fait leur première prise : le maire de Quimper Ludovic Jolivet, qui a annoncé son ralliement à Agir, et déploré que son ancien parti se soit placé "ostensiblement dans le sillage des populistes". Dimanche, deux élus des Hauts-de-Seine ont par ailleurs annoncé qu'ils allaient quitter le parti, sans pour autant rejoindre une autre formation : le maire de Saint-Cloud, Eric Berdoati, par ailleurs président du groupe LR au conseil départemental, dans Le Journal du dimanche ; et le maire de Chaville, Jean-Jacques Guillet, sur Twitter.

Un risque d'implosion à l'Assemblée 

Selon les informations de franceinfo, une vingtaine de députés Les Républicains envisageaient également de porter un nouveau coup au parti en quittant son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, pour créer leur propre groupe. Une scission qui pourrait intervenir dès la semaine du 3 juin. Reconnaissant être des "seconds couteaux", ils refusaient de se ranger derrière d'autres figures du parti qui pourraient incarner une alternative à Laurent Wauquiez.

"Il faut que nos idées, qui sont les idées de droite, qui correspondent à une certaine frange de la population, qui correspondent aussi à une histoire politique, continuent d'exister et continuent de faire rempart au Rassemblement national", expliquait Jean-Carles Grelier, député de la Sarthe, à franceinfo samedi. Ce qui justifie, à ses yeux, de créer un nouveau groupe distinct à la fois de LREM, de Agir et des Républicains.