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Le PS est-il déjà passé à l'après-Hollande ?

Le Parti socialiste clôture samedi à Paris ses Etats généraux par un "grand rassemblement" à la Villette, tandis que se profilent déjà les étapes suivantes : le congrès en juin 2015… et surtout l'éventuelle primaire. Le PS s'émancipe-t-il de François Hollande ?

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France Télévisions
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Le président de la République, François Hollande, quitte la scène après un discours à l'occasion de la "Social Web Week" au palais de l'Elysée, à Paris, le 4 décembre 2014. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)

Hollande sera-t-il le candidat de la gauche en 2017 ? Sur fond d'impopularité record, l'idée que le président de la République puisse ne pas se représenter commence à circuler, y compris dans la bouche du Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Sans compter les contestations très fortes dans son camp sur la politique mise en œuvre par le chef de l'Etat.

Le Parti socialiste, qui clôture samedi 5 décembre à Paris ses Etats généraux par un "grand rassemblement", a-t-il déjà tourné la page Hollande ?

Oui, parce que l'appareil lui échappe

Signe d'émancipation qui ne trompe pas : le congrès du PS aura lieu en juin 2015, comme le voulait l'aile gauche du parti, et non en 2016, comme le souhaitaient les proches de François Hollande.

Ce changement n'a rien d'anodin. Si les proches du chef de l'Etat faisaient pression pour décaler la date, c'est pour éviter tout débat sur la politique menée et les orientations choisies. Une façon de "limiter les débats, en plaidant que les socialistes ne devraient pas se diviser lors d’un congrès si près de la présidentielle de 2017", explique Le Monde. Au lieu de quoi, le congrès "sera un moment de test pour le président de la République qui pourrait voir ses positions dans le parti fragilisées."

Si la Haute autorité du parti a dû être saisie pour que le congrès se tienne bien à la fin du printemps, comme le prévoyaient les statuts, la surprise vient de ce que les instances dirigeantes du parti ne se soient pas opposées à ce calendrier. Jean-Christophe Cambadélis a lui-même proposé les dates des 5, 6 et 7 juin.

Oui, parce que la fronde grandit au sein du parti

Le congrès n'est qu'un symptôme : le président de la République doit affronter une contestation venue de l'aile gauche qui s'amplifie. "Au congrès, il faut réorienter la politique du gouvernement de façon décisive d'ici la fin du quinquennat. Et pour cela, il faut un PS qui se fasse entendre", martèle Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice PS de Paris et représentante de l'aile gauche du PS, jointe par francetv info.

L'élue socialiste juge qu'il y a urgence : "Les militants se demandent comment limiter la casse !" Dès lundi à Marseille, avec Emmanuelle Cosse (EELV) et Pierre Laurent (PCF), elle appellera à une "réorientation majeure de la politique gouvernementale". "La Charte des socialistes pour le progrès humain [texte adopté aux Etats généraux du PS], c'est bien", fulmine-t-elle, mais c'est un "texte hors sol", "déconnecté" des réalités. "Passons de la parole aux actes ! Et les actes sont contraires aux progrès humains. Il est où, le progrès, dans le travail du dimanche inscrit dans la loi Macron ? Et où est-ce qu'on mène une politique de l'emploi ?"

Depuis fin août, les frondeurs "historiques" comme Lienemann ont vu leurs rangs grossir. Les ex-ministres Aurélie Filippetti et Benoît Hamon avaient démissionné fin août en solidarité avec le ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, débarqué pour s'être attaqué au cap suivi. Revenus à l'Assemblée, ils ont fait partie des 39 députés qui se sont abstenus sur les recettes du budget 2015.

Oui, parce que l'idée de la primaire avance

Non seulement la ligne de François Hollande est contestée, mais le chef de l'Etat apparaît de moins en moins comme le candidat idéal de son camp. Depuis qu'il a réaffirmé il y a un mois, sur TF1, qu'il n'avait pas de raison de briguer un second mandat s'il échouait à faire baisser le chômage, plusieurs personnalités socialistes ont plaidé en faveur d'une primaire à gauche, y compris au sein du gouvernement.

Le secrétaire d'État à la Réforme de l'État, Thierry Mandon, a ainsi jugé "indispensable", mardi 18 novembre, une primaire "élargie aux radicaux, écologistes et tous ceux qui voudront y participer" pour que la gauche soit présente au second tour de la présidentielle en 2017.


Le sujet est désormais mis sur la table au PS. Le 4 décembre, le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, a ouvertement évoqué sur i-Télé la possibilité que le chef de l'Etat ne soit pas candidat à sa succession en 2017.

Oui, parce que les rivaux sont en embuscade

Pendant que François Hollande est à la peine, ses rivaux éventuels s'organisent. Premier d'entre eux : le Premier ministre lui-même. Manuel Valls pousse ses pions, y compris dans le parti. Invité dimanche 7 décembre du 20 heures de France 2, le Premier ministre a convié, mercredi 3 décembre au soir, près de 80 parlementaires à un apéritif : toute l'aile du PS favorable aux réformes lancées par le gouvernement. Un pot aux allures de courant "vallsiste".

D'autres ténors sont moins démonstratifs mais n'excluent rien : Martine Aubry ou Arnaud Montebourg pourraient un jour décider de se lancer dans la course. L'ancien ministre du Redressement productif, qui projette de créer une entreprise dans l'imagerie médicale, se fait discret pour l'instant. Quant à Martine Aubry, elle est fortement soupçonnée d'alimenter le mouvement des frondeurs.

Non, parce qu'il a la légitimité présidentielle

Mais la Ve République a aussi ses habitudes. François Hollande, élu président en 2012, reste le candidat naturel de son camp... s'il réussit. "S'il décide en fonction de son objectif [la baisse du chômage] qu'il est candidat, nous serons tous à même de le constater et les autres en tireront les conséquences", a estimé Jean-Christophe Cambadélis. Même son de cloche du côté du secrétaire national du PS chargé des élections, Christophe Borgel, joint par francetv info. "La logique évidente, c'est que François Hollande soit candidat en 2017", assure le député de Haute-Garonne.

Si ce n'était pas le cas, Marianne pousse l'obligeance jusqu'à calculer la retraite de l'ancien député de Corrèze : "Grâce à ses différents mandats au cours de sa longue carrière, celle-ci pourrait atteindre pas loin de 36 000 euros mensuels." Un chiffre contesté par l'Elysée. Sinon, pourquoi continuer encore, dans ces conditions, à affronter la pluie, les quolibets et les ennuis en cascade ?

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