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Législative dans le Doubs : comment Nicolas Sarkozy a perdu le contrôle en 3 étapes

Le bureau politique de l'UMP a opté, mardi, pour la stratégie du "ni PS, ni FN". Un vote qui va à l'encontre de la position défendue par Nicolas Sarkozy un peu plus tôt dans la journée. 

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France Télévisions
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Le président de l'UMP Nicolas Sarkozy lors d'un meeting organisé à Tourcoing, le 29 janvier 2015.  (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Il devait incarner le rassemblement à l’UMP. Nicolas Sarkozy avait l’occasion, mardi 3 février, d’affirmer son leadership sur le parti après la défaite de la droite à la législative partielle dans le Doubs. Mais le président de l’UMP a vécu une journée éprouvante, voyant au final le bureau politique prendre une position différente de celle qu'il prônait vis-à-vis du FN. 

C’est finalement la doctrine "ni PS, ni FN" qui a été adoptée comme consigne de vote par l’UMP. Un désaveu pour l’ancien chef de l’Etat. Francetv info revient sur les trois étapes qui ont abouti à cet échec.

Etape 1. L’appel à la patience ignoré par les cadres de l’UMP

Nicolas Sarkozy prend les devants. Dès l’annonce de la défaite de la droite dans le Doubs, dimanche 1er février, le président de l’UMP exhorte ses troupes à la patience. Il compte attendre le bureau politique de mardi pour donner une consigne de vote officielle aux électeurs du Doubs. Un appel qui n’est pas entendu, loin de là, par les cadres de l'UMP. Pendant trois jours, les déclarations contradictoires se succèdent. “Le silence radio pendant 48 heures, ça n’existe pas !”, lâche Roger Karoutchi, conseiller régional UMP d’Ile-de-France, contacté par francetv info. Nathalie Kosciusko-Morizet est la première à briser le silence en appelant à soutenir, "sans gaieté de coeur", le candidat PS face au FN.

Une prise de parole qui en a entraîné de nombreuses autres, contre le souhait de Nicolas Sarkozy. Laurent Wauquiez, Bruno Le Maire, Henri Guaino, tous ont exprimé leur opinion personnelle. Alain Juppé a fini par mettre le feu aux poudres lundi soir avec une position tranchée. Dans un message posté sur son blog, le candidat à la présidentielle 2017 se dit prêt à voter pour le candidat PS. Des positions qui ont été rendues publiques bien avant la tenue du bureau politique souhaité par le patron de l'UMP Nicolas Sarkozy.

Etape 2. Une tentative de compromis avortée

Pour faire cesser cette cacophonie, Nicolas Sarkozy choisit de s'exprimer, mardi 3 février, face aux députés UMP, quelques heures avant le bureau politique. Dans une salle de l'Assemblée nationale, le président de l'UMP joue la carte du compromis. Il dit "non au FN" mais "laisse les électeurs choisir", sans apporter un soutien explicite au candidat socialiste. Une position à cheval entre le "ni PS, ni UMP" traditionnel et le "front républicain" prôné par certains cadres du parti comme Dominique Bussereau ou encore NKM.

Nicolas Sarkozy justifie sa position devant les députés UMP : "Avec cela, nous barrons la route au FN qui souhaite notre mort." Une proposition qu'il compte avancer le soir même devant les cadres du parti. "Je prépare un texte en ce sens que je soumettrai au débat dans le cadre du Bureau politique", annonce-t-il alors. 

Une idée qui ne séduit pas les élus UMP. L'intervention de Nicolas Sarkozy provoque un certain tumulte, rapportent plusieurs participants à l'AFP. "Ca a frité très fort", avoue l'un d'entre eux. "Je ne m'énerve pas, j'explique !", a lâché Nicolas Sarkozy, cité par Le Parisien, visiblement incompris par les membres de son parti. Plusieurs députés ont en effet contesté la stratégie de l'ancien chef de l'Etat, parmi eux Claude Goasguen et Patrick Balkany. "On va croire que tu veux faire voter PS !", lui a reproché ce dernier, pourtant proche de Nicolas Sarkozy, selon Le Parisien.  

Etape 3. Le grand écart au bureau politique

Mardi soir, à 18 heures, les membres du bureau politique se retrouvent au siège de l'UMP. Deux heures et demi sont nécessaires pour aboutir à l'adoption d'une position officielle de l'UMP pour le second tour de la législative partielle dans le Doubs. "C'était assez prévisible qu'il y ait un long débat sur une question aussi difficile", relativise Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, interrogé par francetv info. 

Un long débat, certes, mais qui ne s'est pas déroulé dans une ambiance détendue. "Tout le monde s'est un peu énervé. Les membres du bureau politique ont parfois explosé pour défendre leur position. Ils y ont mis trop de passion pour une seule circonscription", regrette Roger Karoutchi. Nicolas Sarkozy est tout de même parvenu à faire voter ses troupes. Sauf que le résultat du vote est allé à l'encontre de sa propre position. Par 22 voix contre 19, les membres du bureau politique ont adopté la doctrine du "ni PS, ni FN". Un désaveu qui ne déplaît pas à ses adversaires. "Il a voulu reprendre les clés du parti ? Eh bien, à lui de gérer !", s'amusait un député filloniste ravi de voir Nicolas Sarkozy en mauvaise posture. 

Pour plusieurs membres du bureau politique interrogés par Le Parisien, Nicolas Sarkozy n'est pas sorti indemme de cet épisode: "Aujourd'hui, Nicolas s'est retrouvé dans un vrai bourbier, je ne sais pas comment il va ressortir de cette séquence. Mais ce qui est certain, c'est qu'il y aura laissé des plumes", indique un élu. Des participants à la réunion s'interrogent même sur sa capacité à trancher. "Sarkozy, on le reconnaît plus. On croyait au retour de Bonaparte et on a Méhaignerie", confie l'un deux à Europe 1

Au lendemain du vote, la cacophonie n'avait pas cessé. Gérard Larcher a, par exemple, réaffirmé qu'il voterait pour le candidat du Parti socialiste dans le Doubs. 

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