Cet article date de plus de six ans.

Lagarde, Guaino, Collomb… Quand les parlementaires se plaignent de ne pas gagner assez d'argent

Le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, est le dernier élu à se plaindre de ses revenus, estimant qu'il touchait "moins que le salaire moyen des Français" en raison de son temps de travail.

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Le député Jean-Christophe Lagarde, lors d'une conférence de presse à Paris le 10 mai 2017. (MAXPPP)

"J'ai, à mon avis, moins que le salaire moyen des Français." L'auteur de cette phrase est... député. Interrogé par l'émission "Quotidien" de TMC, jeudi 29 juin, Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI, a expliqué qu'il pensait mériter son important salaire étant donnée sa charge de travail.

Il n'est pas le premier des parlementaires à défendre ses émoluments, ou même à s'estimer mal payé. Avant lui, Gérard Longuet, Henri Guaino, Hervé Mariton ou encore Gérard Collomb ont eux aussi tenu de tels propos, s'attirant le plus souvent les critiques ou les moqueries. Franceinfo revient sur ces déclarations.

Longuet se "considère mal payé"

Alors sénateur UMP de la Meuse, Gérard Longuet confirme, en 2014, avoir reçu un chèque de 3 000 à 4 000 euros de la part du groupe UMP du Sénat, alors qu'une information judiciaire vient d'être ouverte sur les pratiques de ce groupe. Loin de faire son mea culpa, l'ancien ministre profite d'être interrogé par Public Sénat pour se plaindre de ses émoluments"Je considère qu'on est mal payé", assure-t-il, n'évoquant pas l'indemnité perçue par les sénateurs – 7 209,74 euros brut mensuel en 2017 –, mais l'IRFM, l'enveloppe qui leur est allouée pour payer leurs frais de mandat.

"Je fais 50 000 à 60 000 km par an dans mon département. Il y a les frais d’essence. Si vous entretenez une permanence, il y a le loyer, le chauffage, déroule Gérard Longuet. Tout ça prend la quasi-totalité de l’IRFM. C’est sans parler de la double résidence quand on a des responsabilités à Paris." Celle-ci s'élève à plus de 6 000 euros – 6 109,89 euros au premier trimestre de 2017. Un montant que le chèque du groupe UMP au Sénat était censé venir compléter.

Guaino n'arrive à "rien" mettre de côté

Lui est coutumier de ce discours : invité de LCI, le 5 janvier, Henri Guaino assure qu'il n'arrive à "rien" mettre de côté à la fin du mois. "J'habite à Paris, explique celui qui est alors député des Yvelines. On peut me dire : 'Vous pouvez déménager.' Bien sûr, je vais dire à ma famille : 'On s'en va.' Je ne suis pas élu dans la Creuse ou en Corrèze, les loyers sont beaucoup plus élevés. Le train de vie que j'ai, même en le réduisant, il pèse plus lourd." En 2017, les députés touchent une indemnité de 7 209,74 euros brut mensuel.

En 2012, il s'était déjà plaint du traitement des députés lors d'un dîner-débat. "On est très mal payé. On travaille dans des conditions déplorables, à cela s’ajoutent les soupçons. Le climat est vraiment pourri."

Collomb évoque son "cauchemar" après la réduction de son indemnité

Aujourd'hui, il touche un salaire de ministre. Mais Gérard Collomb occupait auparavant le poste de sénateur du Rhône, qu'il cumulait notamment avec celui de maire de Lyon. Et, en janvier, il a été touché par une nouvelle règle du Sénat, destinée à punir les absentéistes en réduisant leur indemnité mensuelle. "Mes revenus sont plafonnés, je ne touche donc rien en tant que maire de Lyon et président de la métropole, je suis donc tombé à 4 000 euros par mois", s'alarme-t-il auprès du Point, expliquant vivre un "cauchemar".

L'actuel ministre de l'Intérieur explique alors qu'il est très difficile d'être toujours présent au Sénat. "Il est impossible de prévoir quels jours on doit être à Paris, car on ne sait pas d'une semaine sur l'autre quand se feront les votes solennels. Impossible dans ces conditions d'organiser un agenda." Il peut se réjouir : à partir des élections sénatoriales de septembre, il sera de toute façon impossible pour un sénateur de cumuler sa fonction avec un mandat local, ce qui allègera l'agenda de certains élus.

Mariton constate que "les parlementaires français sont les moins bien payés en Europe"

Hérvé Mariton le reconnaît "Cinq mille euros net, c’est un salaire confortable". Mais le député Les Républicains de la Drôme le trouve tout de même trop faible, car "cela fait des Français les parlementaires les moins bien payés en Europe", comme il l'expliquait en mars sur franceinfo.

Une affirmation hasardeuse : si les députés français ne sont pas les mieux rémunérés, un titre qui revient aux Italiens, ils ont la neuvième indemnité la plus importante parmi les députés des 28 pays de l'Union européenne.

Lagarde a "moins que le salaire moyen des Français"

Jeudi, le député UDI de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde s'est ajouté à la liste des députés se plaignant de leur indemnité. Interrogé par un journaliste de "Quotidien" sur l'idée de rémunérer les élus à l'Assemblée autour de 2 000 euros, un montant plus proche du salaire de leurs électeurs, il a expliqué pourquoi il ne considérait pas son sort comme enviable. "J'ai, à mon avis, moins que le salaire moyen des Français – eh oui, il faut un tout petit peu réfléchir – au regard du nombre d'heures que j'y consacre, du peu de week-ends que je peux avoir et des responsabilités que j'exerce." 

Il n'y a pas que devant les caméras que Jean-Christophe Lagarde tient ce discours : c'est aussi ce qu'il explique aux enfants quand il leur fait visiter l'Assemblée nationale et qu'ils l'interrogent sur ses revenus. "Je leur réponds souvent que leurs parents, ils termineront leurs 35 heures le vendredi. Moi, je les ai terminées le mercredi à midi", assure-t-il. Notons que si l'on prend son calcul au pied de la lettre en estimant qu'il travaille plutôt 70 heures que 35, son salaire horaire resterait supérieur à celui du Français moyen. Le salaire moyen en France est 2 957 euros brut dans le secteur privé, selon l'Insee, et l'indemnité d'un député s'élève à 7 209 euros, bien plus du double.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.